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l'art d'accommoder le progrès Tout
bouge, tout change : c'est la vie. Plus précisément, les êtres vivants ne
cessent pas d'évoluer, à long terme comme à court terme. Une espèce animale
disparaît ordinairement quelques millions d'années après son apparition :
c'est beaucoup à l'échelle d'une vie humaine, c'est peu à celle d'un univers
qui compte une dizaine de milliards d'années d'existence.
Cet
univers lui-même se transforme. Le ciel que nous observons durant les belles
soirées d'été n'est pas le même que celui que scrutaient nos ancêtres il y
a 2000 ans : les constellations changent de forme et de place. Les astronomes
nous disent que l'univers est en expansion, et que sans cesse des étoiles
naissent tandis que d'autres s'effondrent sur elles-mêmes, produisant des
"trous noirs". Les
mutations des micro-organismes sont beaucoup plus rapides : d'une année sur
l'autre, les virus de la grippe ne sont plus les mêmes, si bien que les vaccins
sont chaque année différents. Dans
un tel contexte, comment l'homme resterait-il immobile ? Il innove, et le rythme
que l'innovation technique imprime aux modifications de nos manières de vivre
est de plus en plus rapide. La généralisation du téléphone portable a été
trois fois plus rapide que celle de la télévision, cinq ou six fois plus que
celles de l'automobile et du téléphone fixe. La diffusion de la carte de
paiement à microprocesseur ("puce") a pris quelques années alors que
la "bancarisation", le fait que chaque personne ou ménage dispose
d'un compte à vue, a requis plusieurs siècles. La production d'OGM (organismes
génétiquement modifiés) accélère considérablement les transformations par
rapport aux techniques d'hybridation et de sélection antérieurement utilisées. Et
la famille ? Comme l'ensemble des rapports humains, comme la société, elle évolue
rapidement. Ce qui ne veut pas dire qu'elle se dénature, qu'elle perde de sa
substance. Faut-il la comparer à ces nouvelles variétés de tomates qui sont
plus lisses, plus résistantes, plus transportables, mais moins savoureuses,
plus cotonneuses ? ou bien à ces roses issues d'une hybridation ou d'une
modification génétique savante, qui sont encore plus éclatantes et plus
suaves ? Ni
l'optimisme béat ni le pessimisme systématique ne sont des attitudes censées.
Les innovations ne sont pas uniformément bonnes, ni systématiquement
mauvaises. Surtout, l'usage que l'on en fait n'est pas forcément bon, ni forcément
mauvais. La domestication de l'atome fournit du courant électrique à des
millions de personnes, mais elle a aussi permis Hiroshima. Ainsi
en va-t-il des évolutions de la famille et de la société. Prenons le développement
de l'activité professionnelle féminine : celle-ci peut être une source d'épanouissement
pour l'intéressée, pour son mari et ses enfants, un "plus" pour la
vie de famille ; mais elle peut aussi être à l'origine de fatigue, de stress,
d'une moindre disponibilité à des moments où certains membres de la famille
auraient grand besoin de sa présence. L'être humain est libre : de la plus
grande participation des femmes à la vie professionnelle, il peut faire un
usage excellent, ou un mauvais usage. Prenons
les procréations médicalement assistées. Quoi de plus merveilleux que de
permettre d'engendrer à un couple qui serait resté stérile en l'absence de
certaines techniques ? Mais la médaille a son revers : la même virtuosité
technique permet par exemple de sélectionner les embryons en conservant ceux
dont le sexe et d'autres caractéristiques plaisent, et en éliminant les
autres. Le don de la vie et l'eugénisme, il y a toujours, comme dans la
"Guerre des étoiles", le côté lumineux et le côté obscur de
"la Force", c'est-à-dire du progrès technique. La
position de l'Union des Familles face à toutes ces évolutions est un optimisme
vigilant. Optimistes,
nous le sommes parce que la famille participe de l'élan vital qui, depuis des
millénaires, surmonta les crises, les difficultés, les catastrophes.
Fondamentalement, la vie est belle et mérite d'être vécue, et la nouveauté
est une composante intrinsèque de la vie. C'est pourquoi nous nous réjouissons
de voir s'étendre le champ des possibles ; nous sommes heureux de voir la
famille évoluer avec la société, s'adapter aux changements, les provoquer
parfois. Heureux et fiers, car il est peu d'institutions qui parviennent comme
la famille à évoluer en conservant le meilleur d'elles-mêmes. Mais
l'optimisme sans la vigilance serait la porte ouverte à toutes sortes d'
horreurs. L'humanité peut produire la shoah et le goulag aussi bien que Médecins
sans frontières et les restos du coeur, Pol Pot aussi bien que Mère Térésa.
L'optimisme de l'Union des Familles face aux évolutions n'est donc aucunement
"béat". Nous envisageons chaque changement, chaque innovation, avec
à la fois le souci d'en tirer le meilleur parti, et celui d'éviter qu'elle ne
soit utilisée pour le pire. Il
serait contraire à l'esprit de l'Union des Familles de dire "non" par
frilosité, par conservatisme, par peur de ce qui est nouveau. La nouveauté
nous attire : elle est la vie-même, et comme nous aimons la vie, nous
l'accueillons avec joie. Mais nous savons que l'homme est ambivalent, partagé
entre le bien et le mal. Il en découle que l'innovation humaine est elle-même
ambivalente, susceptible d'être mise au service du mal comme au service du
bien. Ce
n'est pas nouveau. Esope (fabuliste grec) voyait dans le langage la meilleure et
la pire des choses. La langue est de fait un merveilleux instrument de
communication, de rapprochement, d'amitié, d'humour. Elle est aussi l'outil du
mensonge, de la duperie, de la haine, de la pédanterie. Jacques BICHOT
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