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réflexions de Marie-Thérèse Martinière

Conseillère Conjugale et Familiale

 

La loi de 1975-1979 relative à l’I.V.G. vient de faire l’objet d’un nouveau débat en France, sur la base du rapport NISAND remis dernièrement à Madame le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité.

 

Ce rapport contient d’excellentes observations, en particulier sur les difficultés d’application de la loi, la stabilité relative du nombre d’I.V.G. déclarés pratiqués en France, mais aussi “ l’étonnant décalage ”(...) existant entre le nombre officiel de cas d’I.V.G. déclarés et ceux effectivement pratiqués, ce que Chantal BLAYO de l’I.N.E.D. (Université Montesquieu  Bordeaux IV) explique par une sous-déclaration (pourtant obligatoire) des établissements privés, avec pour conséquence l’absence d’entretien préalable obligatoire. C’est le constat d’un échec relatif de la prévention.

 

D’un point de vue du droit de la liberté de choix, la loi française est bonne. D’un point de vue éthique, étant donné la problématique très complexe qui touche à l’avortement, elle est bonne aussi car elle instaure une clause de conscience pour les médecins et le personnel médical qui refusent de l’appliquer. Elle affirme la valeur de la vie en rendant obligatoire l’entretien pré-I.V.G. et facultatif l’entretien post-I.V.G.. Or, dans les propositions du docteur NISAND, il est prévu deux modifications importantes :

- Supprimer la caractère obligatoire de l’entretien préalable,

- Supprimer l’autorisation parentale pour les mineures.

 

L’entretien psychosocial

Il fait de l’I.V.G. un acte exceptionnel méritant réflexion et un acte qui engage la responsabilité de la femme qui le choisit librement, tout en lui assurant une prise en charge médico-sociale. Elle fait ce choix parce que cette grossesse-là pour elle, à ce moment là, est impossible à assumer et parce qu’un enfant n’est pas envisageable, sous peine d’anéantir dans la plupart des cas un équilibre de vie déjà très fragile sinon précaire. C’est toujours une situation dramatique et conflictuelle, entre désir conscient et inconscient et réalité.

Pour les conseillers conjugaux et familiaux spécialement formés à cet entretien très particulier, souvent unique et pratiqué dans l’urgence, il s’agit d’écouter, d’apporter un soutien et de permettre une prise de conscience sur le sens de la démarche.

Le rapport NISAND souligne qu’il y a une réelle différence entre désir de grossesse et désir d’enfant. L’entretien pré-I.V.G. peut donc être le lieu où nommer cet écart, et l’ambivalence qui accompagne toute grossesse, même chez celles qui déclarent avoir déjà pris leur décision.

C’est aussi l’occasion de parler du partenaire ou du conjoint ou avec lui s’il est présent et de lui faire une place dans un acte qui l’engage également, c’est-à-dire d’écouter ce couple parfois à problème, en rupture ou en désaccord sur le désir d’enfant..

Dans cet entretien assez long qui nécessite une totale disponibilité, il s’agit d’écouter sans juger, ni culpabiliser, mais d’humaniser la démarche dans un acte de langage qui permettra plus facilement, après coup, de l’assumer d’une manière responsable et peut-être d’éviter un état dépressif par la suite ou à l’occasion d’une grossesse future.

C’est aussi le moment prévu pour informer sur la contraception mal comprise surtout chez les jeunes et sur les risques de MST et de SIDA. Il est remis un dossier guide sur les possibilités d’aides si la femme souhaite poursuivre sa grossesse.

 

L’I.V.G. des mineures

Supprimer l’autorisation parentale pour les mineurs apparaît aussi contradictoire avec ce que constate le Docteur NISAND qui écrit “ que l’éducation pour la santé se fait principalement dans le milieu familial où peut se produire un échange sur les règles de vie ” et que “ le rôle de la famille n’a pas été suffisamment pris en compte jusqu’à présent dans les stratégies de prévention mises en place en direction des adolescents ”.

Les cas de carences ou d’oppositions parentales sont rares. La plupart du temps, la préparation et le soutien de la Conseillère Conjugale pour annoncer la grossesse aux parents peut se faire sans drame excessif. C’est l’occasion de rétablir un dialogue interrompu entre la jeune fille et ses parents, prêts alors à lui apporter un appui important et à prendre leur part de responsabilité.

Au moment où la société cherche à soutenir la fonction parentale, ne déresponsabilisons pas les parents au moment de l’acte grave qui va inaugurer la vie sexuelle de la jeune fille. Mais cherchons des solutions pratiques (le recours au juge pour enfant est déjà prévu) pour les cas particuliers d’adolescents qui ne peuvent pas sans risque de violence, de brimades ou de rejet, en parler à leurs parents.

L’entretien préalable a encore plus valeur de prévention auprès des mineures. Le rendre facultatif et supprimer l’autorisation parentale fera de l’I.V.G. un acte médical banal, car beaucoup de femmes, devant la nécessité de prendre une décision rapide “ qui l’implique dans sa vie et dans sa chair ” (Docteur  NISAND) vont s’en dispenser et passer à l’acte sans parole vraie. Or, on sait ce qu’il advient des passages à l’acte irréfléchis et insuffisamment symbolisés : il y a risque de répétition.

La femme n’aura comme interlocuteur que le médecin qui n’est pas le mieux placé pour conduire en même temps un entretien psychologique et une consultation médicale..