Je
me l’étais promis. Cette année, pour les vacances, je ne serais pas
prise de cours par la rude tâche de faire les valises de ma famille de
sept personnes. J’avais mis un point d’honneur à vouloir faire
preuve d’un sens de l’organisation et de la prévoyance au delà de
celui du commun des mortels.
Je
savais que j’en étais capable. J’en avais au moins une preuve.
Lorsque, jeune mariée, j’avais participé avec mon mari à un petit
voyage organisé de quatre jours à Moscou au mois de novembre,
j’avais été la seule à ne pas grelotter sur la place Rouge car,
malgré l’été indien qui réchauffait alors encore Paris, j’avais
emporté ma plus chaude pelisse. Savoir prévoir, ce n’est pas si
compliqué.
Revenons
à notre mois de juillet. A J-8, début des grandes manœuvres, dans ce
recoin que j’ai pompeusement baptisé de buanderie (j’ai hésité
avec « salle de torture » mais, malgré la nouvelle vague
publicitaire du « sado-maso-porno-chic », j’ai eu peur de
la détérioration de mon « image »).
Donc,
au lieu de remettre au lendemain les lessives qui pouvaient être faites
immédiatement, j’avais décidé de les faire strictement et
scrupuleusement au fur et à mesure. Dès que la machine s’arrêtait,
je la remettais en route. Ainsi je comptais trouver des placards bien
remplis, dans lesquels je n’aurais plus qu’à faire mon choix au
moment de faire les valises.
Equipée
d’un minuteur pour pister les cycles de ma machine, je veillais sur
mon linge comme sur du lait sur le feu. Active, mais psychologiquement
sereine, je voyais les derniers jours passer, toute à ma
joie de transporter bientôt ma famille sous des cieux
distrayants (j’ai failli dire « reposants » mais… ça dépend
pour qui !)
Enfin,
la veille du départ arriva. Dès le petit matin, je décidai de mettre
tous les atouts de mon côté : un solide petit-déjeuner, un savon
de douche dit « relaxant », un disque de musique spéciale
anti-stress, et me voilà au travail.
Pour
une fois, j’ai commencé par la valise parentale, et même, par mon
compartiment personnel. C’était pour commencer dans la bonne humeur.
Au fond, c’est un peu comme quand on se choisit une tenue le matin,
sauf qu’on en choisit plusieurs. On prend les hauts et les bas
coordonnés, les bijoux, les accessoires. On s’imagine déjà faisant
sensation avec ces petits ensembles sur une peau vite bronzée, délestée
de tous ces affreux kilos de l’hiver (euh… pardon, je m’égare !
j’avais oublié que je sortais à peine d’une allergie au régime…).
Alors, bien sûr, il a fallu empiéter un peu sur le compartiment de mon
homme qui s’est trouvé considérablement réduit, notamment à cause
de mon séchoir à cheveux, qui, cette fois-ci, a voulu partir avec tous
les accessoires à friser, gaufrer, lisser (et j’en passe), pour fêter
mes nouveaux cheveux longs.
Et
nous voilà arrivés à la fin de la période rose du film « Faire
les valises ». Mon homme entra en scène. J’avais suggéré
l’excellente idée de lui faire coller une journée de RTT (1) la
veille de notre départ (pour partager en couple amoureux les joies des
valises – Chéri, prends un jour de RTT avant de partir, tu verras, tu
seras bien plus en forme pour conduire ». Réponse : « M’en
fous, puisqu’on se relaye au volant. ». Réplique : - oui,
mais non, en fait… tu sais, depuis la fois où j’ai failli
m’endormir au volant, je me sens plus rassurée quand c’est toi qui
conduit. »…
Donc,
après avoir fait toute petite ma pince à gaufrer dans son coin de
valise, j’appelai le Grand Chef dans son
placard pour qu’il fasse son choix parmi ses vêtements. Et
c’est là que se produisit la première crise : « Et comme
tricots, qu’est-ce-que tu veux emporter ? ». Réponse :
« Le vert et le bleu, ce sont les seuls dans lesquels je rentre
encore dedans. » (2) – Tiens, mais au fait, où sont-ils ?
je ne les ai pas vus à la buanderie ! Mais… qu’est-ce qu’ils
font là, tous les deux en tas, par terre, SALES ??? » (3)
Par
égard pour mes lecteurs, que je ne souhaite pas lasser, je ne décrirais
pas ce que l’épreuve des valises de cinq enfants entre 3 ans et 14
ans, peut représenter. D’autant que les exclamations censurées ne
peuvent décemment pas constituer l’essentiel d’un texte.
Sachez
simplement que nous avons repêché dans les divers coffres à jouets
environ 75 % du stock des slips de notre numéro 4 – âgé de six ans.
Que j’ai découvert un nid à linge sale monstrueux, datant peut-être
de plusieurs mois, derrière le placard d’un de nos ados, et qu’à
deux heures du matin, je séchais toujours des tricots au séchoir à
cheveux (débarassé de son accessoire à gaufrer). Je ne vous cacherai
tout de même pas que, lorsque nous arrivâmes sur notre lieu de villégiature,
je déballai un linge quasiment humide.
Cela
dit, le RTT fut quand même une excellente idée. L’humeur du
chauffeur s’en est trouvée considérablement améliorée. C’est
tout de même bien de commencer les vacances dans la bonne humeur !

(1)
RTT, ou réduction du temps de travail pour ceux qui reviennent
juste d’un séjour prolongé dans la lune.
(2)
Précisons que l’allergie au régime est une maladie violemment
contagieuse.
(3)
Vocabulaire, qui malgré sa richesse et sa diversité, est
strictement censuré. Renseignez-vous auprès de nos voisins.