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L’état de l'UNAF et du mouvement familial en France
Pourquoi cette érosion ?
Ø Une des raisons de cette hémorragie tient au développement des services publics municipaux. Le mouvement familial s’est en effet largement structuré autour des services rendus par les associations aux familles adhérentes : braderies de vêtements, soutien scolaire, garderies, etc. Le caractère militant du groupement échappait à la plupart des adhérents. Mais l’époque héroïque où les familles devaient créer elles-mêmes les services dont elles avaient besoin est lointaine. Dans les villes, la plupart des services ont été municipalisé ou créés de toutes pièces par les communes, de sorte que les effectifs des fédérations fondent d’année en année. Parmi les mouvements généraux, seule Familles Rurales échappe à cette lente érosion car les 2 300 communes dans lesquelles elle est représentée sont bien trop petites pour pouvoir se payer des services communaux. L’initiative et la gestion privée et bénévole sont encore de règle. Les mouvements spécifiques échappent aussi à cette hémorragie car leur adhérents ont une motivation militante que n’ont pas les familles ordinaires : les parents d’enfants handicapés vont naturellement participer à la vie d’une association spécialisée, de même pour les veuves, etc. Ø Enfin, le mouvement familial est frappé de plein fouet par la crise du bénévolat : il y a seulement 10 ans, on comptait 3,2 millions de femmes au foyer. Elles ne sont plus que 2,3 millions. Les jeunes mères de familles qui composaient le fond de recrutement des associations familiales ont investi le marché de travail et n’ont plus de temps à consacrer à ce bénévolat qui n’est pas directement utilitaire pour elles. Les retraités, déjà fort nombreux, ont donc investi le milieu familial, chassant par leur présence ultra majoritaire, leurs méthodes anciennes et leurs querelles au sein des UDAF, les rares bonnes volontés qui s’intéressaient au mouvement familial.
La crise actuelle du mouvement familial
Les ambiguïtés de l’UNAF : Le monde familial traditionnel est en crise. En quelques années, les associations que regroupe l'UNAF ont perdu plus de 130 000 adhérents et leurs dirigeants ont considérablement vieilli : la plupart sont grand parents ! Quant aux membres des conseils d’administration des UDAF et de l’UNAF, ils sont plus âgés encore.
L'UNAF mène une politique de négociation institutionnelle avec les pouvoirs publics. Lorsque les intérêts des familles sont menacés, elle choisit généralement : * soit de s'en tenir à une protestation qui ne gène pas le gouvernement * soit de voter en faveur de la mesure en question
Exemples récents : Ø L’UNAF a applaudi à l’abaissement du plafond du quotient familial en 1999 (Jospin) Ø L’UNAF a voté POUR l’abrogation de la loi qui prolongeait à 22 ans le versement des allocations familiales (2000) Ø L’UNAF n’a fait qu’exprimer « des satisfactions essentielles et un regret » lorsqu’en 2000, le gouvernement renonce à toute aide en faveur des familles ayant des jeunes adultes à charge (Jospin) Ø L’UNAF vote en faveur du transfert d’un milliard d’€ de la branche famille à la branche vieillesse en 2002 (Raffarin) Ø L’UNAF applaudi la création de la PAJE qui prive pourtant 400 000 mères au foyer du droit à la prestation (Villepin) Ø 2005 : L’UNAF demande que la question des enfants pauvres soit retirée de l’ordre du jour de la Conférence de la Famille Ø 2008 : 2 milliards d’euros de dépenses indues sont mises à la charge de la branche famille. Tous les syndicats votent contre … l’UNAF s’abstient (Fillon)
Enfin, l’UNAF témoigne d’une grande couardise sur les sujets de société : elle ne fait quasiment pas usage de ses prérogatives en matière de protection morale de la jeunesse : ainsi n’a-t-elle jamais participé aux actions contre les minitels roses, les films pornos, les jeux vidéo ultra violents, etc … laissant cette tâche aux autres et ne se privant pas de les critiquer voir d’entraver leur action. Pour justifier cette inaction, elle prétend vouloir faire « triompher le dialogue et la persuasion ». En réalité, ses dirigeants sont surtout soucieux de ne pas avoir l’air « ringard ». C’est ainsi que l’UNAF tente aujourd’hui de faire attribuer la médaille de la famille française aux familles monoparentales … au grand dam des « mères médaillées » qui ont bâti leur vie sur des convictions plus traditionnelles.
Pourquoi cette complaisance ?
Ø Parce que les dirigeant de l’UNAF sont très majoritairement des grands parents loin des réalités et des besoins des familles. Les 11 nouveaux élus au conseil d’administration de l’UNAF en juin 2004 ne totalisent que 5 enfants mineurs, en 2008, sur 11 élus, un seul a un enfant mineur ... Autre exemple, la représentation de l’UNAF au Conseil Economique et Social ne compte qu’un seul représentant des familles ayant un enfant mineur … Ø Parce que c'est une instance unique, l'UNAF, qui, seule, dispose des subventions et des récompenses individuelles. Une association familiale qui serait efficace et médiatique ferait de l'ombre à l'UNAF. L'expérience a été faite pour Familles de France sous la présidence de Jacques Bichot : tout a été mis en oeuvre pour faire taire cette fédération, jusqu'à ce qu'elle soit dotée d'un président plus complaisant. Imaginons que l'ensemble des syndicats soient réunis au sein d'une instance unique qui recevrait les subventions et des places à distribuer ? La défense des salariés deviendrait rapidement moins pugnace.
Ces ambiguïtés de l'UNAF s'expliquent par les circonstances particulières de sa création : née en 1943, elle est fortement imprégnée de l’esprit du corporatisme de l'Etat Français.
Pourquoi avoir, en 1945, conservé l'UNAF ? * parce que les dirigeants familiaux de l'époque avaient souffert de l'éparpillement des forces militantes en de trop nombreuses associations. * surtout, parce que, dès 1939, la Famille était une idée consensuelle, tous partis et idéologies confondus : le code de la Famille fut adopté en 1939 par la Chambre issue des urnes du Front Populaire, le quotient familial et l'universalité des prestations familiales furent adoptée à l'UNANIMITE par les chambres en 1945. Il ne venait à l'idée de personne qu'il pût y avoir des approches différentes de la famille ni des intérêts égoïstes parmi les militants familiaux. * l'erreur finale fut de faire de l'UNAF la bénéficiaire unique des subventions et représentations encourageant ainsi le clientélisme, la complaisance et la mise au pas des éléments les moins dociles
Les critiques de la Cour des Comptes …
La Cour des Comptes dans son rapport de 2005 constate que l’UNAF est un organisme auquel la loi confère une « présomption de représentativité des familles » et qu’il bénéficie d’un financement confortable et croissant, dont la Cour constate qu’il est supérieur à celui des deux directions ministérielles consacrées à la famille. Elle s’en émeut et constate : que l’UNAF n’est pas représentative (« Le privilège de financement dont bénéficie l’UNAF lui impose d’être représentative de toutes les familles de la société française actuelle. Or ce n’est pas le cas. »), ? que sa gestion laisse à désirer (exemple : le trésorier lui-même s’est fait rembourser en une seule fois tous ses frais de janvier 1998 à mars 2003, pour un montant de 28 342 euros. « Le motif des dépenses n’est pas toujours précisé et il est alors impossible de vérifier que la dépense correspond bien à une activité de l’UNAF », écrit la Cour), ?que sa subvention est en partie dépourvue de base légale et ?que l’automatisme de son financement est un privilège exorbitant. Comme l’écrit la Cour, « l’état s’est créé un interlocuteur ».
… et l’inquiétude de l’UNAF qui craint pour ses privilèges :
Voici ce qu’elle écrit dans un document d’ordre interne en date du 18 juin 2004 ; « Pour autant, il incombe à présent, à l’UNAF de s’interroger sur la manière dont les pouvoirs publics perçoivent l’important développement des organismes familiaux ou para-familiaux, qui, faute de remplir les conditions d’agrément pour y adhérer ou bien par choix délibéré, évoluent en marge de la structure UNAF. A cet égard, il faut noter qu’au cours de ces 20 dernières années, plus de 50 mouvements s’étant « rapprochés » de l’UNAF n’ont pas été agréés, et ce, pour des motifs divers allant de la non instruction de dossier faute de poursuite de la démarche du mouvement demandeur, à la non conformité aux critères d’agréments nationaux arrêtés par l’UNAF. (…) Aussi, les pouvoirs publics étant obligés de discuter avec un nombre croissant d’instances familiales différentes, il est probable que la question de la place de l’UNAF dans ce paysage familial finira par se poser : est-elle l’Instance fédératrice des mouvements familiaux ou est-elle un mouvement familial au même titre que d’autres associations ? Dans ce dernier cas l’UNAF perdrait à la fois sa légitimité et toute son efficacité ».
De l’intérêt pour les pouvoirs publics d’avoir l’UNAF …
Avec l’UNAF, les différents gouvernements (de gauche comme de droite) ont un partenaire « officiel ». Ce partenaire est « présumé » représentatif : la Loi confie, en effet, à l’UNAF le « monopole » de la représentation des familles sans s’inquiéter des réalités de terrain.
Les pouvoirs publics ont tout intérêt à ne traiter qu’avec l’UNAF.
Les membres de l’UNAF sont récompensés à tous les échelons pour leur participation : Ø A l’échelon national, les dirigeants peuvent espérer des légions d’honneur[2], des représentations flatteuses, participer à des audiences prestigieuses Ø A l’échelon départemental, les dirigeants peuvent espérer une médaille du mérite, le privilège de rencontrer le Préfet ou le député, une certaine existence sociale …
En échange, l’UNAF est priée de « tenir ses troupes » : si une critique discrète est tolérée, les gouvernements acceptent mal qu’un mouvement familial s’exprime dans les médias et en fait reproche à l’Institution. Une des façons de « calmer » les ardeurs militantes consiste à organiser la dispute au sein des UDAF. Ces institutions servent en quelque sorte de « miroirs » aux militants familiaux désireux de sortir de la grisaille de leur association. Dans cette institution, ils sont « reconnus » de sorte que la vie de l’UDAF prend une importance considérable à leurs yeux. S’en suivent des disputes picrocholines pour y prendre le pouvoir : du temps qui n’est pas passé aux actions militantes et qui laisse les mains libres aux responsables politiques locaux ; c’est le but poursuivit.
La crise de 2001
Naturellement, les 25 millions du Fonds Spécial se trouvent moins justifiés si, pour le prix, l’ordre ne règne pas dans les rangs. C’était le cas avec une fédération comme Familles de France (120 000 familles à l’époque) qui menait depuis 10 ans avec le Président Bichot, une politique très revendicative et bénéficiait d’une couverture médiatique supérieure à celle de l’UNAF. Le point d’orgue de cette opposition fut la conférence de la famille de 1999 au cours de laquelle L. Jospin annonça le retour à l’universalité des prestations familiales en « échange » d’un plafonnement inique du quotient familial … négocié par l’UNAF. Jacques Bichot manifesta son opposition sur tous les écrans de télévision.
Soutenu par les pouvoirs publics, tout fut alors mis en œuvre pour faire taire cette fédération en faisant remplacer Jacques Bichot par un personnage plus que contestable, proche de sectes crudivoristes … mais ayant accepté de cesser tout combat pour la politique familiale pourvu qu’on lui laisse faire la promotion de ses théories très particulières : Henri Joyeux[3].
L’arrivée d’Henri Joyeux à la tête de Familles de France (qui vit depuis une crise profonde avec le départ de 43 000 adhérents) a provoqué un scission et la création d’un nouveau mouvement familial : l’Union des Familles en Europe.
L’Union des Familles en Europe
Cette fédération apolitique et non confessionnelle compte en 2008 plus de 20 000 familles adhérentes. Elle est implantée en Isère, dans les Hauts de Seine, dans l’Oise, dans l’Eure, dans la Marne, dans le Calvados, dans le Rhône et en Haute Garonne. D’autres implantations sont en cours.
Ses caractéristiques sont les suivantes : Ø Elle est dirigée par de jeunes parents Ø Vis à vis de l’UNAF, sa position officielle est celle-ci : « L’UFE soucieuse de développer un dialogue direct des familles avec les pouvoirs publics tant Européens que Nationaux, a choisi, pour le moment, de n’adhérer à aucune institution nationale. Elle laisse le choix aux associations et fédérations d’adhérer ou non aux UDAF et les incite à le faire si l’intérêt des familles le justifie localement ». De ce choix résulte que l’UFE ne bénéficie d’aucune subvention. Ø Son orientation est clairement militante, très axée sur la politique familiale.
L’UFE est présidée par M. Georges COSTE, son président d’honneur est Jacques Bichot, son porte parole Dominique MARCILHACY. L’UFE est apparue de façon fracassante sur la scène médiatique lors de la conférence de la famille 2003, étant la seule organisation familiale à critiquer la PAGE pour les 400 000 femmes au foyer qu’elle excluait. Elle se bat actuellement pour une amélioration du sort des enfants pauvres, contre le non versement des allocations logement lorsqu’elles sont inférieures à 24 € par mois et pour la formation professionnelle des femmes au foyer.
La création de l’UFE a suscité l’ire et l’inquiétude de l’UNAF qui poursuit une politique de brimades systématique au sein des UDAF où les associations UFE sont présentes. Ses méthodes viennent d’être condamnées par la Cour d’Appel de Paris et la Cour de Cassation pour « abus de pouvoir »[4] L’UNAF a obtenu des ministres de la famille qu’ils ne reçoivent pas ces trublions et qu’ils ne soient pas membres du Haut Conseil de la Famille. Cet ostracisme intéressé fait de l’UFE la seule association familiale « non subventionnée » donc « libre ».
Annexe : le financement ACTUEL de l’UNAF et des mouvements familiaux : La répartition précise des 1,46 millions du Fonds spécial entre les associations est la suivante (2008):
o première remarque : Familles rurales, mouvement familial qui regroupe plus de 150 000 familles touche moins de fonds spécial que l'UDAF des Bouches du Rhône (282 000 €). Les AFC touchent moins que l'UDAF de l'Indre.
o Seconde remarque : D'où viennent les familles qui sont comptabilisées par les UDAF ? Des rangs des associations familiales de terrain. Sans les adhérents de ces associations, l'UDAF n'existe pas. Pourtant, ce sont les UDAF et URAF qui perçoivent 70 % du Fonds Spécial.
o Troisième remarque : le bénéfice du fonds spécial n'est lié que de façon très lointaine au nombre d'adhérents d'un mouvement familial : La « note de gueule » fonctionne donc largement. A titre d’illustration, le remplacement à Familles de France de Jacques Bichot par un président soumis à l’UNAF s’est traduit en 2002 par une augmentation de 19 000 € du fonds spécial malgré la baisse de 10 000 adhérents. En 2004, après la disparition de 30 000 nouveaux adhérents (soit autant que les AFC), le Fonds Spécial n’a baissé que de 10 000 € … pour remonter de 11 698 € en 2005 (en célébration, sans doute, de la perte de 4 000 adhérents).
o Quatrième remarque : Les sommes allouées aux mouvements spécifiques sont très modestes : l'UNAPEI qui ne touche que 59 000 € pour 55 000 familles soit le double du CNAFAL qui, avec 22 000 familles perçoit 80 000 €. Même traitement pour les attributions des places au Conseil Economique et Social : aucun représentant des familles d'enfants handicapés n'y a jamais siégé au titre de l'UNAF.
[1] Discours du 6 avril 1945, cité par Mathias GARDET in « Jean Viollet et l’apostolat laïc» Ed. Beauchesne 2004 [2] A condition de ne pas critiquer le gouvernement : les apparatchiks nationaux de l’UNAF ont tous la légion d’honneur. M. Jacques Bichot ne l’a pas, bien qu’ayant présidé Familles de France pendant 14 ans, étant auteur de plusieurs livres et d’une multitude d’articles sur la politique familiale : il est vrai qu’il n’a jamais mâché ses critiques et a même remporté de beaux succès judiciaires en faveur des familles … [3] Pour en savoir plus, taper « Henri Joyeux » sur Google [4] Arrêt du 25 septembre 2007
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