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Improbable baby boom

Extrait d'un article de Michel-Louis LEVY paru en mars 2000 dans le N° 355 de la revue "Population et Société"

 Il y a eu 744 100 naissances en 1999 (779 000 en 2000 NDLR), ce qui correspond à un taux de natalité de 12,6 p. 1000 habitants et à un indicateur conjoncturel de fécondité de 1,77 enfant par femme (1). Natalité et fécondité marquent une légère augmentation par rapport aux niveaux bas observés en 1993 et 1994 ; sur ces cinq ans, la progression annuelle est de l'ordre de 7 000 naissances et de 0,02 point d'indice de fécondité. Du moins celui-ci retrouve t-il le niveau arrondi de 1,8 enfant par femme observé de 1976 à 1979 et de 1983 à 1991 (2).

 Cette hausse modérée va-t-elle se poursuivre, s'accélérer, s'interrompre? Il n'est pas interdit de penser que l'embellie économique, la baisse du chômage, le maintien des taux d'intérêt à des niveaux bas jouent à la hausse de la fécondité, puisqu'elles bénéficient aux couples, en réduisant les délais nécessaires pour trouver deux emplois compatibles et en allégeant les charges de remboursement d'emprunts. Mais des générations moins nombreuses arrivent maintenant à l'âge de la fécondité, ce qui joue à la baisse du nombre des naissances, en réduisant le nombre de parents potentiels. Il est vrai que cela peut contribuer à la baisse du chômage, en réduisant aussi le nombre de demandeurs de premier emploi.

En 1976, le nombre de naissances passa par un premier minimum de 720 000, 370 000 garçons et 350 000 filles. En 1999, la génération née cette année-là a eu 23 ans, alors que les générations féminines qui concourent à la procréation ont un effectif moyen de 420 000, venant d'un maximum de 430 000, et devant s'abaisser à environ 400 000 d'ici 2005. De ce fait, il faudrait une hausse de l'indice conjoncturel de la fécondité de 1,77 à 1,86 enfant par femme pour observer le simple maintien du nombre de naissances annuelles autour de 745 000. En d'autres termes, même si on imagine que la France retrouve, d'ici 2005, à la faveur de l'amélioration de la situation économique, un indice conjoncturel de fécondité de 1,9 voire 2,0 enfants par femme, cela ne suffirait pas pour qu'elle retrouve un nombre annuel de naissances voisin de 800 000.

Surtout, cette éventuelle reprise de la fécondité impliquerait une rupture nette des comportements actuels, caractérisés par la baisse de fécondité aux jeunes âges, l'augmentation de l'âge moyen à la procréation, passé de 26,8 ans en 1980 à 29,3 ans en 1998, et par la décroissance de la descendance finale des générations successives : les dernières projections disponibles envisageaient qu'elle s'abaisse de 2,1 enfants par femme, pour la génération féminine née en 1960, à environ 1,9 pour celle née en 1967 (3). Cette rupture impliquerait en particulier que la fécondité des jeunes générations, celles nées à partir de 1975, se mette à augmenter dès avant 25 ans, ce que rien n'assure pour l'instant.

(1) Avec l'estimation basse de la population, issue du recensement de 1999, le premier s'élèverait à 12,7 et le second à 1,79.

(2) En 1980, 1981 et 1982, l'indice s'était passagèrement élevé à 1,9 enfant par femme.

(3) France PRIOUX : "L'évolution démographique récente", Population, n°3, 1999, Ined, p 449-480. Voir aussi : Vingt-huitième rapport sur la situation démographique de la France, 1999, Ined.

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