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Péridurale :
Une
naissance tout en douceur
Docteur, toutes les femmes souffrent-elles pour accoucher
?
La
souffrance pendant l’accouchement est fréquente dans l’espèce humaine car
la femme est un être bipède. Pour éviter que l’enfant naisse prématurément,
la nature a prévu un verrou très résistant, le col de l’utérus. Au moment
de la naissance, le muscle utérin ne parvient à ouvrir ce verrou qu’au prix
de contractions intenses, donc souvent douloureuses.
Mais,
l’échelle de souffrance est très variable d’une femme à l’autre : 35 %
des parturiente éprouvent « un peu » de douleurs, 30 % « beaucoup »,
20 % des douleurs « à la folie » et 15 % « pas du toute ».
Ajoutons que le degré de la douleur est très influencé par l’environnement
humain lors de l’accouchement (la gentillesse des sages-femmes ou le contraire
et par la personnalité de la femme (selon qu’elle est anxieuse ou non, selon
son contexte familial).
Nous
observons tous les jours dans la pratique, combine le ressenti de la douleur
chez la femme peut être différent de son comportement : une patiente qui a
semblé avoir un accouchement calme et harmonieux peut le décrire ensuite comme
horrible. A l’inverse, une femme dont l’accouchement a semblé particulièrement
douloureux à l’équipe soignante peut se déclarer satisfaite et avoir eu un
bel accouchement. En développant dans les années 1950 l’accouchement sans
douleur, on a occupé les parturientes à « respirer ». Pendant ce
temps-là, elles ne poussaient par de hurlements. Cela a, certes, ramené un peu
de calme dans les salles d’accouchement, ce qui était louable, mais si les
comportements, traduction de la douleur s’atténuaient, la souffrance
demeurait.
Mais la souffrance n’est-elle pas nécessaire au bon déroulement de
la naissance ?
Non.
On démontre que la souffrance de la mère peut être plutôt néfaste pour
l’enfant : elle provoque une réduction de la circulation sanguine dan l’utérus
qui peut entraîner une légère diminution de l’apport en oxygène, et éventuellement
un déséquilibre biologique.
Ajoutons
que l’accueil de l’enfant par sa mère pourra se faire plus difficilement si
celle-ci lui « en veut » des souffrances qu’elle a endurées ou si
elle est tout simplement trop épuisée pour s’intéresser à lui.
Sur
la mère elle-même, les souffrances ne sont d’aucune utilité pour le bon déroulement
de l’accouchement. Elles provoquent une augmentation des mouvements
respiratoire et du rythme cardiaque ainsi que de la tension artérielle. Si
l’ensemble des femmes supporte bien cet excès de travail de l’organisme, au
prix cependant d’une fatigue plus importante, ces manifestations peut être
dangereuses chez certaines patientes, par exemple celles qui souffrent d’une
maladie cardiaque ou d’hypertension.
A
l’inverse, l’absence de douleur peut avoir des effets très favorables,
notamment sur le lien mère/enfant qui s’établit plus harmonieusement, sur la
sexualité du couple (que des accouchements très difficiles peuvent perturber)
et sur le désir d’avoir un nouvel enfant. Je vois parfois des femmes qui écartent
toute idée de nouvelle grossesse tant elles ont souffert pour l’accouchement,
et à qui la promesse d’une anesthésie efficace (le plus souvent par péridurale)
permet de mettre en route un nouvel enfant.
Quels sont les remèdes à la douleur de l’accouchement ?
La
plus classique est la méthode psychoprophylactique, introduite en France par
Fernand Lamaze en 1951. C’est ce qu’on appelle communément « l’accouchement
sans douleur ». Ses effets sur la douleur elle-même sont très modestes.
Si l’on passe l’échelle des douleurs de 0 à 50, la méthode
psychoprophylactique fait diminuer le « score moyen des femmes de 37 sans
préparation, à 34 avec préparation.
Malgré,
cela, cette méthode comporte des avantages certains dont l’un est primordial
; la réduction de l’anxiété. Cela signifie que la « préparation à
l’accouchement » soit maintenue et améliorée en France et explique
qu’elle soit en train de se répandre aux Etats-Unis.
La
sophrologie est la seconde méthode ayant fait l’objet d’une évaluation
scientifique (le yoga ou l’accouchement sans violence n’ont pas été évalués).
Elle consiste à obtenir un relâchement volontaire des muscles, une « relaxation
dynamique » par l’élévation de l’état de conscience et la maître
de l’équilibre psychique.
Cette
méthode permet de réduire la durée de la douleur : 27 % des femmes déclarent
souffrir intensément moins de 30 minutes, 48 % de 30 minutes à 2 heures, 15 %
de 2 à 5 heures, et 10 % au-delà de 5 heures.
Comme
vous le voyez, l’effet de la sophrologie, sans être insignifiant, reste
modeste.
Et
la péridurale ?
C’est
la seule méthode donnant un soulagement réel de la douleur dans 95 % des cas,
quel que soit le contexte culturel même en l’absence de préparation préalable.
En reprenant l’évaluation de la douleur de 0 à 50, alors que le score moyen
est de 37 sans péridurale, il est réduit à 8 sous péridurale.
Cette
technique appliquée par le Docteur Sicard à Tenon, dès 1901 est maîtrisée
depuis longtemps (notamment en urologie et en traumatologie et dans tous les cas
où l’anesthésie générale n’est pas souhaitable). Elle consiste à
introduire par une aiguille un fin cathéter dans le dos, à la hauteur des
hanches, habituellement entre la 3e et la 4e lombaire, et
à injecter un anesthésique (de la Marcaîne) au travers de ce cathéter.
Celui-ci reste en place pendant toute la durée de l’accouchement afin de
pouvoir réinjecter du produit, si besoin est.
Cette anesthésie n’est-elle
pas dangereuse ?
Si
l’on considère que sortir de chez soi est dangereux parce que l’on risque
de glisser sur une peau de banane et de se fracasser la tête sur le trottoir,
tout est dangereux. Un acte médical reste un acte médical. Ainsi que toute
intervention, il comporte son lot d’incidents. Pour comparer ses risques et
ses bienfaits, il faut bine distinguer entre les désagréments que peut
provoquer la péridurale, les incidents qui peuvent avoir lieu et les
complications ou accidents qui peuvent survenir.
Les
désagréments sont très mineurs : fourmillements, sensation
d’engourdissement, parfois mais rarement, nausées et frissons.
Les
incidents existent mais leur fréquence est faible et ils ne laissent aucune séquelle.
Il peut s’agir de maux de têt (un peu moins de 1 % des cas) qui disparaissent
spontanément, ou d’échecs total ou partiel de l’anesthésie : la péridurale
« ne marche pas », « ne marche que d’un côté » ou réduit
incomplètement la douleur (ce qui arrive dans 10 % des cas).
Voyons
sereinement quels sont les risques de la péridurale et quelles sont leurs
probabilités.
Le
2e accident grave peut venir d’une infection qui pourrait
provoquer un abcès autour de la dure-mère, et une compression de la moelle.
Enfin,
des anesthésiques locaux peut être injectés accidentellement, ou bis
l’anesthésiste peut provoque une « overdose » induisant
l’anesthésie, non seulement de la partie inférieure du corps, mais encore
des muscles du thorax, gênant la respiration et faisans baisser rapidement la
tension artérielle.
Ces
3 accidents sont rarissimes et grâce à la surveillance par l’équipe en
salle de naissance, ils sont détectés à temps et font l’objet de traitement
efficaces et ne laissent pas de séquelles.
Pratiquée
depuis plus de 20 ans dans les hôpitaux et cliniques, la péridurale en obstétrique
n’en est plus à ses balbutiements. Nous avons fait une enquête sur 13
centres français pratiquant cette anesthésie. Sur 57 630 péridurales recensées,
on ne signalait qu’un seul cas d’atteinte motrice à une jambe, atteinte qui
a secondairement régressé.
Ces
chiffres sont éloquents. Ils sont corroborés par la pratique à l’étranger,
en Angleterre notamment. J’ajoute qu’en ce qui concerne l’enfant, non
seulement la péridurale ne présente pas de danger mais peut diminuer le risque
de mortalité, particulièrement pour les prématurés qui sont plus fragiles.
Peut-on
pratiquer une césarienne sous péridurale ?
Bien
sûr. C’est d’ailleurs un mode d’anesthésie, qui lorsqu’elle est
praticable (en l’absence d’urgence par exemple), présente bien des
avantages sur l’anesthésie générale : elle permet à la mère d’assister
à la naissance, elle permet au chirurgien de prendre son temps sans courir le
risque que l’enfant reçoive trop d’anesthésique puisque celui-ci ne
transite pas dans le sang de la mère, elle permet enfin de soulager les
douleurs qui suivent l’opération en prolongeant la durée de la péridurale
après la césarienne.
Parmi
toutes les méthodes d’anesthésie en obstétrique, la péridurale est la plus
fiable, celle qui présente le moins de risques.
A vous entendre, la péridurale devrait être obligatoire.
Certainement
pas. Si une femme ne désire pas accoucher sous péridurale, et il faut
respecter son choix. Certaines femmes ont la capacité d’accoucher
naturellement, c’est un expérience très valorisante qu’il faut à tout
prix respecter. C’est donc à la femme de décider, les examens ayant été
faits en fin de grossesse, pour permettre ce choix en cours d’accouchement.
En
matière de péridurale, le problème principal vient de ce que beaucoup de
« petites maternités » n’ont pas le nombre d’anesthésistes nécessaires
pour garantir aux femmes qu’elle pourront en bénéficier au moment où leur
enfant va naître. |