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La crèche  

 

Anne Wagner a derrière elle trente ans d’expérience en crèche, bref, elle sait de quoi elle parle quand, en collaboration avec une journaliste, Jacqueline Tarkiel, elle pose la question que se posent chaque année des milliers de jeunes parents :

Compte rendu de lecture par G. Bichot

Notre enfant est-il heureux à la crèche ? 

Sa réponse tient en deux cents pages qu’on lit d’une traite [1]  L’auteur nous est immédiatement sympathique par sa grande sincérité et son sens de la nuance et de la modération. A grands traits, l’idée d’Anne Wagner est la suivante :

Oui, aujourd’hui, tout est fait dans les crèches pour que les enfants s’épanouissent et vivent au mieux l’absence de leurs parents, 

 

mais jamais, au grand jamais, la crèche aussi exceptionnelle soit-elle, ne doit remplacer les parents.

Dans sa démonstration, Anne Wagner fait uniquement appel à son bon sens et à l’expérience. Son seul souci, ce sont les tout-petits que l’on confie de plus en plus jeunes et de plus en plus longtemps à des structures collectives. La socialisation précoce est-elle la panacée ? Quels adultes nous prépare-t-elle ? Démarche d’autant plus intéressante qu’Anne Wagner avoue avoir été pendant de longues années une chaude partisane du « tout crèche » et comme elle se dit plus que jamais féministe, on ne peut vraiment pas la taxer de vouloir renvoyer les mères à leurs fourneaux : « il y a quelques années, si l’occasion m’en avait été donnée, j’aurais écrit une apologie des crèches. L’âge m’ayant donné du recul, l’inconditionnelle que je fus fait aujourd’hui son bilan ».

 

"Entraînée au pas de course par le féminisme, persuadée que les femmes devaient foncer dans le travail et s’y épanouir, que rester chez soi à élever ses enfants était dévalorisant, encouragée par les « psy » et les spécialistes de l’enfance, j’étais convaincue que la séparation du petit enfant de son milieu familial était indispensable à la constitution de sa personnalité. Notre métier d’infirmière-puéricultrice et nos institutions favoriseraient la « libération » du nourrisson ! N’avions-nous pas une panoplie parfaitement au point pour adapter au mieux l’enfant à sa nouvelle maison ? Le fameux « doudou », l’objet transitionnel devait lui permettre de se passer de sa mère et de son père."

 

" Nous n’avons plus la naïveté de croire qu’il suffit à remplacer les parents. Déjà dans les années cinquante, des spécialistes dénonçaient les méfaits éventuels de l’institution sur le bébé. Mais nous, les défenseurs de la crèche, avions été jusqu’à démontrer que leurs idées étaient sans fondement et que, grâce à nos structures, nous pouvions créer de nouvelles générations d’enfants. Je suis revenue de toutes ces chimères et je me demande, avec d’autres, quels adultes deviendront ces enfants élevés avec des parents presque toujours absents. Eux aussi d’ailleurs commencent à se poser des questions et je vois non seulement des mères s’interroger, mais des jeunes pères essayer d’intégrer dans leur « plan de carrière » une disponibilité pour leur enfant. Ce n’est pas par nostalgie du foyer, mais sous l’effet d’une réflexion qui me semble nécessaire. Il faut aujourd’hui savoir quelle place donner à l’enfant. »

La vie à la crèche

 

 

Tout dans une crèche est conçu en fonction des besoins des 0-3 ans. Les locaux sont gais, clairs et pratiquement sans danger (on ne peut malheureusement pas en dire autant de bien des logements !). De plus en plus, priorité est donnée à la convivialité sur l’hygiénisme rigoureux de mise jusque dans les années 80.

 

« Les salles de bains avec leurs tables de change étaient séparées les unes des autres par des vitres et ressemblaient à des aquariums dont on devinait la succession à travers la transparence. Mais il n’y avait aucune intimité. L’hôpital collait encore à la peau des crèches. Aujourd’hui, le souci primordial de l’architecture est de permettre une relation directe entre le parent et la personne qui va s’occuper de son enfant. Plus de salle de vestiaire : le casier de l’enfant est directement dans sa salle de jeux, l’enfant ne change pas de pièce (...). Enfin, on utilise au maximum l’espace pour les activités ludiques de l’enfant ».

 

Chaque enfant bénéficie de soins attentifs et souriants de la part du personnel. La norme établie par le Ministère de la santé prévoit une auxiliaire de puériculture pour cinq enfants qui ne marchent pas (jusqu’à 15 mois environ), une auxiliaire pour huit enfants qui marchent. De plus en plus souvent, pour éviter les changements successifs, l’enfant reste entre les mains d’une seule auxiliaire au cours de ses deux premières années et même quelquefois trois ans de suite : c’est l’auxiliaire de référence ou la référente, elle s’occupe de 5 (ou 8) enfants, toujours les mêmes, pour éviter qu’ils ne soient pris en charge par quatre personnes différentes dans la même journée. C’est elle qui remplit le carnet de liaison remis chaque soir à la famille.

Les crèches sont beaucoup évolué et surtout les parents y ont leur rôle à jouer lors de la période d’adaptation bien sûr, mais ensuite au quotidien en entretenant un dialogue de bonne qualité avec le personnel et en veillant à ne pas considérer la crèche comme une consigne. Anne Wagner a beaucoup de plaisir à voir certaines auxiliaires invitées de temps en temps à dîner dans les familles des enfants dont elles s’occupent... mais ce cas de figure n’est malheureusement pas le plus fréquent.

 

Les limites de la crèche

 

Malgré tous les efforts faits par le personnel des crèches pour améliorer la qualité de l’accueil, un certain nombre d’enfants éprouvent de réelles difficultés d’adaptation à la vie en collectivité. Selon l’âge et le tempérament des enfants, ces difficultés s’expriment de diverses manières : maladies ORL à répétition, refus de dormir ou de boire son biberon, fatigabilité ou énervement extrême... Anne Wagner parle d’un véritable stress des bébés de 3 mois ou à peine plus hors de la séparation d’avec leur mère quand celle-ci doit reprendre son travail. Parfois, ce stress peut durer des mois et disparaître à condition que les parents veuillent bien y mettre du leur. Il suffit parfois de peu de chose : s’arranger pour reprendre l’enfant plus tôt le soir ou écourter ses journées à la crèche en embauchant une baby-sitter deux heures par jour, s’occuper plus de l’enfant le soir à la maison et le week-end. S’il n’y a aucune amélioration, il faut envisager un changement de mode de garde. Outre le système traditionnel des nourrices (assistantes maternelles) ou des personnes employées à domicile, des solutions intermédiaires connaissent aujourd’hui un grand essor : la crèche parentale et la crèche familiale adaptées aux enfants qui se sentent perdus dans un groupe trop important.

 

Souvent, il est difficile de faire entendre raison aux parents quand leur enfant est rétif à la vie en collectivité, on se heurte à un véritable fantasme parental : seule la crèche éveille l’enfant, la « socialisation précoce » engendre des petits génies... C’est à voir, répond Anne Wagner en s’appuyant sur des études très récentes, en particulier un travail réalisé aux Etats-Unis : ce seraient les enfants qui passent de 10 à 30 heures par semaine en garde collective qui obtiendraient le meilleur développement cognitif et social, tandis que les enfants qui subissent plus de trente heures par semaine de ce type de garde de même que ceux qui ne sont jamais placée obtiennent de moins bons résultats. Et là encore, il importe de relativiser : à la maternelle, si l’enfant de trois ans qui sort d’une crèche est plus débrouillard que ses petits camarades, à quatre ans, ils se confondent tous. La garde collective à petites doses semble être la bonne solution. Or, en France, la plupart des enfants font des journées de 10-11 heures à la crèche... Si les crèches restent ouvertes si longtemps, cela tient à leur origine hospitalière. Au Danemark et dans la plupart des pays scandinaves, bien que les crèches collectives soient très performantes, les enfants ne peuvent y rester plus de six heures par jour.

 

Les enfants et leurs parents en vacances

 

Anne Wagner s’inquiète de voir un nombre croissant de parents se décharger complètement sur la crèche de l’éducation de leurs enfants. Elle note des cas de plus en plus fréquents d’enfants présents douze mois sur douze à la crèche. Il s’agit d’enfants de milieux plutôt favorisés dont les parents choisissent de prendre leurs vacances « en amoureux ». Chaque semaine apporte son lot de petits malades qui arrivent avec 37° à la crèche (grâce à un suppositoire miracle)... et geignent deux heures plus tard avec 39° C. Les parents s’insurgent quand on leur demande de ramener à la maison leur bébé malade.

 

La crèche fait si bien que les parents pensent qu’ils n’ont plus rien à faire... Anne Wagner lance un véritable cri d’alarme : parents, intégrez votre vie à celle de vos enfants !

 

 

[1] Anne Wagner, Jacqueline Tarkiel : "Nos enfants sont-ils heureux à la crèche, 200 p., Albin Michel, 1994." Pour vous procurer ce livres par correspondance : www.chapitre.com

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