Pour
sortir de la sujétion dans laquelle elles étaient tenues, nos sœurs aînées
se sont lancées avec courage à l’assaut du monde masculin.
Ce
combat supposait qu’elles aient la maîtrise de leur fécondité
et qu’elles puissent s’assumer financièrement. Ce qui imposait
qu’elles aient accès aux mêmes études que les hommes et qu’elles
s’engagent dans un métier.
Les
premiers résultats sont là : nous autres, sœurs cadettes, avons fait
autant d’études que les hommes, avons conquis notre indépendance, choisi des
compagnons à notre goût, évité les grossesses non désirées, accédé au
monde professionnel. Mais
à quel prix ?
Au
prix, pour celles d’entre nous qui exercent un métier, de vies épuisantes,
du renoncement à davantage d’enfants, quant ce n’est pas, parfois, au
bonheur de vivre à deux (combien d’hommes sont effrayés par les « nouvelles
femmes » et hésitent à s’engager ?). Au prix, pour beaucoup
d’entre nous qui sont au foyer, de la précarité économique, du mépris de
la société et de vives frustrations.
Le récent
et remarquable livre de Sylviane AGACINSKY - à la ville Madame JOSPIN -
« Politique
des sexes »
a ensoleillé mon esprit : la nouvelle vague des féministes est arrivée !
Elle y dénonce la logique de Simone de BEAUVOIR et de tant de pionnières qui
ont cru nécessaire de dévaloriser la dimension maternelle de la femme ou de la
considérer comme un handicap à surmonter. Et qui se sont acharnée à ne
vouloir assurer notre libération qu’en prenant comme modèle la réussite
masculine.
La
désinvolture avec laquelle, dans le silence de ces archéo- féministes, les
pouvoirs publics traitent des tâches ménagères (hélas encore largement dévolues
aux femmes) en est un exemple frappant : celles qui veulent avoir des
enfants et exercer un métier n’ont qu’à assumer la double journée !
Personne ne se préoccupent de les soulager.
« La
honte du féminin a hanté le féminisme », écrit Sylviane AGACINSKY.
« Certes, les traditionnels et flatteurs éloges du rôle des mères,
déployés pour mieux les écarter des affaires publiques, avaient de quoi
alimenter un rejet et donner envie de tordre le coup à une sentimentalité très
intéressée ». Mais, ajoute-t-elle, «la mise au monde et l’éducation
des enfants reste l’une des tâches les plus nobles et les plus nécessaires
pour l’humanité ».
Et
de se lancer dans une véritable apologie de la maternité, considérée comme
un modèle universel d’ouverture à autrui, et dans une vigoureuse défense
des mères au foyer : « ce qui est inadmissible », écrit-elle,
« dans le rôle et le travail de mères au foyer, ce n’est nullement la
nature de leurs tâches, mais qu’elles soient exigées gratuitement, et
exclues du travail considéré comme productif ». Voilà qui ne peut que
toucher le cœur de ceux qui sont
engagés depuis des années à réclamer un statut
parental !
Cette
hirondelle nous annonce le printemps. A nous, mes soeurs, de réinventer
et faire respecter notre nouvelle féminité. Nous la définirons nous même
(c’est plus prudent !) et veillerons à ce que notre dimension de mère y
trouve sa place au même titre que celle de professionnelle ou de citoyenne.
Je
vous propose un premier exercice pratique : ne parlons plus jamais d’une mère
au foyer en disant qu’elle « ne travaille pas ».