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Les anti-natalistes et l'immigration

article paru dans les Dernières nouvelles d'Alsace 1/4/04

Lorsque l'on s'intéresse à la démographie d'un pays riche comme la   France, il y a un petit ensemble de mots qui devient odieux à de nombreuses oreilles : le déficit des naissances.
 Quand y a-t-il déficit des naissances ? Lorsque la fécondité est inférieure à 2,1 enfants par femme. C'est la moyenne nécessaire pour que, entre ceux qui ont un peu, beaucoup et pas d'enfant, on finisse par obtenir une stabilité du nombre d'habitants dans un pays, au fil des générations (en faisant abstraction des guerres, des épidémies ou autres événements qui déciment la population, et des étrangers qui migrent vers ce pays).
 Mais pourquoi donc veut-on obtenir une stabilité du nombre d'habitants dans un pays ? En réalité, beaucoup croient que si des courants d'opinion soutiennent cette vue qualifiée de nataliste, c'est par une sorte de nationalisme venu de ce constat : plus nous serons nombreux, plus nous aurons de poids politique dans le monde, ce qui est un but à atteindre car nous sommes les meilleurs !

L'accueil des jeunes des pays pauvres

 Ces idées ont peut-être été en vogue dans l'ère préindustrielle. Mais aujourd'hui, s'il y a des « natalistes raisonnables » - c'est-à-dire ceux qui se fixent cet objectif de 2,1 enfants par femme, sans chercher absolument à atteindre beaucoup plus, c'est qu'il y a un constat très naturel qui est fait : une génération naît, elle grandit, elle travaille, elle vieillit et ne peut plus travailler mais elle vit encore et a besoin de soins médicaux, d'un toit, d'aide pour les gestes quotidiens, et de quoi manger dans son assiette.
 Si ce chiffre moyen de 2,1 enfants par femme n'est pas atteint, que va-t-il se passer ? Il y aura beaucoup de personnes âgées à faire vivre et les générations plus jeunes seront trop peu nombreuses pour le faire. Au lieu d'avoir un jeune qui fait vivre un vieux, il faudra qu'un jeune fasse vivre deux vieux.
 Et non seulement il faut que les plus jeunes donnent de l'argent sur leurs salaires pour payer une retraite à ces vieilles personnes, mais en plus, il faut qu'ils soient médecins, maçons ou électriciens, cuisiniers ou agriculteurs pour fournir à ces vieilles personnes ce dont elles auront besoin pour vivre.
 Alors, il y a des gens qui disent : tout ça c'est vrai, mais ça n'a pas d'importance, car nous avons une solution très simple. Comme nous sommes un pays riche et qu'il y a des pays très pauvres qui ne demandent que ça : ouvrons-leur grandes les portes de notre pays et accueillons toute cette jeunesse pauvre qui ne sera que trop contente d'avoir un travail tellement mieux payé chez nous ! Ainsi, nous aurons résolu notre problème, et en plus nous aurons fait une bonne action !

Le colonialisme n'est pas mort

 Si mon ton est un peu simpliste, pardonnez-moi, c'est parce que ça me rappelle l'époque où nos pays riches pillaient parfois - pas toujours -, les pays pauvres, qui en fait étaient riches de matières premières parfois intéressantes, en disant que c'était par pure bonté d'âme. Après, on a fustigé ce discours (parfois excessivement) en disant : « Pouah ! Le colonialisme ».
 Eh bien ! Le colonialisme n'est pas mort, comme on peut le voir.
 Car ceux qui promeuvent la solution de l'immigration, pour résoudre notre problème de pays-sans-suffisamment-d'enfants, proposent en réalité ce scénario : le pays pauvre, qui se saigne aux quatre veines pour amener jusqu'à l'âge adulte ses enfants dans un état de santé et d'éducation aussi haut que possible, en comptant sur ces enfants pour remonter le niveau du pays, va voir les meilleurs de ses enfants happés par un appel d'air considérable venu des pays riches vieillissants, qui vont leur proposer monts et merveilles : un travail bien mieux rémunéré que dans leur pays.
 Comment y résisteraient-ils ? Vont-ils dire la main sur le coeur : non, je suis désolé, j'ai un pays à faire vivre et progresser, j'ai à faire vivre la génération de mes parents et de mes grands-parents qui sont trop âgés pour travailler, même si je reste plus pauvre que vous, je préfère remplir mon devoir et répondre aux espérances que ce pays a mis en moi en faisant de nombreux sacrifices ?
 Bien sûr ! C'est d'ailleurs ce que disent par exemple nos brillants chercheurs éduqués à coups de crédits de l'Education nationale lorsque les Etats-Unis leur proposent des postes rémunérés plus du double de ce que nous pouvons leur offrir ici en France !

Se sentir charitable...

 Et que va faire ce pays pauvre privé de sa jeunesse ? Il va s'enrichir et vivre dans la prospérité, améliorer son sort grâce aux incantations qu'il fera aux divinités locales. C'est formidable, on est content pour eux !
 L'important pour nous, c'est qu'on se sente charitable... et qu'on puisse accuser les méchants : ceux qui veulent 2,1 enfants par femme, parce que sûrement ces gens n'aiment pas les étrangers... alors que nous, on les aime tellement qu'on veut leur faire faire le boulot à notre place !

© Béatrice Stella et les Dernières Nouvelles D'alsace, Lundi 01 Mars 2004.
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