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La famille face aux fléaux sociaux 

à la violence, à la délinquance, à l’alcoolisme et à la drogue

Par Jacques BICHOT

bullet Fléaux sociaux et dysfonctionnements familiaux
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 Délinquance juvénile et autorité parentale

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La toxicomanie

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L'alcoolisme

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Violences familiales

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violences et insécurités en tous genres

Personne n’est à l’abri. Violence, délinquance, alcoolisme, drogue, ces “fléaux sociaux ” concernent les familles à double titre :

·          Leurs membres en sont victimes. Le domicile familial peut être cambriolé, et parfois, en prime, saccagé. Les enfants peuvent être agressés ou rackettés. Chaque jour, des femmes et des enfants sont violés. Des familles qui roulaient tranquillement, des enfants qui traversaient sagement, sont fauchées par des chauffards sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue.

·          Ces fléaux sévissent à l’intérieur même des familles. Alcoolisme, violence conjugale, enfants battus, inceste : certains foyers sombrent dans l’horreur. Chaque couple ou parent isolé peut se trouver confronté à la délinquance d’un de ses enfants, adolescent ou pré-adolescent. La toxicomanie peut être à l’origine de cette délinquance juvénile. L’alcool aussi, en particulier lorsqu’il conduit l’un des parents ou son compagnon à donner aux enfants l’exemple de comportements scandaleux.

   Fléaux sociaux et dysfonctionnements familiaux

 Le sujet a longtemps été tabou : il n’était pas politiquement correct de dire ou d’écrire que la dissociation du couple parental est un facteur important de délinquance juvénile, de tentatives de suicides, de chute dans la marginalité, de consommation excessive d’alcool, d’entrée dans la dépendance vis-à-vis de la drogue. De ce fait, les études qui auraient dû être menées sur ce sujet ne l’ont pas suffisamment été. Ce tabou est fort heureusement en train de céder. On pose de moins en moins en a priori qu’un divorce ne peut qu’être réussi, et que les enfants n’en souffrent pas. Des études de plus en plus nombreuses sont menées, et certaines sont disponibles.

 Par exemple, Le Monde du 25 novembre 1998, rendant compte d’une enquête “ baromètre santé-jeunes ” menée par le Comité français d’éducation pour la santé, a titré : “ Les situations familiales des adolescents influencent leur état de santé ”. Le sous titre précisait : “ selon une enquête, les jeunes des familles monoparentales ou recomposées sont plus fragilisés ”. Cette étude met notamment en évidence la plus grande proportion de fumeurs de cannabis parmi les adolescents de ces familles. De même ce rapport précise-t-il : “ les adolescents qui vivent avec leurs deux parents de naissance ou d’adoption sont moins victimes d’actes de violence (agie ou subie), prennent moins de risques, ont moins d’idées suicidaires et font moins de tentatives de suicide ”. Les chiffres sont inquiétants : “ 7,8% des jeunes déclarent avoir été frappés ou blessés physiquement au cours des douze derniers mois et 2,2% disent avoir subi des rapports sexuels forcés (3% des filles et 1,2% des garçons) ”.

Première remarque : le facteur le plus important semble bien être la mésentente des parents, l’incompréhension qui s’installe entre eux, la haine qui succède à l’amour. Les statistiques ne permettent pas de repérer la fréquence de ces détérioration de la vie de couple, si bien que les études chiffrées portent en général sur les enfants du divorce, mais il faut avoir présent à l’esprit que la cause profonde du mal est le dysfonctionnement du lien parental. Quand celui-ci est dégradé au point que tout retour à une situation saine est devenu très improbable, mieux vaut parfois une séparation que des scènes insoutenables quotidiennement imposées aux enfants.

 Les psychologues indiquent que l’enfant placé face à des parents qui se déchirent est insécurisé et culpabilisé. Il se révolte contre cette situation, il ressent comme une injustice flagrante l’agressivité qui se porte parfois contre lui. De là découle un comportement agressif vis-à-vis d’autrui ou/et de lui-même : il faut punir le monde entier, donc ses camarades de classe et ses professeurs, les habitants du quartier, les symboles de la société globale tels que les transports en commun ou le mobilier urbain ; il faut le cas échéant se punir soi-même, par l’échec scolaire, par une tentative de suicide, comportements qui sont en même temps des appels au secours. Il faut trouver un substitut affectif : la bande, éventuellement la secte. Et puis il y a la fuite vers les paradis artificiels : la boisson, la drogue, les jeux vidéo. La violence dégradante de certains d’entre eux peut donner à l’adolescent ou à l’enfant le sentiment rassurant que les violences affectives qu’il subit sont moins anormales qu’il n’en a le sentiment ; mais en même temps germe l’idée effroyable que la violence et la haine sont normales : le passage à l’acte en sera facilité.

 L’action que mène l'Union des Familles contre les jeux vidéo ultra violents s’inscrit dans ce contexte. Pour des enfants et des adolescents qui sont victimes de la violence psychologique qu’exerce sur eux la discorde de leurs parents, et parfois de violences physiques ou morales plus spécifiques au sein de leurs familles, ces jeux jouent le même rôle que les bandes  de loubards : elles font entrer le jeune dans un univers où la violence est la norme, où elle est valorisée (elle permet de gagner des points, comme au sein de la bande elle sert à s’attacher le respect des autres). Quand par malheur un enfant est victime de la terrible injustice qu’est pour lui l’affrontement permanent et inexpiable de ses parents, il est compréhensible qu’il cherche à transformer en norme universelle ce qui lui fait tant de mal : c’est la tentation classique de dire que le mal est bien si l’on vit dans le mal.

 Il importe d’autant plus de ne pas lui fournir les instruments de cette normalisation de la méchanceté, de la cruauté. Les enfants victimes de la méchanceté et de la bêtise des adultes, et particulièrement de celles de leurs parents ou de l’un d’entre eux (ou de son compagnon), ne se sortiront pas d’affaire en confondant le bien et le mal ; ils y parviendront plutôt en comprenant qu’ils ont été les victimes d’un manque d’amour, mais que l’amour existe néanmoins ; et quel meilleur moyen de réaliser l’existence de l’amour que de le rencontrer ? c’est dire l’importance, dans ces circonstances, des proches, et notamment des grands-parents.

 Il conviendrait par dessus tout de ne pas laisser s’envenimer les conflits qui, inévitablement, émaillent la vie des couples. L’amour est comme un arbre : après qu’il ait été planté, il a besoin de soins attentifs, d’eau, d’engrais, de protection contre divers parasites. Il n’est pas plus absurde d’aller trouver un médecin de l’âme et des rapports conjugaux que de s’adresser à un médecin du corps lorsque celui-ci est malade. Depuis longtemps, je demande que la sécurité sociale prenne en compte ce type de besoin.  il est temps d’avancer sur ce point !

 Lorsque le divorce, ou la séparation du couple non marié (parfois encore plus problématique), ne peut être évité, il reste à sauver les meubles – entendez, les intérêts essentiels de l’enfant ou des enfants. Or, de quoi les enfants ont-ils par dessus tout besoin ? que les affrontements entre papa et maman qui ont conduit au divorce ne continuent pas à chaque occasion après leur séparation. Celle-ci constitue par elle-même une violence suffisante, sans que l’on aille jouer les prolongations indéfinies pour ce match affreux où deux parents se déchirent sur le dos de leur progéniture. D’où l’intérêt des formules de médiation, qui peuvent contribuer à désamorcer des conflits et faciliter le retour à une paix relative après les inévitables luttes de la séparation. Là encore, et dans l’intérêt de l’enfant, pour lui éviter d’être à son tour aspiré par la violence, il faudrait faire jouer une sorte d’assurance. Il en existe bien une pour les accidents du travail, pourquoi par pour les accidents du couple ? La société y trouverait probablement son compte.

 Enfin, la façon dont se déroulent les divorces n’est pas, tant s’en faut, la plus adéquate.

·          D’une part, les tribunaux sont débordés : la plupart des procédures traînent en longueur, et beaucoup sont bâclées, le temps consacré par le juge au dossier et aux intéressés étant nettement insuffisant.

·          D’autre part, la législation en vigueur amène les avocats à dresser les deux conjoints l’un contre l’autre pour tenter d’obtenir chacun “ le maximum ”. Trop souvent, l’enfant joue le rôle d’enjeu dans cette lutte où il s’agit de battre l’autre plutôt que de trouver un arrangement convenant aux deux parties, et surtout aux enfants.

·          Enfin, il arrive trop souvent qu’une sorte de méfiance vis-à-vis des capacités éducatives du père conduise le juge à mettre celui-ci dans une situation de quasi exclusion, qui débouche sur une éducation sans référent masculin. Là encore, le manque de temps des juges est un facteur explicatif : ne pouvant se faire une idée précise des capacités éducatives respectives du père et de la mère, le juge a tendance à suivre l’opinion traditionnelle selon laquelle la mère est mieux à même de s’occuper des enfants, surtout petits.

 Je plaide en conséquence pour une amélioration sensible du fonctionnement des chambres des affaires familiales. Il n’appartient pas à notre mouvement de préciser dans quelle mesure cette amélioration doit être attendue d’une meilleure utilisation des budgets existants, et dans quelle mesure il convient d’augmenter les moyens de la justice ; ce qui est certain, c’est que les pouvoirs publics portent une lourde responsabilité en laissant le service public de la justice être aussi défaillant qu’il l’est.

 Délinquance juvénile et autorité parentale

 Les personnes qui sont au contact des jeunes délinquants le disent de plus en plus clairement : une part importante du problème tient à l’insuffisance des repères fixés aux enfants puis aux adolescents. Les parents, les enseignants, les éducateurs, et plus généralement les adultes, sont faits pour dire le bien et le mal, le permis et le défendu. Ils sont là pour encourager, pour initier, pour faire confiance, mais aussi pour poser des règles, définir des limites, et sanctionner les transgressions. “ Qui aime bien châtie bien ” : la sagesse des nations reste entièrement valable.

  Or, pour que les parents et les enseignants jouent ce rôle normatif, encore faut-il que leur autorité ne soit pas sapée par d’autres représentants du monde adulte, hiérarchiquement ou socialement supérieurs à eux. Adil Jazouli a réalisé une enquête, publiée sous le titre Une saison en banlieue (Plon, 1995) qui révèle bien ce problème. Des pères à l’instruction modeste, notamment des immigrés, ont le plus grand mal à comprendre ce qui se passe en classe pour leurs enfants. Leur façon de se faire respecter est fruste, ou brutale, au regard des critères de la bourgeoisie occidentale : comme le dit un des adolescents interviewés, “ il faut juste que je me fasse pas attraper, car sinon c’est la ceinture ”. Or les châtiments corporels sont très mal vus. La culture ambiante prive donc ces pères du moyen traditionnel de faire respecter leur autorité, sans rien leur proposer en remplacement, et cela précisément au moment où les circonstances les dévalorisent aux yeux de leurs enfants (chômage, incapacité de comprendre les bulletins scolaires et les problèmes d’orientation, manque de respect d’une partie notable de la population à leur égard).

 On constate de même, à l’occasion de faits divers, que la justice ou la police se conduisent parfois, avec les meilleures intentions du monde, d’une manière qui sape encore davantage une autorité parentale déjà défaillante. Par exemple, dans le but louable de “ responsabiliser les parents ”, on convoque une femme chef de famille avec son fils adolescent qu’elle n’arrive pas à tenir, et on lui passe un “ savon ” devant lui. Peut-on sérieusement penser qu’après avoir ainsi perdu la face devant son fils qui a commencé à se doter d’une culture de “ dur ”, la mère sera ensuite plus à même de poser des interdictions et de les faire respecter ? L'Union des Familles propose bien plutôt de redonner aux parents à la dérive la confiance en eux qui leur fait cruellement défaut. Un travail éducatif considérable est à réaliser auprès d’eux. Sans doute faut-il les rappeler, et le cas échéant vigoureusement, au sens de leurs responsabilités, mais toujours en tête à tête, et en leur donnant des moyens pour se faire respecter et faire respecter les règles de vie en société par leurs enfants.

 L’objection coule de source : cela coûte cher. Sans doute, mais que vaut-il mieux : dépenser l’argent des contribuables pour payer des préretraités à ne rien faire, ou pour engager des personnes capables de jouer ce rôle responsabilisant et éducatif auprès des parents à la dérive ? On ne peut pas à la fois dire qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, et, lorsqu’un besoin est mis en évidence, dire qu’il est impossible de le satisfaire, faute de moyens. En réalité, là où il y a des hommes disponibles et compétents à la recherche d’un emploi, il y a des moyens : le reste est une question d’organisation.

 En sus de ce travail très personnalisé auprès des parents en difficulté éducative, que leurs enfants ou adolescents soient sur la voie de la délinquance ou de la drogue, je préconise une formation parentale plus générale, préventive plutôt que curative. Par exemple, l’Education Nationale devrait comprendre qu’elle a le devoir d’expliquer aux parents, sous forme de sessions de formation très concrètes, très accessibles, comment fonctionne aujourd’hui le système scolaire et universitaire. La méconnaissance par la majorité des parents de l’univers au sein duquel évoluent leurs enfants est à coup sûr un facteur important de délabrement de leur autorité. Quelques règles de psychologie élémentaire seraient également fort utiles : les erreurs commises sont parfois tellement grossières ! L'Union des Familles se prononce donc très vigoureusement en faveur d’une véritable formation aux responsabilités parentales. Les différents modules de cette formation pourraient être proposés systématiquement à différentes étapes de la vie de l’enfant, sous une forme sinon gratuite, du moins très peu onéreuse. La formation initiale et continue des parents doit devenir une réalité, comme notre mouvement le proclamait déjà l’an dernier.

 Mais la formation n’est pas tout. Les parents et leurs enfants mineurs doivent être effectivement rendus responsables des “ bêtises ” commises par ces derniers. Quand un petit groupe de pré-adolescents saccage un train de fond en comble (fait divers récent), il faut impérativement que, au delà d’une prise en charge par une assurance responsabilité civile, les parents soient touchés au porte-monnaie, et que les enfants soient sévèrement punis et tenus à des réparations autres que symboliques. Le développement d’un sentiment d’impunité est en effet terriblement incitatif pour les comportements délinquants.

 La conviction que l’on peut commettre “ des bêtises ” sans risquer de sanction commence par la tolérance excessive de notre société vis-à-vis des nombreuses “ incivilités ” qui se produisent dans toutes sortes de contextes. De l’impertinence on passe aux graffitis et aux tags, puis aux injures, ensuite aux bousculades, puis aux coups. Pouvoir être “ mal élevé ” sans s’attirer ni sanction ni remarque constitue parfois la première étape vers la délinquance. Comme le dit un texte célèbre, parfois attribué à la police de Seattle (Etats-Unis) :

“ - De grâce, n’exigez pas qu’il dise ‘merci, s’il te plaît, bonjour, au revoir’. Vous êtes de votre temps !

- S’il lance des grossièretés amusantes à vos voisins, éclatez de rire, il a de l’esprit. Dès lors, il prendra confiance en lui.

- Ne le contrariez pas. Ne lui dites jamais que c’est mal. Il pourrait développer un complexe de persécution.

(…)

- Préparez vous à une vie de douleur. Vous l’aurez ”.

Faire payer les parents pour les dégâts commis par leurs enfants est normal et indispensable : il ne doit pas y avoir non plus d’impunité à ce niveau là. Mais cela  ne signifie pas suspendre le versement des allocations familiales. Des personnalités politiques de toutes tendances ont préconisé cette interruption-sanction, éventuellement sous la forme d’allocations “ à points ”, comme les permis de conduire ”. L'Union des Familles comprend et partage le souci de ces maires et parlementaires de trouver un moyen efficace pour faire payer les casseurs et ceux qui en sont civilement responsables, mais elle est en désaccord avec le moyen proposé. Une simple remarque montre l’amateurisme d’une telle proposition : les familles n’ayant (plus) qu’un enfant à charge, ne touchant pas d’allocations, ne seraient pas concernées ! Les familles nombreuses seraient punies plus sévèrement, revenir de trois à deux enfants ouvrant droit aux allocations faisant perdre  874 F, contre 682 F pour le passage de deux à un. Le principe républicain d’égalité devant la loi s’oppose à de telles sanctions inégalitaires.  

En fait, il existe des dispositions législatives et réglementaires permettant de mettre à la charge des parents des amendes et des réparations financières. Si elles sont insuffisantes, qu’on les renforce, mais en restant dans le cadre de condamnations prononcées par la justice : ce n’est pas à la Caisse d’Allocations Familiales de faire la “ police des familles ”. Et si la justice est trop lente, trop débordée, qu’on la rende capable de faire ce qu’elle doit faire : le mauvais fonctionnement d’un service public n’est pas une raison pour le décharger d’une mission qui lui revient absolument.

 Les lenteurs de la justice posent un énorme problème en ce qui concerne la délinquance précoce. Un enfant de dix à treize ans qui a commis des dégradations ou des agressions ou exercé un racket, doit être puni immédiatement s’il est pris sur le fait. Faute de quoi la sanction perd une grande partie de son caractère pédagogique. Or il existe une procédure de référé, utilisée pour des affaires qui doivent impérativement être jugées très rapidement, comme la demande de saisie d’une publication. Ce que l’on sait faire dans certains cas, pourquoi ne pas l’adapter à celui de la petite délinquance ? Il faut examiner le problème avec bon sens, renoncer au formalisme qui n’est pas strictement indispensable, pour gagner en efficacité. En schématisant, on pourrait dire qu’au lieu de punir “ vite et bien ”, la justice punit lentement et mal. Cela doit changer !

 Au premier rang des dysfonctionnements de notre système punitif se place la contamination des jeunes délinquants par les plus chevronnés, au sein des institutions pénitentiaires. Cela fait des décennies que le problème se pose et que rien de sérieux n’est fait pour en sortir.

 Un parallèle peut être risqué avec les hôpitaux, où les infections nosocomiales sont une véritable plaie. Ce terme désigne les maladies que l’on contracte à l’hôpital : on était sain en entrant pour une intervention chirurgicale banale, et on ressort avec un staphylocoque doré résistant à tous les antibiotiques, qui va rendre nécessaire des soins astreignants pendant des années. De même un adolescent incarcéré pour un délit peut-il être converti à la criminalité par les contacts qu’il va avoir en prison. Il peut par exemple être marqué de façon indélébile par un caïd qui pratiquera sur lui des abus sexuels.

 Ces problèmes doivent impérativement être résolus. Pour une part importante, ils sont liés à la surpopulation carcérale : la solution est alors simple, il faut construire des prisons et embaucher le personnel requis, en qualification et en nombre. Comme il a été dit plus haut, si l’on préfère dépenser l’argent des impôts pour retirer des personnes du marché du travail plutôt que pour donner de l’ouvrage à des entreprises du bâtiment et embaucher des gardiens et des éducateurs, on fait fausse route à tous les niveaux : on exprime une  préférence à la fois pour le chômage et pour la délinquance.

 Bien évidemment, l’incarcération n’est généralement pas la solution la plus adaptée. Il faut des centres de rééducation suffisamment nombreux, et des formules plus légères capables d’encadrer les jeunes à qui l’on fait effectuer des travaux d’utilité publique en réparation des torts qu’ils ont causé à la société. Au vu des milliers de mètres carrés de tags qui maculent toutes sortes de murs et de bâtiments, le travail à réaliser ne manque pas ! Comme le préconise Bruno Gilbert, que l’on fasse acheter par les petits délinquants, avec leur propre argent, la peinture nécessaire, et qu’on les mette au boulot ! La vertu éducative de la dépense personnellement effectuée est grande, elle donne le sens de la responsabilité personnelle : on a détérioré, on répare en prenant sur son temps de loisir et sur son argent.

 La toxicomanie

 Une cause très importante de délinquance est le financement des achats de drogue. A tel point que certains proposent de mettre les produits en vente libre, de manière à faire brutalement chuter les prix (dans une proportion de un à dix ou davantage, car le caractère illégal de la production et de la vente explique leur niveau très élevé) : pouvant s’approvisionner à bon marché, les toxicomanes chercheraient beaucoup moins à se procurer de l’argent par toutes sortes de moyens illégaux tels que le vol, la prostitution et le racket.

 

·          La consommation de drogue, comme celle de la plupart des produits, est sensible aux prix. Si l’héroïne et la cocaïne sont en vente à des tarifs très légers, le nombre des utilisateurs augmentera. Doit-on admettre de gaieté de cœur que davantage de personnes, et particulièrement de jeunes, se mettent dans ce pétrin ? Au surplus, la délinquance lucrative n’est pas la seule conséquence néfaste de la toxicomanie : il y a également le vandalisme gratuit, les accidents de la circulation, pour lesquels la drogue joue un rôle analogue à celui de l’alcool, et les problèmes sanitaires (soins, sevrage), dont l’aspect financier est in fine mis à la charge des personnes saines.

·          Supposons un instant que la vente des stupéfiants doive être libérée en ce qui concerne les adultes, jugés responsables d’eux-mêmes ; il est par contre impensable de faire de même pour les mineurs ; or quelle efficacité pourrait bien avoir une théorique interdiction aux moins de 18 ans ? Il est clair que les revendeurs accueilleraient à bras ouverts leurs jeunes clients, sans leur demander de pièce d’identité. Le fait que la drogue soit défendue aux mineurs, et peu onéreuse, en ferait un formidable moyen de transgression facile, d’accès symbolique au monde des adultes, à l’âge où l’on est en quête de transgression et de symboles de maturité.

 

L'Union des Familles refuse en conséquence la libéralisation de la drogue. Notre mouvement étend ce refus aux drogues dites “ douces ”, comme le cannabis, car il estime que trop d’experts pensent que les drogues en question sont nocives, et surtout constituent l’antichambre de l’héroïne, de la cocaïne et du crack, pour qu’il soit raisonnable de prendre ce risque. “ Dans le doute abstiens-toi ” : pourquoi les règles de prudence en vigueur dans d’autres domaines ne seraient-elles pas valables s’agissant des drogues “ douces ” ?

 Mais le maintien de l’interdiction n’est pas suffisant : il faut en outre prévenir et guérir.

·          Prévenir, c’est évidemment informer, à commencer par les parents et les éducateurs, de manière à ce qu’ils puissent repérer les premiers signes de consommation ou de trafic, et intervenir à un stade précoce. C’est aussi exercer une répression appropriée, que ce soit à l’encontre des gros bonnets de la drogue ou des petits dealers de quartier ou de lycée.

·          Guérir, c’est développer des méthodes de sevrage et des centres, des équipes, capables de les mettre en œuvre. C’est également apporter aux familles des toxicomanes le soutien dont elles ont souvent le plus grand besoin. Des parents qui découvrent que leur fils ou leur fille est toxicomane sont souvent comme des poules ayant couvé des œufs de canne : il faut leur apprendre comment faire pour aider leur enfant à s’en sortir.

 Une question controversée relative aux traitements est l’usage de substituts tels que la méthadone. Nous n’avons pas à prendre une position dogmatique sur cette question qui est plutôt technique. Notre mouvement souhaite simplement que l’on ne privilégie pas systématiquement les solutions les moins pénibles, celles qui requièrent le moins d’effort de la part de la personne en cure de désintoxication comme de son entourage et des thérapeutes, si elles ne sont pas les plus efficaces. Si l’on trouve des méthodes peu douloureuses qui produisent de bons résultats, chacun s’en réjouira. Mais il ne faut pas diminuer sensiblement, pour le confort des soignants et des soignés, la probabilité de sortir de la dépendance.

 L’alcoolisme

 A la différence des stupéfiants, beaucoup d’alcools sont des produits qui, consommés avec modération,  ont une valeur diététique indéniable. Le but à atteindre n’est donc pas l’abstention pure et simple, mais la mesure, le fait de rester dans certaines limites. Ces limites doivent s’entendre de deux façons :

·          Dans l’instant, pour ne pas, par exemple, faire courir des risques aux autres et à soi-même en conduisant avec un taux trop élevé d’alcool dans le sang. A fortiori s’agit-il d’éviter l’ivresse, susceptible de provoquer des négligences, des fautes professionnelles, des violences et autres dérapages.

·          Dans la durée : une consommation régulièrement trop forte peut provoquer la cirrhose du foie, même si le sujet ne paraît jamais “ sous l’emprise de l’alcool ”. On sait que ce type d’abus coûte cher à l’assurance maladie. Par contre, il économise les deniers des régimes de retraite.

 

Les limites sont souvent dépassées, puisque chaque année 40 000 décès (sur 550 000) seraient dus à l’alcool. Comme les drogues, celui-ci provoque une dépendance. “ C’est plus fort que moi ”, dit le buveur. Dans bien des cas, il s’agit d’une maladie, dont la responsabilité initiale appartient certes souvent à l’intéressé, mais qui possède ensuite sa dynamique propre.

 

L’alcoolisme a cessé d’être un vice spécifiquement masculin : de plus en plus de femmes s’y adonnent. De façon caractéristique, le baromètre santé-jeunes indique : “ l’âge moyen à la première ivresse est de 15 ans et demi, sans différence significative entre les sexes ”. Là encore, les dissociations familiales jouent un rôle : “ les jeunes vivant avec leurs parents de naissance ont moins souvent connu l’ivresse (25%, contre 41% pour les autres familles) ”. Dans ce cas, l’abus d’alcool représente une tentative pour échapper à une réalité difficile à laquelle l’adolescent est confronté sans y pouvoir grand chose. D’autres cas d’alcoolisme représentent également une fuite devant certaines difficultés : chômage, situation stressante, mal-être, problèmes familiaux ou/et conjugaux. Parfois le penchant vient d’une conception de la fête qui exige en quelque sorte de s’enivrer :  cela crée des occasions de rompre un tabou, et ensuite il est plus facile de trouver dans une consommation abusive d’alcool un ersatz de traitement pour toutes sortes de problèmes.

 Les drames familiaux liés à l’alcoolisme sont nombreux.

·          L’ivresse du père conduit souvent à des violences, parfois à des abus sexuels. Que la femme soit battue sous les yeux des enfants, ou que ceux-ci prennent leur part des coups, le résultat est extrêmement traumatisant, et il inclut hélas dans une proportion non négligeable de cas la tendance à reproduire plus tard ce comportement parental : l’alcoolisme et les violences qui lui sont associées font hélas partie de l’héritage qu’il n’est pas toujours facile de refuser.

·          L’ivresse répétitive de la mère n’est pas moins catastrophique pour les enfants. Ceux-ci sont alors souvent sevrés des soins auxquels ils ont droit. Leur éducation s’effectue “ à la diable ”, avec un spectacle de déchéance, parfois d’inconduite, voire de prostitution, au domicile familial. Quant à la violence sous l’empire de l’alcool, elle peut malheureusement aussi être le fait des femmes.

 Comme pour la toxicomanie, les traitements sont délicats, et le succès n’est pas garanti : les rechutes ne sont pas rares. Les proches ne savent souvent pas quoi faire. Au point de départ le diagnostic d’alcoolisme n’est pas évident, puisqu’il n’y a pas de frontière nette entre une consommation raisonnable et l’abus, et que parfois l’intéressé et ses proches préfèrent ne pas savoir. La première recommandation des spécialistes est donc de faire un effort de lucidité. “ Lorsqu’une journée sans alcool  est comme une journée sans soleil, lorsque la détente devient synonyme d’alcool, le voyant indiquant la zone de risque devrait s’allumer ”, écrit Louise Nade dans Vivre avec l’alcool (Les éditions de l’homme, 1990). Mais la lucidité est difficile, non seulement pour l’intéressé, mais aussi pour ses proches : on se trouve, ou on leur trouve, trop facilement des excuses, des raisons de minimiser les comportements observés, leur fréquence et leur gravité. La consultation d’un médecin ou d’un psychologue spécialisé est souvent nécessaire.

 Etant donné la fréquence du phénomène, il paraît indispensable que nos associations aient des adresses de spécialistes à indiquer aux personnes qui, à l’occasion souvent d’un problème bien différent (consommation, difficultés budgétaires, logement, etc.), montrent que la question se pose pour elles ou pour un proche. Il en va de même pour les autres formes de toxicomanie (les spécialistes sont d’ailleurs éventuellement les mêmes) et pour les sectes : nous ne pouvons pas, sauf exception, posséder nous-mêmes les compétences requises, mais nous devons savoir à qui adresser ceux qui viennent à nous avec confiance.

 Violences familiales

 Le lieu de l’amour peut devenir celui de la haine : le sentiment amoureux, la conjugalité et la filiation sont des relations fortes, qui  devraient normalement être vécues sur le mode de l’affection, de la bienveillance (au sens de vouloir du bien), mais qui peuvent dégénérer en luttes, en rivalités, en rancunes suscitées par des espoirs déçus. Ce n’est pas sans raison que les romanciers imaginent des crimes passionnels, des vengeances, des réductions en une sorte d’esclavage, et toutes sortes de pathologies du lien familial.

 La pire de ces pathologies est probablement l’inceste. Moins fréquents que certains ne le laissent entendre, les abus sexuels à l’égard de ses propres enfants le sont néanmoins beaucoup trop. Ils sont favorisés par un climat de permissivité morale : à force de dire que différentes normes et interdictions sont des tabous archaïques, on en vient à affaiblir considérablement les garde-fous qui aident usuellement à se comporter de manière décente.

 Le rôle de la pornocratie n’est pas négligeable, car aux spectacles d’actions “ hard ” dont elle fait son fonds de commerce s’ajoute un discours qui ridiculise comme “ pères la pudeur ” ceux qui ont de la vie une conception plus structurée : pour développer son chiffre d’affaires, elle mène un travail de sape à l’encontre des valeurs et des normes éthiques. Le combat juridique mené par notre mouvement contre des organisateurs de télématique “ rose ” il y a une dizaine d’années a bien montré la capacité de nuisance du lobby porno à l’encontre de ceux qui le gênent dans son commerce : des militants familiaux sont eux-mêmes tombés dans le panneau, en accordant quelque crédit aux calomnies diffusées par différents média à l’encontre d'associations familiales, présentées comme soutien de “ l’ordre moral ” ! Or le lien est prouvé entre la pornocratie et ce qui est probablement le pire de tous les comportements parentaux : la prostitution de petites filles et de petits garçons par leurs propres parents.

 Ceci étant, l’inceste est avant tout une maladie du lien familial, comme les autres sévices infligés aux enfants ou au conjoint. Tragiquement, ceux qui ont été blessés de la sorte ont une plus forte probabilité de se comporter à leur tour de manière anormale dans la famille qu’ils ont eux-mêmes fondés : on a naturellement tendance à reproduire le comportement que vos parents ont eu avec vous. Cela rend encore plus nécessaire, s’il est possible, des soins psychologiques appropriés pour les victimes.

 Les coupables, quant à eux, ont certes besoin également d’être soignés psychiquement, mais cela ne doit pas signifier l’absence de sanction. Bien au contraire, la punition des tortionnaires est utile pour leur faire retrouver les marques qu’ils avaient perdu. En outre, leur incarcération peut être la seule façon de mettre leurs victimes à l’abri de leurs agissements, et la priorité doit être donnée, en la matière, au droit des victimes à retrouver la sécurité.

 Violence et insécurité en tous genres

 De manière plus générale, le souci d’assurer la sécurité des citoyens doit être prédominant. Trop souvent, une sorte d’inversion se produit, le bourreau devenant dans certains esprits une sorte de victime de la société dont la réhabilitation justifie que l’on fasse courir des risques au reste de la population. L’affaire du sang contaminé a fourni un triste exemple de cette mentalité : au prétexte que donner son sang est un moyen de se réhabiliter quand on a été condamné, les prélèvements dans les prisons ont été intensifiés précisément au moment où le SIDA se répandait ; comme les prisons renferment une forte proportion de toxicomanes, parmi lesquels la contamination par les aiguilles avait multiplié les cas de séropositivité, l’idéologie qui fait se préoccuper de la psychologie du coupable plus que de la sécurité des innocents a accentué la transmission du SIDA aux transfusés.

 De même, combien de fois a-t-on vu des personnes coupables de crimes sexuels, notamment sur des enfants, récidiver à l’occasion d’une permission ou d’une libération anticipée ? Autant notre mouvement souhaite que l’on puisse trouver des thérapies permettant de guérir les détraqués, autant il refuse que des innocents soient exposés sciemment au danger que représente la “ remise en circulation ” de personnes dangereuses.

 Il importe également de ne pas charger inconsidérément les personnes qui, ayant eu à se défendre contre des agresseurs ou des voleurs, leur ont, dans le feu de l’action, infligé des dommages matériels ou corporels. Certes, la légitime défense ne donne pas le droit d’agir avec une violence hors de proportion avec les risques encourus. Mais, inversement, il devrait être établi très nettement que celui qui met autrui en danger par un comportement agressif et délictueux n’a aucun droit à être lui-même en sécurité. Par exemple, le conducteur d’une voiture volée qui fonce sur un policier pour forcer le passage ne devrait avoir aucun droit à faire valoir si le policier, utilisant son arme de service, le blesse, fut-ce mortellement, ou provoque un accident ayant ce résultat. Les honnêtes citoyens sont scandalisés par le fait que la loi se montre souvent plus dure pour eux que pour les malfaiteurs. Si l’on veut éviter le développement d’une idéologie sécuritaire excessive, susceptible de déboucher sur des évolutions peu démocratiques, mieux vaudrait

·          Au niveau des textes, que le droit des victimes soit mieux assuré

·          En ce qui concerne les consignes de tolérance données à la police, qu’elles bénéficient à ceux qui ne font de mal à personne, mais qui peuvent avoir des difficultés à garer leur voiture sans mordre légèrement sur un passage clouté, plutôt qu’aux “ sauvageons ” que l’on se garde d’interrompre quand ils brûlent des automobiles, cassent des vitrines ou pillent des magasins.

 

 Les familles ont un rôle essentiel à jouer pour que diminue la violence, la délinquance, l’alcoolisme et la toxicomanie. Comme Bill Clinton et Tony Blair l’on rappelé dans des occasions solennelles, de l’éducation donnée aux enfants dépend largement l’amélioration à long terme de la situation. Familles de France a une claire conscience de cette responsabilité, et elle invite ses familles adhérentes à ne pas s’y dérober.

Mais les parents ne sont pas tout puissants. On sait bien que, si les enseignants prennent des positions opposées aux leurs, l’enfant sera tiraillé entre deux autorités légitimes, deux modèles, deux références sur lesquelles il s’appuie pour construire sa propre personnalité, et que le résultat ne sera pas excellent. De même, si le droit positif (les lois et les règlements) et la façon dont il est appliqué ne s’opposent pas clairement et efficacement aux comportements violents et dangereux, l’action des parents sera beaucoup plus difficile. C’est aux parents d’apprendre à leurs enfants à être honnêtes, pacifiques, respectueux du bien d’autrui et plus encore de sa personne, sobres, méfiants à l’égard des paradis artificiels. C’est aux pouvoirs publics d’organiser efficacement le service public de la justice et celui de la police, de telle manière que l’impunité des “ méchants ” n’apporte pas un démenti permanent au message parental.

 Notre association a mission d’agir complémentairement sur ces deux tableaux :

·          Auprès des parents pour leur apporter un soutien, une formation.

·          Auprès des pouvoirs publics, pour les inciter à créer un cadre juridique et judiciaire efficace et compatible avec le rôle éducatif des parents.

 Et pour finir empruntons quelques phrases aux réflexions qu’une militante familiale faisait au sortir d’une réunion avec des gendarmes chargés de la prévention auprès des jeunes : “ Aucun enfant n’est une graine de violence. Il attend de nous des barrières pour ne pas dériver. Il attend de nous de la confiance en lui. Il attend de nous des actions positives".

                L'Union des Familles fait confiance aux jeunes et elle le dit.

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