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Le
point de vue de Louis CHAUVEL : (Sociologue et démographe, maître de conférences
des universités à l’Institut d’études politiques de Paris, auteur de
« Le destin des générations » Structures sociales et cohortes en
France au XXe siècle (PUF,1998).)
Dans
l’esprit de ceux qui ont fait 68, les nouvelles générations ne seraient pas
habilitées à porter un jugement sur la période. Ainsi, les premières générations
de la crise, les personnes qui ont entre 40 et 45 ans, sont très peu convoquées
pour émettre des réserves et soulever des interrogations concernant la révolte
étudiante. L’examen rétrospectif de Mai 68 fonctionne ainsi en circuit fermé,
il est accompli à présent par ceux-là même qui en furent, hier les acteurs.
Des
chiffres attestent cette tendance lourde : pour la génération qui achève
sa formation en 1968, le taux de chômage deux ans après la fin des études était
de 4%. Pour celle qui accomplit le même passage en 1985, il est de 33%. Autre
chiffre qui se passe de commentaire : l’écart de revenus entre les
salariés de 30 ans et ceux de 50 ans était de 15% en 1975, et de plus de 35%
en 1995 ! A l’Assemblée Nationale, on dénombrait en 1983, 30% de députés de moins de 45 ans. En 1999, ils n’étaient plus que 15%. Cette explosion du chiffre des quinquagénaires dans l’hémicycle politique est plus ou moins éloquente selon les partis politiques. Là où elle l’est le plus, c’est au PS, où l’on observe une sur-représentation des députés d’environ cinquante ans.
Point
de vue paru dans « Le Figaro » en Mars 2001
Le point de vue de
Jean-Christophe BUISSON (journaliste et essayiste. Auteur de « Mao,
trotsko, dodo » ed. Le Rocher) Dans
l’affaire Cohn – Bendit, l’idée d’un procès de Mai 68 est avancé.
Reste à savoir s’il s’agit du bon procès :
En
se faisant « procureurs » et en même temps défenseurs de Dany
(l’acquittement est donc certain), les quinquagénaires et sexagénaires qui
sont passés du col mao au Rotary confisquent le vrai procès de Mai 68 qu’il
convient peut-être d’ouvrir.
La
réaction rapide et efficace des anciens de 68 à propos de Cohn - Bendit est
aussi le énième symptôme de la maladie d’une génération vieillissante :
le passéisme. Les ex-soixante – huitards sont aussi (d’abord ?) des
soixante – huitistes. A nous la jeune garde, tel est leur cri de ralliement.
Hors de son sillon, point de salut. Aux jeunes sociologues de faire dans la
bourdieuserie. Aux jeunes philosophes d’être déconstructeurs. Aux jeunes écrivains
de s’autoflageller. Aux jeunes cinéastes de mettre en scène le sexe, la
drogue,
le racisme et la galère sociale. On a les postes, soyez post-soixante-huitards
si vous voulez qu’on vous transmette le pouvoir qu’on a conquis dans les
couloirs des assemblées, des grandes entreprises, des médias ou des maisons de
production cinématographique ou discographique ! Comme l’a souligné Louis Chauvel dans La Cohorte des générations, ceux qui ont fait leur crise d’acné sur les barricades du Boul’mich’ sont ensuite entrés dans la vie active à une période de plein-emploi où les salaires d’embauche des jeunes étaient comparables à ceux des anciens et où le salaire annuel d’un quinquagénaire n’était supérieur que de 15% à celui d’un trentenaire. Il l’est aujourd’hui de 40%. Stagnation du niveau de vie et du nombre de départs en vacances, hausse du coût du logement, ascension du nombre de suicides : toutes ces données sociologiques sont propres à ma génération, pas à celle des lanceurs de pavés qui a bénéficié des meilleures allocations familiales du siècle passé et bénéficiera des meilleures retraites du siècle présent. Alors, révolution ou restauration de privilèges ?
Point
de vue paru dans « Le Figaro » en Mars 2001
Le point de vue de Jean Sévillia (auteur du « terrorisme intellectuel ed. Perrin)
Le
policier, le patron, le professeur, le père constituaient des ennemis. Pis
encore, ils incarnaient le fascisme éternel – tout obstacle potentiel au
libre arbitre étant décrété fasciste.
Les
parents ne devaient plus imposer de règles de vie, mais acquiescer aux pulsions
de l’enfant. L’école n’avait plus pour fonction de transmettre des
connaissances, mais d’assurer l’épanouissement de l’élève. Il
appartenait à l’Université de s’ouvrir à tous : la sélection
trahissait une philosophie rétrograde : ouvriers ou paysans, débarrassés
de toute hiérarchie, avaient à s’autogérer. La délinquance n’exprimant
que la revanche des inégalités sociales, la justice devait s’incliner devant
la lutte des classes. Le politiquement correct a beau dénoncer un fantomatique « ordre moral », il est des questions anthropologiques qui finiront par se poser.
Point
de vue parus dans « Le Figaro » en Mars 2001
* le point de vue de Pierre-Patrick KALTENBACH, président des Associations Familiales protestantes
* illustration :
l'affaire du collège d'Abbeville
le point de vue d'Agathe Fourgnaud (30 ans, journaliste)dans "la confusion des rôles - les Toujours-jeunes et les Déjà-vieux" (ed Lattès 2000) Quel modèle appétissant des relations hommes-femmes, du couple, a-t-on donné aux nouvelles générations toutes ces dernières années ? "Autrefois c'était la stabilité qui était la première valeur du couple. Aujourd'hui, ce qui compte avant tout, c'est la qualité de la relation, et, à ce titre, on n'hésite pas à rompre au moindre problème" explique Jean-Paul Kaufmann. Rompre pour plus de qualité : le phénomène peut sembler paradoxal. Il l'est moins dés lors que l'on entend que cette qualité si convoitée; c'est d'abord pour son strict bien être personnel et individuel qu'on la recherche, plus que celui du couple. De fait, l'objectif de la vie de couple est désormais le bonheur. On forme moins un couple pour construire une famille que pour son bonheur individuel. Etre heureux n'est plus seulement un droit, c'est une idéologie en soi : le bonheur pour le bonheur sans autre perspective. Est-ce une réussite ?Le nombre croissant de ruptures qui laisse apparaître une insatisfaction elle aussi croissante permet d'en douter. Conséquence pour le moins logique de la multiplication des divorces, la multiplication du nombre d'enfants de divorcés. Si les parents divorcés estiment toujours qu'ils se comportent comme des adultes responsables, c'est rarement l'avis de leurs enfants. mais ces derniers ont en général la prévenance de ne pas en rajouter afin de ne pas perturber davantage leurs géniteurs. Divorcera-t-on demain par simple déclaration à l'officier d'état Civil ? Deuxième paradoxe : jamais société n'a autant privilégié la dimension affective des relations et, dans le même temps, prétendu minimiser l'impact affectif du divorce sur les individus. |