Le congé parental d’éducation et son complément,
l’Allocation Parentale d’Education (APE) devenu
la "PAJE-complément d'activité" sont critiqués car leurs
bénéficiaires éprouveraient de grandes difficultés à réintégrer le monde
du travail professionnel à son issue et car cette allocation donnerait
lieu à des « dérapages financiers ».
La coïncidence entre ces deux reproches est parfois
troublante.
L’APE ou à la PAJE-complément
d'activité est plébiscitée par les jeunes mères
Rapide historique de l’APE :
Créée en 1985 par Georgina DUFOIX, l’APE était initialement
réservée aux femmes qui interrompaient leur activité professionnelle à
l’occasion d’une naissance de rang 3 ou plus (il fallait justifier de 2
ans d’activité professionnelle dans les 2,5 ans précédent la naissance).
En 1987, à l’époque de Michèle BARZACH, elle fut ouverte
aux femmes qui avaient déjà interrompu leur activité mais qui justifiaient
de 2 ans d’activité dans les 10 ans précédant l’arrivée du petit
troisième.
En 1994, Simone VEIL l’ouvrit aux mères de 2 enfants à la
condition qu’elles justifient de 2 ans d’activité professionnelle dans les
5 ans précédant la naissance. Cette dernière condition écarte encore 36 %
des jeunes mères du bénéfice de l’APE.
Le succès de la réforme de 1994 :
Alors que l’APE plafonnait à 175 000 bénéficiaires
lorsqu’elle était réservée aux familles nombreuses, elle est aujourd’hui
perçue par plus de 540 000 familles en 1998. 98 % des bénéficiaires sont
des femmes.
D’un montant de 384,97 € / mois pour un taux plein, elle
connaît un succès considérable auprès des mères de 2 enfants. De fait, le
taux d’activité professionnelle (chômeuses comprises) de celles-ci est
passé de 69 % en 1994 à 53 % aujourd’hui lorsqu’elles ont un petit de
moins de 3 ans. Ce sont essentiellement des femmes des milieux moyens et
modestes qui ont demandé cette allocation. 84 %, en effet, sont ouvrières
ou employées. Cela s’explique aisément par la trop lourde perte financière
que supporteraient des femmes aux salaires plus élevés et par le faible
intérêt de certaines professions comparé à celui d’élever son enfant.
On notera, enfin, que seulement 20 % des bénéficiaires de
l’APE cumulent cette prestation avec un travail à temps partiel.
Le coût de l’APE pour la branche famille est de 2,8 Md€
par an.
PAJE-complément d'activité/
APE et retour à l’emploi : moins de problèmes qu’on
le dit
Les critiques faites à l’APE ou à la PAJE-complément
d'activité au nom des difficultés du
retour à l’emploi sont à prendre avec précaution :
n
on observe aujourd’hui un paternalisme
très puissant qui voudrait, « pour leur bien », interdire aux femmes de
rester, un temps, au foyer à s’occuper de leurs enfants. Il n’est pas
politiquement correct, en France, d’être mère au foyer et une femme n’est
censée s’accomplir qu’en ajoutant 35 heures de travail salarié aux 35 à 45
heures de travail qu’elle effectue à la maison. Les 500 000 mères qui ont
fait le choix de l’APE ne seraient pas assez grandes pour comprendre où
est leur intérêt, ce que les pouvoirs publics devraient leur rappeler en
supprimant cette allocation.
n
un tiers des bénéficiaires de l’APE
viennent du chômage. Prétendre que cette allocation les éloigne du marché
du travail est donc inexact. Ajoutons que leurs droits ASSEDIC sont
seulement suspendus pendant le versement de l’APE.
n
En 1995, la CAF des Yvelines a publié
une enquête montrant que 75 % des mères le souhaitant retrouvait un emploi
à l’issue de leur interruption. Ce chiffre ne concerne que les mères de
trois enfants et plus, l’APE n’étant pas ouverte dès le 2ième
enfant au moment de l’enquête. Or ces femmes se caractérisent pas des
durées d’interruption beaucoup plus longues que les autres ce qui rend
plus difficile leur retour à l’entreprise. Un taux de chômage de 25 %,
comparable à celui que connaissent les jeunes cherchant leur premier
emploi, s’explique assez bien.
n
L’enquête CNAF / CREDOC (Juillet
99) atteste plutôt de ce que le retour à l’emploi après une APE se passe
relativement bien : 75% des femmes qui demandent
l’APE occupaient un emploi au moment de leur demande (dont les
¾ un emploi
stable, et
¼ un emploi précaire), 4 % étaient au foyer et 21 % au chômage.
A l’issue de l’APE, 27 % restent au foyer (dont 40 % en enchaînant une APE
pour le 3ème enfant),
22 % sont au chômage et 51 % retrouvent un emploi. Les ¾ de celles qui
retrouvent un emploi se déclarent satisfaites des conditions de leur
retour à l’emploi
.
La suppression de l’APE ou de la PAJE-complément
d'activité serait, pour de nombreuses femmes, un véritable retour en
arrière, injuste et mal ressenti. Ce qui ne dispense pas de chercher à
faciliter le retour dans l’entreprise à l’issue de l’APE.
Comment faciliter le retour dans l’entreprise après
le congé parental ?
3 mesures peuvent être mises en place :
- Le rappel ponctuel par l’entreprise :
Pourquoi ne pas permettre à la salariée de « garder le
contact » avec l’entreprise pendant le congé en donnant la possibilité à
son employeur de la rappeler pour des missions brèves et ponctuelles ? Une
collègue est malade ? Il y a un coup de bourre momentané ? Un employeur
peut avoir avantage à rappeler la salariée. Cet avantage est partagé : de
la sorte, l’employée « reste dans les fichiers », se tient au courant de
la vie de l’entreprise et de ses techniques.
A son retour, non seulement elle n’aura pas été oubliée mais elle sera
tout de suite opérationnelle. Ce genre de rappel est actuellement
interdit.
- la formation professionnelle pour les femmes qui ont « décroché » depuis
longtemps. A l’heure actuelle, les femmes voulant reprendre une activité
professionnelle après quelques années passées au foyer n’ont pas de droit
spécifique à une formation. On pourrait compléter ce droit à formation par
la création d’une « Allocation de Reprise de Métier » faisant suite à la
PAJE-complément d'activité (montant analogue) versée un
an à la femme qui suivrait un stage de formation après une interruption.
- le droit au temps partiel pour les mères
de famille nombreuse. Pour une mère de 3 enfants ou plus qui achève
son congé parental d’éducation, c’est « le tout ou rien ». Son employeur
n’est pas tenu de lui proposer de temps partiel. Or, avec trois enfants
dont un encore jeune, le temps complet s’avère souvent impossible ou
épuisant. Beaucoup se résignent à démissionner. Le droit à un temps
partiel permettrait à nombre d’entre elles de ne pas se couper brutalement
du monde du travail tout en continuant à assumer leurs tâches familiales.
Cette contrainte imposée à l’employeur au nom de l’intérêt général
pourrait être compensée par une indemnité à charge de la branche famille
ou de l’Etat.
zzz
Conclusion : la conciliation entre la vie
familiale et la vie professionnelle doit être recherchée en dehors de
toute idéologie. Les femmes sont les mieux placées pour juger de ce
qu’elle ont à faire. A condition que l’Etat leur facilite cette liberté
sans paternalisme.