Mères au foyer / mères à mi-temps :
victimes, oui, mais de qui ?
Qui a dit ?
« Il faudrait se demander
pourquoi on accepta si facilement de dévaloriser le travail (et le
statut) des femmes au foyer, au lieu de critiquer l’exploitation dont il
faisait l’objet » ?
Les mères au foyer ou à temps partiel ne sont pas
victimes parce qu’elles sont au foyer. Elles sont victimes parce que la
situation qui leur est faite, en tant que mère au foyer ou à temps
partiel, est scandaleuse.
Les mères au foyer ou à temps partiel sont
en général des mères de famille nombreuse.
Le taux d’activité professionnel des femmes a
considérablement progressé. Avoir une activité professionnelle est devenu
la norme et les mères au foyer l’exception : avec 1 enfant, 15 %
seulement des femmes de moins de 40 ans sont au foyer. Avec 2 enfants,
elles ne sont encore que 22 %, mais avec 3 enfants ce chiffre monte à 48 %
et avec 4 enfants et plus, ce sont 70 % d’entre elles qui ont abandonné
leur activité professionnelle.
Quant aux mères de famille nombreuses qui
restent en activité, elles sont 48 % à le faire à temps partiel.
Quels sont les droits sociaux des parents en tant que
tels ?
Couverture maladie : curieuse morale …
Dans notre pays, vous êtes couvert par l’assurance
maladie si vous exercez une activité professionnelle ou si vous couchez
avec un assuré social. En bénéficient les femmes au foyer dont le mari est
présent. C’est aussi le cas de concubines et des PACSées. Mais si vous
élevez seu(le) des enfants, à moins d’avoir trois enfants,
point de couverture gratuite : il vous faut cotiser à la CMU.
Pour la Sécurité Sociale, il est manifestement beaucoup
plus utile et méritoire de s’occuper de l’épanouissement sexuel d’un
assuré que d’élever des futurs cotisants
Retraite : un incroyable machisme …
C’est là que se trouve le plus grand
scandale.
=> Voir notre
fiche : femme, retraite
Prestations familiales : le règne du
paternalisme
Dans ce domaine, le plus grand paternalisme
règne. Alternent en effet des politiques où l’Etat cherche à encourager
les mères au foyer en subventionnant ce comportement et des politiques où
ils les découragent en les pénalisant financièrement.
Certaines prestations encouragent les mères
à rester au foyer : Il en est ainsi de l’Allocation Parentale Education
(APE) allocation d’un montant de 493 € par mois versée aux femmes qui
restent au foyer pour élever au moins deux enfants dont un de moins de 3
ans.
Accordée sans conditions de ressources,
cette allocation est, toutefois, soumise à des conditions d’activité
professionnelle antérieure qui éliminent 45 % des jeunes femmes du
bénéfice de cette prestation.
Motif invoqué : il ne faut pas
encourager les mères qui s’arrêtent totalement d’exercer une activité
professionnelle, ce serait un « mauvais service à leur rendre ». Seules
celles qui s’arrêtent temporairement méritent d’être subventionnées. On
avance, pour prouver cela des chiffres parfaitement fantaisistes sur les
difficultés qu’auraient les bénéficiaires de l’APE à retrouver un emploi.
En vérité, pareille discrimination
s’explique par deux motifs : Le premier est qu’en
encourageant les femmes à arrêter leur travail on espère diminuer les
statistiques du chômage. Le second est que la condition
d’activité antérieure permet de réduire beaucoup le coût de l’APE. Etendue
à toutes les mères, l’APE coûterait 3,8 Milliards d’€ et bénéficierait à
725 000 femmes. Réservée à celles dont le comportement est politiquement
correct, elle ne coûte que 2,8 Milliards d’€ et ne concerne que 500 000
familles.
Certaines prestations, au contraire, découragent au
contraire les femmes de rester au foyer.
Il en est ainsi des prestations familiales
sous conditions de ressources pour lesquels le plafond de revenu est plus
sévère lorsque la mère n’a pas d’activité professionnelle que lorsqu’elle
en a une. C’est le cas de l’Allocation Pour Jeune Enfant (159 € par mois
lorsque l’enfant a moins de 3 ans) et du complément familial (144 € par
mois pour les familles comptant au moins trois enfants).
Si, dans la Famille Véron, Madame est au
foyer pour élever trois enfants, elle sera privée de complément familial à
partir de 2 078 € par mois de revenu dans le ménage. Si en revanche, Mme
Véron a une activité professionnelle, le complément familial ne sera
supprimé qu’a compter de 2 542 € par mois de ressources ! Pourquoi ? Parce
qu’on veut encourager le travail professionnel féminin
Le fait d’être au foyer est pénalisé car il
n’est pas « politiquement correct » aujourd’hui. Ce comportement ne cesse
d’être suspect que s’il a pour effet immédiat de dégonfler les
statistiques du chômage.
***
Etre au foyer, travailler à temps partiel
sont des choix actuellement réprouvés, la nouvelle norme voulant qu’une
femme exerce une activité professionnelle même avec de jeunes enfants. De
ce fait, la situation économique et sociale des mères au foyer ou à mi
temps est extrêmement défavorable.
Afin de n’avoir pas à reconnaître les
injustices dont ces femmes sont victimes, les pouvoirs publics nient les
services - pourtant éminents - qu’elles rendent à la société : préparation
des retraites, éducation des jeunes, travaux domestiques, soins aux
personnes âgées...

Sylviane AGACINSKI, Madame Lionel
JOSPIN à la ville ... (« Politique des sexes », le Seuil, 1998)