Ces idées ont peut-être été en vogue
dans l'ère préindustrielle. Mais aujourd'hui, s'il y a des « natalistes
raisonnables » - c'est-à-dire ceux qui se fixent cet objectif de 2,1
enfants par femme, sans chercher absolument à atteindre beaucoup plus,
c'est qu'il y a un constat très naturel qui est fait : une génération
naît, elle grandit, elle travaille, elle vieillit et ne peut plus
travailler mais elle vit encore et a besoin de soins médicaux, d'un toit,
d'aide pour les gestes quotidiens, et de quoi manger dans son assiette.
Si ce chiffre moyen de 2,1 enfants par femme n'est pas atteint, que
va-t-il se passer ? Il y aura beaucoup de personnes âgées à faire vivre et
les générations plus jeunes seront trop peu nombreuses pour le faire. Au
lieu d'avoir un jeune qui fait vivre un vieux, il faudra qu'un jeune fasse
vivre deux vieux.
Et non seulement il faut que les plus jeunes donnent de l'argent sur
leurs salaires pour payer une retraite à ces vieilles personnes, mais en
plus, il faut qu'ils soient médecins, maçons ou électriciens, cuisiniers
ou agriculteurs pour fournir à ces vieilles personnes ce dont elles auront
besoin pour vivre.
Alors, il y a des gens qui disent : tout ça c'est vrai, mais ça n'a pas
d'importance, car nous avons une solution très simple. Comme nous sommes
un pays riche et qu'il y a des pays très pauvres qui ne demandent que ça :
ouvrons-leur grandes les portes de notre pays et accueillons toute cette
jeunesse pauvre qui ne sera que trop contente d'avoir un travail tellement
mieux payé chez nous ! Ainsi, nous aurons résolu notre problème, et en
plus nous aurons fait une bonne action !
Le colonialisme n'est pas mort
Si mon ton est un peu simpliste,
pardonnez-moi, c'est parce que ça me rappelle l'époque où nos pays riches
pillaient parfois - pas toujours -, les pays pauvres, qui en fait étaient
riches de matières premières parfois intéressantes, en disant que c'était
par pure bonté d'âme. Après, on a fustigé ce discours (parfois
excessivement) en disant : « Pouah ! Le colonialisme ».
Eh bien ! Le colonialisme n'est pas mort, comme on peut le voir.
Car ceux qui promeuvent la solution de l'immigration, pour résoudre notre
problème de pays-sans-suffisamment-d'enfants, proposent en réalité ce
scénario : le pays pauvre, qui se saigne aux quatre veines pour amener
jusqu'à l'âge adulte ses enfants dans un état de santé et d'éducation
aussi haut que possible, en comptant sur ces enfants pour remonter le
niveau du pays, va voir les meilleurs de ses enfants happés par un appel
d'air considérable venu des pays riches vieillissants, qui vont leur
proposer monts et merveilles : un travail bien mieux rémunéré que dans
leur pays.
Comment y résisteraient-ils ? Vont-ils dire la main sur le coeur : non,
je suis désolé, j'ai un pays à faire vivre et progresser, j'ai à faire
vivre la génération de mes parents et de mes grands-parents qui sont trop
âgés pour travailler, même si je reste plus pauvre que vous, je préfère
remplir mon devoir et répondre aux espérances que ce pays a mis en moi en
faisant de nombreux sacrifices ?
Bien sûr ! C'est d'ailleurs ce que disent par exemple nos brillants
chercheurs éduqués à coups de crédits de l'Education nationale lorsque les
Etats-Unis leur proposent des postes rémunérés plus du double de ce que
nous pouvons leur offrir ici en France !
Se sentir charitable...
Et que va faire ce pays pauvre privé de
sa jeunesse ? Il va s'enrichir et vivre dans la prospérité, améliorer son
sort grâce aux incantations qu'il fera aux divinités locales. C'est
formidable, on est content pour eux !
L'important pour nous, c'est qu'on se sente charitable... et qu'on puisse
accuser les méchants : ceux qui veulent 2,1 enfants par femme, parce que
sûrement ces gens n'aiment pas les étrangers... alors que nous, on les
aime tellement qu'on veut leur faire faire le boulot à notre place !