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Les parents sont-ils coupables ? 

la réaction de deux mères de famille

Un enfant se conduit comme un voyou ? c’est la faute à ses parents. A quand un permis d’être parent ?..... par Béatrice STELLA

Les parents, coupables ou victimes ? .... par Dominique MARCILHACY

Un enfant se conduit comme un voyou ? c’est la faute à ses parents

La mode est aux reproches aux familles : leur enfant se conduit comme un voyou ? C'est qu'ils sont "démissionnaires".  Souvenez-vous des punitions que veulent infliger certains pour sanctionner les parents qui se comporteraient de façon irresponsable (punitions par le fric, c’est-à-dire par suppression des allocations familiales – punitions inégalitaires d’ailleurs, car lorsqu’on n’a qu’un seul enfant, difficile de se voir supprimer des allocations qu’on ne reçoit pas).

Entendons-nous bien, je ne souhaite pas faire l’apologie de l’irresponsabilité dans le cadre familial. Tout le monde souhaite que parents et enfants, dans la plus grande harmonie, s’occupent et se préoccupent bien les uns des autres à tous les âges de la vie.

Ce qui me gêne, ce sont ces accusations récurrentes, qui permettent de disculper le reste de la société sur sa responsabilité. Un enfant se conduit comme un voyou ? c’est la faute à ses parents. Un enfant dit des gros mots ? c’est qu’il est mal élevé. Un enfant vole à l’étalage ? ce sont ses parents qui ne le surveillent pas. Un vieillard s’étiole dans une maison de retraite sans aucune visite ? Ce sont ses enfants qui sont ignobles.

La simplification des problèmes n’a jamais constitué une façon honnête de les traiter. Les choses sont beaucoup plus complexes que cela. Vous qui avez élevé une famille, qui côtoyez de nombreuses familles, vous l’avez forcément expérimenté : aucune situation familiale ne ressemble à une autre, car les circonstances sont différentes pour tout le monde. Il n’y a qu’à voir les différences qui peuvent exister au sein d’une même fratrie, qui pourtant aurait reçu la même éducation – il n’y a pas deux frères, mêmes jumeaux, qui se comportent de la même façon dans la vie. Toutes les familles ont leur petit trublion, qui fait mille bêtises, et aussi leur surdoué qui réussit tout. C’est la vie, c’est comme ça. Et chaque famille connaît des périodes plus ou moins heureuses ou la disponibilité physique ou psychologique connaît des hauts et des bas. Les contraintes professionnelles, les soucis de santé, les éloignements géographiques, les fragilisations du couple, les difficultés personnelles viennent souvent en travers des meilleures intentions du monde dans la vie familiale. Arrêtons de vouloir mettre le nez dans les affaires de famille pour dire où est le bien et où est le mal.

A quand un permis d’être parent ?  Permis à points bien sûr !

Et le reste de la société n’a-t-elle donc rien à se reprocher dans tous ces disfonctionnements regrettables ? N’est-elle pas coupable, elle aussi ? Lorsque l’on voit proliférer partout, dans l’indifférence générale, des influences néfastes sur les enfants (pornographie, violence, mensonges d’hommes –ou de femmes- publiques), lorsque l’on voit la considération que l’état accorde aux projets familiaux en faisant jouer le curseur des allocations familiales selon l’humeur du moment, lorsqu’on constate que tous les jours des bâtons dans les roues tombent sur les pauvres parents qui ne savent où donner de la tête ! Et qui doivent en plus subir les réflexions des bien-pensants autour d’eux : « oh, moi, à mon époque, il n’y avait pas de halte garderie, pas de couches-culottes et on s’en sortait bien ! »… Peut-être mais à notre époque, on renvoie une accouchée dans ses foyers au bout de trois jours !

J’en appelle donc au bon sens : cessons de disqualifier les parents en permanence. Seul le soutien, avec un brin de confiance vis-à-vis d’eux, peut arranger les choses.

Un seul exemple personnel pour étayer un peu mon propos : il y a deux ans mon père agonisait chez lui pendant dix-huit mois d’un cancer, soutenu par la présence dévouée de ma mère qui accepta d’être nuit et jour son infirmière, afin de lui permettre de rester à la maison. Par chance, il se trouvait qu’ils n’habitaient qu’à une heure de chez moi. Par chance, je suis mère au foyer, donc un peu disponible. Mais combien de fois ai-je du renoncer à venir relayer ma mère qui y perdait la santé, parce qu’aucune possibilité de faire garder mes enfants un peu plus tard ou un peu plutôt ne me facilitait les choses ?

Aujourd’hui, avoir un enfant n’est plus une fatalité. Compte tenu de la précarité de nos conditions de vie, c’est même un acte de courage et de foi dans l’avenir qui mérite d’être salué dans un monde qui est désabusé. Arrêtons de tout reprocher aux parents.

Béatrice STELLA               

Parents : coupables ou victimes ?

Dans ma ville, le mois dernier, un adolescent s’est fait poignarder par trois garçons de son âge à la suite d’une stupide altercation dans l’autobus. Ma ville n’est pas un cas isolé : partout en France, la délinquance des mineurs défraie la chronique. L’incivilité de nombreux enfants est un fait de société. Et certains jeunes vivent des situations de désarroi et de souffrance psychique insoutenables, en témoignent le nombre des suicides, la diffusion de l’alcool ou de la drogue.

Il est de bon ton aujourd’hui d’invoquer la « démission des parents » et de les rappeler à leurs responsabilités. Permettez moi de verser trois pièces à ce dossier d’accusation.

* 1ière pièce : les jeux vidéo : nos chère têtes blondes peuvent se procurer, sans aucun problème, des logiciels où l’on propose au joueur d’écraser des piétons, de déterrer des cadavres d’enfant ou de tuer tout ce qui bouge... La diffusion de pareils titres à des moins de 18 ans est illégale. Pourtant, éditeurs et distributeurs de ces jeux se défaussent en déclarant que les parents n’ont qu’à surveiller à quoi jouent leurs enfants. Au fond, c’est eux qui sont coupables.

* 2ième pièce : Votre enfant a du mal à suivre à l’école ? Faites le travailler davantage le soir préconisent les professeurs. Moi, je me pose cette question naïve : comment expliquer qu’il y a un siècle, l’école de Jules FERRY apprenait à lire écrire et compter parfaitement à des classes de 40 enfants, tous âges confondus, fils et filles de parents illettrés, parlant le patois, incapables de leur faire réciter des devoirs du soir ? Il est vrai que les instituteurs se faisaient respecter. Cent ans plus tard, combien de familles ont le temps, l’argent ou la culture pour reprendre derrière l’école ce qui n’a pas été enseigné correctement une première fois ?

* 3ième pièce : Les adultes ont aujourd’hui de terribles défis professionnels à relever. Beaucoup de maris rentrent le soir après 21 ou 22 heures, sans pouvoir protester de crainte de se faire « virer ». Combien de femmes jonglent avec des journées délirantes, désireuses qu’elles sont de réussir professionnellement puisque c’est là le seul épanouissement que la société veuille bien valoriser ? Ainsi grandissent dans ma ville de nombreux enfants, qui ont tout l’argent qu’ils veulent mais qui sont en réalité abandonnés.

Comme c’est facile ! La société fait n’importe quoi, récuse toute discipline, propose n’importe quel modèle et, si les jeunes vont mal, on désigne les parents comme coupables...

Loin de moi de sombrer dans la « victimisation » systématique des parents. L’hédonisme ambiant nous conduit trop souvent à oublier les devoirs que nous avons vis à vis de nos enfants : il est souvent plus agréable de bouquiner tranquillement ou de partir au golf que de consacrer du temps à sa progéniture. Il est plus commode de fermer les yeux sur la politesse que de batailler interminablement. Il est plus facile de céder pour une sortie que de la refuser. Il est pratique de laisser les enfants devant la télé, notre bienveillante nourrice électronique. Il peut être crucifiant de renoncer à une promotion pour sauvegarder l’équilibre de sa famille...

Etre parent implique des devoirs. C’est dans la mesure où nous les assumerons que nous pourrons dire à ceux qui se déchargent sur nous des responsabilités qui leur incombent : balayez devant votre porte ! 

                                                 Dominique MARCILHACY             

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