Le constat :
En 1975, on trouvait en Italie les plus fort taux de
fécondité d'Europe avec la Grèce et l’Espagne : 2,2 enfant / femme. Quinze ans plus
tard, à la fin 98, c’est l’inverse , les taux les plus bas se retrouvent
en Italie (1,19), et en Espagne (1,15)
Depuis le début des
années 1980, l'Italie fait partie des pays à très basse fécondité
(indice synthétique = 1,3 enfant par femme).
Jusqu'en 1970, dans toutes les régions du Sud, l'indice de fécondité s'est
maintenu autour ou au-dessus de 3 naissances par femme. Dans quatre régions du
Nord et du Centre, la fécondité n'a jamais atteint 2 naissances par femme entre
1952 et 1988, sauf au milieu des années 1960. a baisse de la fécondité a, dans
les années 197°, touché l'ensemble du pays, mais le fossé qui sépare les
modèles reproductifs au Nord et au Sud était si grand que le processus commun
ne est pas accompagné d'un rapprochement, ni quantitativement,
qualitativement. Au Nord, le modèle de l'enfant unique s'est largement
diffusé, jusqu'à devenir parfois majoritaire.
28 % des femmes
travaillent dans le Sud contre 37 à 40 % dans le Nord et le Centre. L'âge au
premier enfant est corrélé au nombre total d'enfant par femme. L'âge de la
femme au premier enfant inférieur dans le Sud (29,2 ans) par rapport
au Nord et au Centre (30,6 ans).
Toutes les régions du Sud
comptent une fécondité inférieure à 1,8 enfant par femme. Certaines régions du
Sud ont le fécondité aussi basse que celle du Nord (Sicile: moins de 1,1
enfant par femme)Avec une fécondité globale de 1,4 enfant par femme, le Sud
compte une fécondité moins faible que le Nord et le Centre (1,1 enfant par
femme).
En outre, la proportion
de femmes décidant d'avoir plus de deux enfants est devenue marginale. Au Sud,
la baisse de la fécondité s'est faite par une érosion des familles très
nombreuses (quatre enfants ou plus), mais n'a guère affecté les autres.
Explications :
Non au concubinage :
Les jeunes filles Italiennes (comme les Espagnoles) ne se marient pas et
ne se mettent pas non plus en concubinage. Ce non mariage ne reflète pas
un refus de l’institution, bien au contraire. Les filles Italiennes(comme
les garçons) ont une opinion très positive du mariage : 85.9% des filles
entre 20-24 ne considèrent pas le mariage comme « dépassé ». Et se
refusent au concubinage comme –impensable – à la maternité hors mariage.
71 % des jeunes filles célibataires de 20 à 24 ans sont hostiles à la
cohabitation hors mariage. Les raisons de ce refus sont d’ordre culturel
et religieux.
Le
« syndrome du retard» :
Le problème des Italiennes, c’est qu’elles ne peuvent pas se marier
faute d’emploi et de logement. En 1999, 35,4% seulement des
Italiennes de 15 ans et plus ont une activité professionnelle.
A 25 ans, les femmes de la génération née autour de 1970
n'ont un travail que dans un cas sur deux. Une sur trois est indépendante
de sa famille, et seulement 10 % ont eu un enfant (contre 50 % pour les
femmes nées dans s années 1950). En outre, la moitié des hommes âgés de 30
ans ont pas encore quitté leur famille d'origine.
C’est la principale explication à la faible fécondité des
Italiens.
Les bébés, une affaire privée :
Le modèle italien est aux antipodes du modèle suédois. Plus
qu’ailleurs, le soin aux jeunes enfants reste surtout une affaire de
famille. Aujourd’hui, l’Italie continue de marquer sa différence en ne
s’attachant que très modestement à augmenter le nombre de crèches (Italie
6% de la tranche d’âge de 0 à 3 ans a une place en crèche - « Asili nido »
- contre 23 % en France et 33 % en Suède)
Comme partout
en Europe, l'intérêt pour les femmes d'avoir un travail a fortement
augmenté: une femme restant à la maison pour s'occuper de ses enfants perd
une part importante de revenus. Elle est donc contrainte à revoir ses
projets en matière de procréation.
Il faut
ajouter que l'organisation sociale (crèches, écoles, travail, mobilité,
temps, vacances) n'a pas évolué aussi rapidement que l'entrée es femmes
sur le marché du travail et que les hommes Italiens prennent toujours
aussi peu de part aux tâches ménagères.
Les systèmes d’aide informelle (les grands-parents) sont
les plus utilisés par les familles : c’est par la solidarité familiale
plus que par l’Etat providence que se trouvent toujours résolus en Italie
les problèmes de garde des jeunes enfants de parents actifs.
L’Etat Italien se désintéresse de la famille
Les
transferts publics à l'attention des très jeunes et des jeunes sont
insuffisants.
Comparée aux
autres pays européens, l'Italie investit moins dans l'instruction (5 % du
PIB contre une moyenne européenne de 6-7 %) et l'on a l'impression qu'elle
investit également moins dans les services, les infrastructures et
activités en faveur des jeunes.
Par ailleurs,
les mécanismes de transferts tendent à pénaliser les familles qui ont plus
d'enfants une la moyenne par rapport à celles qui en ont moins ou qui n'en
n'en ont pas.
D'après Sabino Cassese (dir.),
Portrait de l'Italie actuelle, La Documentation Française, 2001, p. 107 et
108 et la revue "Population & Avenir n° 661, janvier févier 2003.

Actualité :
* Les élections législatives italiennes du
9 avril 2006 qui ont vu la victoire de Romano PRODI seront peut-être l'occasion pour l'Italie de rompre avec sa
pratique de politique familiale minimaliste. Le nouveau président du
Conseil, ancien Président de la Commission européenne et leader du centre
gauche, a inscrit dans son programme une bonne dose de politique familiale.
Celle-ci est présentée comme un investissement : "en investissant sur la
famille, nous investissons sur l'avenir de l'Italie", écrit-il. A croire
qu'il a fréquenté le site de l'UFE ! Trois mesures phares sont annoncées :
- doublement du nombre des crèches
- dotation en capital de chaque enfant : chaque nouveau né
recevra un livret d'épargne, que l'Etat abondera chaque année jusqu'à ses
18 ans, pour qu'il puisse disposer d'un pécule pour son entrée dans la vie
active ou étudiante.
- "un fisc ami des familles", ce qui pourrait prendre comme
en France la forme du quotient familial
*
L'Italie aurait besoin en sus de prestations familiales correctes, mais,
si le programme de Romano Prodi est mis en oeuvre, ce sera déjà un grand
progrès. Il est en tout cas intéressant de voir un second grand pays
européen démographiquement sinistré, après l'Allemagne, engagé sur la voie
de la conversion familiale et commençant à prendre conscience du besoin
d'enfants, d'éducation et de famille !
*
La ministre italienne des politiques de la Famille, Rosy Bindi, en visite
à Paris en septembre 2006 a annoncé qu'elle organiserait une "Conférence
nationale de la famille", à l'exemple de la France, affirmant qu'"investir
dans la famille, c'est investir pour tout le pays".
Cette première Conférence de la famille italienne réunira associations,
administrations locales aux côtés des pouvoirs publics, et consacrera une
partie de son programme aux politiques familiales étrangères, a précisé
Mme Bindi.
*
Tempérament à cet optimisme : l'Italie avait mis en place une prime de 1
000 € pour chaque bébé né en 2005 et 2006. Mais la mesure n'a pas été
reconduite en 2007.