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Les adolescents d'aujourd'hui, par ceux qui les connaissent

par Béatrice Stella

novembre 2005

 En dehors des adultes qui professionnellement sont en contact avec les ados d'aujourd'hui, et des parents d'ados, la société ignore parfaitement la nouvelle donne et raisonne sur des schémas dépassés. Les adolescents d'aujourd'hui sont très différents de la génération qui les précède (celle de leurs parents), et aussi très différents de celle de leurs "grands-frères" qu'on a appelé la bof-génération et qui a aujourd'hui près de trente ans.

 C'est une génération très sociable : la communication avec les copains n'a jamais été aussi facile. Il y a bien sûr les téléphones portables, les messageries instantanées sur Internet mais aussi tout le temps passé entre eux. Combien de temps passent les adolescents avec leur famille ? de moins en moins. Ils vont et viennent très librement, que les parents le veuillent ou non. Essayez de retenir chez lui contre son gré un enfant de 15 ans, c'est presque mission impossible, à moins d'en venir aux mains – solution dont le parent n'est pas sûr de sortir gagnant ! La légitimité invoquée, c'est que si les copains se retrouvent à tel ou tel rendez-vous, il n'est pas question que je n'en sois pas ! Ils sont passionnés par leurs copains, par leur génération, leurs systèmes de valeurs, leurs codes de conduite, leurs codes vestimentaires, les objets emblématiques qu'il faut posséder d'une manière ou d'une autre etc… Cette façon d'être n'était qu'en surface pour les générations précédentes, aujourd'hui elle prend toute son ampleur et son importance grâce aux moyens de communications faciles et au temps passé ensemble. L'enfant isolé n'existe plus, il doit faire un effort surhumain, mais il lui faut s'intégrer coûte que coûte. On l'a bien vu avec l'ostracisme constaté dans les cours de récréation des collèges vis-à-vis de ceux qui ne portent pas la panoplie obligatoire eastpak + nike.

 Cette façon de fonctionner n'est pas l'apanage des cités. Elle existe partout, même dans les collèges huppés. Les cités offrent simplement une particularité qui donne une ampleur supplémentaire au phénomène : tous les copains habitent dans un rayon de quelques centaines de mètres. Encore plus facile donc, de se voir en permanence… et qu'est-ce qu'on pourrait bien faire ce soir ensemble ?

 C'est là que réside la grande nouveauté de l'adolescence d'aujourd'hui, mais elle se combine avec un autre facteur qui existe déjà depuis une  bonne quinzaine d'années : l'affaiblissement de l'autorité et des hiérarchies.  Le rapprochement opéré entre les générations par les suites du séisme soixante-huitard atteint un paroxysme. Les parents n'ont plus la possibilité d'imposer une distance avec leurs enfants, distance nécessaire pourtant à l'acceptation de l'autorité. D’après l’ensemble de la société, le bon parent se doit de communiquer avec son enfant, et l'enfant comprend : le bon parent doit accepter la contradiction, la négociation et la voix au chapitre qu'il revendique en permanence, pour tout ce qui se passe à la maison, que ça le concerne directement ou non d'ailleurs ! Tout parent, même le plus appliqué, le plus impliqué dans sa mission parentale, est démuni en face de cela. Il est disqualifié systématiquement lorsqu'il n'est pas politiquement correct ; une sorte d'éducation-modèle est promue par la société : est bon parent celui qui n'impose pas à ses enfants trop de choses, tout en offrant un cadre rassurant pour son épanouissement, qui s'intéresse aux résultats scolaires, mais sans leur donner trop d'importance etc… Ainsi, il est vu comme admissible qu'un parent interdise les sorties la veille des contrôles scolaires, mais un parent qui prive son adolescent d'une fête pour mauvais résultats scolaires ou pour insolence caractérisée est considéré comme une version moderne de Folcoche. En clair, les parents n'ont plus la possibilité d'imposer leur vision personnelle de l'éducation. Tout leur mode de vie, toutes leurs décisions, sont scannés par le politiquement correct. On lui demande de "se remettre en cause"… Lorsque le parent insiste malgré tout, la conséquence se voit au niveau de l'enfant qui se transforme en écorché vif, victime d'une injustice insupportable et là, la réaction de colère prend toutes les formes, même les plus extrêmes. Bien sûr, puisque la société le conforte et l'encourage dans ses révoltes…*

Après avoir recherché dans les problèmes de chômage, d'urbanisation pathogène, on pointe maintenant du doigt, une fois de plus les parents. Ça devient fatigant, car cette société qui n'éduque pas des adolescents d'aujourd'hui parle de quelque-chose qu'elle ne connaît pas. Les adolescents ont changé, la société a transformé les conditions de l'autorité : que celui qui critique les parents vienne prendre leur place une semaine, qu'on le voit à l'œuvre !

 Comment être parent sereinement aujourd'hui ? Tout vous disqualifie, jusqu'à la menace de suppression des allocations familiales ! ainsi les parents sont tellement bien considérés qu'on estime que leur supprimer une centaine d'euros par mois va leur donner une douche froide qui va les pousser à faire des gros yeux  efficaces à leurs enfants. Quelle considération on leur porte ! Le montant pathétiquement ridicule de ces allocations familiales en est d'ailleurs la preuve. Et les menaces de les supprimer raisonnent comme une marque de mépris particulièrement insultante. 

L'adolescence est un période très dure à vivre, aujourd'hui, pour les parents ; ils ont besoin de soutien pour donner à leurs enfants les éléments nécessaires à leur future vie d'adulte. L'adolescence est une période très dure aussi pour l'enfant. Beaucoup de souffrances se vivent au sein des familles, il est temps que la société s'en aperçoive et propose son aide au lieu d'accuser sans savoir.

 * rouler à contre-sens ou brûler les feux-rouges en deux-roues, même pépé le fait ! Le cannabis ? oh c'est pas bien grave…

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                                               © Dominique Marcilhacy