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La famille face aux fléaux sociaux à la violence, à la délinquance, à l’alcoolisme et à la drogue
Personne
n’est à l’abri. Violence, délinquance, alcoolisme, drogue, ces “fléaux
sociaux ” concernent les familles à double titre :
·
Leurs
membres en sont victimes. Le domicile familial peut être cambriolé, et
parfois, en prime, saccagé. Les enfants peuvent être agressés ou rackettés.
Chaque jour, des femmes et des enfants sont violés. Des familles qui roulaient
tranquillement, des enfants qui traversaient sagement, sont fauchées par des
chauffards sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue.
·
Ces
fléaux sévissent à l’intérieur même des familles. Alcoolisme, violence
conjugale, enfants battus, inceste : certains foyers sombrent dans
l’horreur. Chaque couple ou parent isolé peut se trouver confronté à la délinquance
d’un de ses enfants, adolescent ou pré-adolescent. La toxicomanie peut être
à l’origine de cette délinquance juvénile. L’alcool aussi, en particulier
lorsqu’il conduit l’un des parents ou son compagnon à donner aux enfants
l’exemple de comportements scandaleux.
Le
sujet a longtemps été tabou : il n’était pas politiquement correct de
dire ou d’écrire que la dissociation du couple parental est un facteur
important de délinquance juvénile, de tentatives de suicides, de chute dans la
marginalité, de consommation excessive d’alcool, d’entrée dans la dépendance
vis-à-vis de la drogue. De ce fait, les études qui auraient dû être menées
sur ce sujet ne l’ont pas suffisamment été. Ce tabou est fort heureusement
en train de céder. On pose de moins en moins en a priori qu’un divorce ne
peut qu’être réussi, et que les enfants n’en souffrent pas. Des études de
plus en plus nombreuses sont menées, et certaines sont disponibles.
Par
exemple, Le Monde du 25 novembre 1998, rendant compte d’une enquête “ baromètre
santé-jeunes ” menée par le Comité français d’éducation pour la
santé, a titré : “ Les situations familiales des adolescents
influencent leur état de santé ”. Le sous titre précisait : “ selon
une enquête, les jeunes des familles monoparentales ou recomposées sont plus
fragilisés ”. Cette étude met notamment en évidence la plus grande
proportion de fumeurs de cannabis parmi les adolescents de ces familles. De même
ce rapport précise-t-il : “ les adolescents qui vivent avec leurs
deux parents de naissance ou d’adoption sont moins victimes d’actes de
violence (agie ou subie), prennent moins de risques, ont moins d’idées
suicidaires et font moins de tentatives de suicide ”. Les chiffres sont
inquiétants : “ 7,8% des jeunes déclarent avoir été frappés ou
blessés physiquement au cours des douze derniers mois et 2,2% disent avoir subi
des rapports sexuels forcés (3% des filles et 1,2% des garçons) ”.
Première
remarque : le facteur le plus important semble bien être la mésentente
des parents, l’incompréhension qui s’installe entre eux, la haine qui succède
à l’amour. Les statistiques ne permettent pas de repérer la fréquence de
ces détérioration de la vie de couple, si bien que les études chiffrées
portent en général sur les enfants du divorce, mais il faut avoir présent à
l’esprit que la cause profonde du mal est le dysfonctionnement du lien
parental. Quand celui-ci est dégradé au point que tout retour à une situation
saine est devenu très improbable, mieux vaut parfois une séparation que des scènes
insoutenables quotidiennement imposées aux enfants.
Les
psychologues indiquent que l’enfant placé face à des parents qui se déchirent
est insécurisé et culpabilisé. Il se révolte contre cette situation, il
ressent comme une injustice flagrante l’agressivité qui se porte parfois
contre lui. De là découle un comportement agressif vis-à-vis d’autrui ou/et
de lui-même : il faut punir le monde entier, donc ses camarades de classe
et ses professeurs, les habitants du quartier, les symboles de la société
globale tels que les transports en commun ou le mobilier urbain ; il faut
le cas échéant se punir soi-même, par l’échec scolaire, par une tentative
de suicide, comportements qui sont en même temps des appels au secours. Il faut
trouver un substitut affectif : la bande, éventuellement la secte. Et puis
il y a la fuite vers les paradis artificiels : la boisson, la drogue, les
jeux vidéo. La violence dégradante de certains d’entre eux peut donner à
l’adolescent ou à l’enfant le sentiment rassurant que les violences
affectives qu’il subit sont moins anormales qu’il n’en a le sentiment ;
mais en même temps germe l’idée effroyable que la violence et la haine sont
normales : le passage à l’acte en sera facilité.
L’action
que mène l'Union des Familles contre les jeux vidéo ultra violents s’inscrit
dans ce contexte. Pour des enfants et des adolescents qui sont victimes de la
violence psychologique qu’exerce sur eux la discorde de leurs parents, et
parfois de violences physiques ou morales plus spécifiques au sein de leurs
familles, ces jeux jouent le même rôle que les bandes de loubards :
elles font entrer le jeune dans un univers où la violence est la norme, où
elle est valorisée (elle permet de gagner des points, comme au sein de la bande
elle sert à s’attacher le respect des autres). Quand par malheur un enfant
est victime de la terrible injustice qu’est pour lui l’affrontement
permanent et inexpiable de ses parents, il est compréhensible qu’il cherche
à transformer en norme universelle ce qui lui fait tant de mal : c’est
la tentation classique de dire que le mal est bien si l’on vit dans le mal.
Il
importe d’autant plus de ne pas lui fournir les instruments de cette
normalisation de la méchanceté, de la cruauté. Les enfants victimes de la méchanceté
et de la bêtise des adultes, et particulièrement de celles de leurs parents ou
de l’un d’entre eux (ou de son compagnon), ne se sortiront pas d’affaire
en confondant le bien et le mal ; ils y parviendront plutôt en comprenant
qu’ils ont été les victimes d’un manque d’amour, mais que l’amour
existe néanmoins ; et quel meilleur moyen de réaliser l’existence de
l’amour que de le rencontrer ? c’est dire l’importance, dans ces
circonstances, des proches, et notamment des grands-parents.
Il
conviendrait par dessus tout de ne pas laisser s’envenimer les conflits qui,
inévitablement, émaillent la vie des couples.
L’amour est comme un arbre : après qu’il ait été planté, il a
besoin de soins attentifs, d’eau, d’engrais, de protection contre divers
parasites. Il n’est pas plus absurde d’aller trouver un médecin de l’âme
et des rapports conjugaux que de s’adresser à un médecin du corps lorsque
celui-ci est malade. Depuis longtemps, je demande que la sécurité
sociale prenne en compte ce type de besoin. il est temps
d’avancer sur ce point !
Lorsque
le divorce, ou la séparation du couple non marié (parfois encore plus problématique),
ne peut être évité, il reste à sauver les meubles – entendez, les intérêts
essentiels de l’enfant ou des enfants. Or, de quoi les enfants ont-ils par
dessus tout besoin ? que les affrontements entre papa et maman qui ont
conduit au divorce ne continuent pas à chaque occasion après leur séparation.
Celle-ci constitue par elle-même une violence suffisante, sans que l’on aille
jouer les prolongations indéfinies pour ce match affreux où deux parents se déchirent
sur le dos de leur progéniture. D’où l’intérêt des formules de médiation,
qui peuvent contribuer à désamorcer des conflits et faciliter le retour à une
paix relative après les inévitables luttes de la séparation. Là encore, et
dans l’intérêt de l’enfant, pour lui éviter d’être à son tour aspiré
par la violence, il faudrait faire jouer une sorte d’assurance. Il en existe
bien une pour les accidents du travail, pourquoi par pour les accidents du
couple ? La société y trouverait probablement son compte.
Enfin,
la façon dont se déroulent les divorces n’est pas, tant s’en faut, la plus
adéquate.
·
D’une
part, les tribunaux sont débordés : la plupart des procédures traînent
en longueur, et beaucoup sont bâclées, le temps consacré par le juge au
dossier et aux intéressés étant nettement insuffisant.
·
D’autre
part, la législation en vigueur amène les avocats à dresser les deux
conjoints l’un contre l’autre pour tenter d’obtenir chacun “ le
maximum ”. Trop souvent, l’enfant joue le rôle d’enjeu dans cette
lutte où il s’agit de battre l’autre plutôt que de trouver un arrangement
convenant aux deux parties, et surtout aux enfants.
·
Enfin,
il arrive trop souvent qu’une sorte de méfiance vis-à-vis des capacités éducatives
du père conduise le juge à mettre celui-ci dans une situation de quasi
exclusion, qui débouche sur une éducation sans référent masculin. Là
encore, le manque de temps des juges est un facteur explicatif : ne pouvant
se faire une idée précise des capacités éducatives respectives du père et
de la mère, le juge a tendance à suivre l’opinion traditionnelle selon
laquelle la mère est mieux à même de s’occuper des enfants, surtout petits.
Je
plaide en conséquence pour une amélioration sensible du
fonctionnement des chambres des affaires familiales. Il n’appartient pas à
notre mouvement de préciser dans quelle mesure cette amélioration doit être
attendue d’une meilleure utilisation des budgets existants, et dans quelle
mesure il convient d’augmenter les moyens de la justice ; ce qui est
certain, c’est que les pouvoirs publics portent une lourde responsabilité en
laissant le service public de la justice être aussi défaillant qu’il
l’est. Délinquance
juvénile et autorité parentale
Les
personnes qui sont au contact des jeunes délinquants le disent de plus en plus
clairement : une part importante du problème tient à l’insuffisance des
repères fixés aux enfants puis aux adolescents. Les parents, les enseignants,
les éducateurs, et plus généralement les adultes, sont faits pour dire le
bien et le mal, le permis et le défendu. Ils sont là pour encourager, pour
initier, pour faire confiance, mais aussi pour poser des règles, définir des
limites, et sanctionner les transgressions. “ Qui aime bien châtie bien ” :
la sagesse des nations reste entièrement valable.
On
constate de même, à l’occasion de faits divers, que la justice ou la police
se conduisent parfois, avec les meilleures intentions du monde, d’une manière
qui sape encore davantage une autorité parentale déjà défaillante. Par
exemple, dans le but louable de “ responsabiliser les parents ”,
on convoque une femme chef de famille avec son fils adolescent qu’elle
n’arrive pas à tenir, et on lui passe un “ savon ” devant lui.
Peut-on sérieusement penser qu’après avoir ainsi perdu la face devant son
fils qui a commencé à se doter d’une culture de “ dur ”, la mère
sera ensuite plus à même de poser des interdictions et de les faire respecter ?
L'Union des Familles propose bien plutôt de redonner aux parents à la dérive la
confiance en eux qui leur fait cruellement défaut. Un travail éducatif considérable
est à réaliser auprès d’eux. Sans doute faut-il les rappeler, et le cas échéant
vigoureusement, au sens de leurs responsabilités, mais toujours en tête à tête,
et en leur donnant des moyens pour se faire respecter et faire respecter les règles
de vie en société par leurs enfants.
L’objection
coule de source : cela coûte cher. Sans doute, mais que vaut-il mieux :
dépenser l’argent des contribuables pour payer des préretraités à ne rien
faire, ou pour engager des personnes capables de jouer ce rôle responsabilisant
et éducatif auprès des parents à la dérive ? On ne peut pas à la fois
dire qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, et, lorsqu’un
besoin est mis en évidence, dire qu’il est impossible de le satisfaire, faute
de moyens. En réalité, là où il y a des hommes disponibles et compétents à
la recherche d’un emploi, il y a des moyens : le reste est une question
d’organisation.
En
sus de ce travail très personnalisé auprès des parents en difficulté éducative,
que leurs enfants ou adolescents soient sur la voie de la délinquance ou de la
drogue, je préconise une formation parentale plus générale,
préventive plutôt que curative. Par exemple, l’Education Nationale devrait
comprendre qu’elle a le devoir d’expliquer aux parents, sous forme de
sessions de formation très concrètes, très accessibles, comment fonctionne
aujourd’hui le système scolaire et universitaire. La méconnaissance par la
majorité des parents de l’univers au sein duquel évoluent leurs enfants est
à coup sûr un facteur important de délabrement de leur autorité. Quelques règles
de psychologie élémentaire seraient également fort utiles : les erreurs
commises sont parfois tellement grossières ! L'Union des Familles se prononce
donc très vigoureusement en faveur d’une véritable formation aux
responsabilités parentales. Les différents modules de cette formation
pourraient être proposés systématiquement à différentes étapes de la vie
de l’enfant, sous une forme sinon gratuite, du moins très peu onéreuse. La
formation initiale et continue des parents doit devenir une réalité, comme
notre mouvement le proclamait déjà l’an dernier.
Mais
la formation n’est pas tout. Les parents et leurs enfants mineurs doivent être
effectivement rendus responsables des “ bêtises ” commises par
ces derniers. Quand un petit groupe de pré-adolescents saccage un train de fond
en comble (fait divers récent), il faut impérativement que, au delà d’une
prise en charge par une assurance responsabilité civile, les parents soient
touchés au porte-monnaie, et que les enfants soient sévèrement punis et tenus
à des réparations autres que symboliques. Le développement d’un sentiment
d’impunité est en effet terriblement incitatif pour les comportements délinquants. La conviction que l’on peut commettre “ des bêtises ” sans risquer de sanction commence par la tolérance excessive de notre société vis-à-vis des nombreuses “ incivilités ” qui se produisent dans toutes sortes de contextes. De l’impertinence on passe aux graffitis et aux tags, puis aux injures, ensuite aux bousculades, puis aux coups. Pouvoir être “ mal élevé ” sans s’attirer ni sanction ni remarque constitue parfois la première étape vers la délinquance. Comme le dit un texte célèbre, parfois attribué à la police de Seattle (Etats-Unis) :
Faire
payer les parents pour les dégâts commis par leurs enfants est normal et
indispensable : il ne doit pas y avoir non plus d’impunité à ce niveau
là. Mais cela ne signifie pas
suspendre le versement des allocations familiales. Des personnalités politiques
de toutes tendances ont préconisé cette interruption-sanction, éventuellement
sous la forme d’allocations “ à points ”, comme les permis de
conduire ”. L'Union des Familles comprend et partage le souci de ces maires
et parlementaires de trouver un moyen efficace pour faire payer les casseurs et
ceux qui en sont civilement responsables, mais elle est en désaccord avec le
moyen proposé. Une simple remarque montre l’amateurisme d’une telle
proposition : les familles n’ayant (plus) qu’un enfant à charge, ne
touchant pas d’allocations, ne seraient pas concernées ! Les familles
nombreuses seraient punies plus sévèrement, revenir de trois à deux enfants
ouvrant droit aux allocations faisant perdre
874 F, contre 682 F pour le passage de deux à un. Le principe républicain
d’égalité devant la loi s’oppose à de telles sanctions inégalitaires.
En
fait, il existe des dispositions législatives et réglementaires permettant de
mettre à la charge des parents des amendes et des réparations financières. Si
elles sont insuffisantes, qu’on les renforce, mais en restant dans le cadre de
condamnations prononcées par la justice : ce n’est pas à la Caisse d’Allocations
Familiales de faire la “ police des familles ”. Et si la justice
est trop lente, trop débordée, qu’on la rende capable de faire ce qu’elle
doit faire : le mauvais fonctionnement d’un service public n’est pas
une raison pour le décharger d’une mission qui lui revient absolument.
Les
lenteurs de la justice posent un énorme problème en ce qui concerne la délinquance
précoce. Un enfant de dix à treize ans qui a commis des dégradations ou des
agressions ou exercé un racket, doit être puni immédiatement s’il est pris
sur le fait. Faute de quoi la sanction perd une grande partie de son caractère
pédagogique. Or il existe une procédure de référé, utilisée pour des
affaires qui doivent impérativement être jugées très rapidement, comme la
demande de saisie d’une publication. Ce que l’on sait faire dans certains
cas, pourquoi ne pas l’adapter à celui de la petite délinquance ? Il
faut examiner le problème avec bon sens, renoncer au formalisme qui n’est pas
strictement indispensable, pour gagner en efficacité. En schématisant, on
pourrait dire qu’au lieu de punir “ vite et bien ”, la justice
punit lentement et mal. Cela doit changer !
Au
premier rang des dysfonctionnements de notre système punitif se place la
contamination des jeunes délinquants par les plus chevronnés, au sein des
institutions pénitentiaires. Cela fait des décennies que le problème se pose
et que rien de sérieux n’est fait pour en sortir.
Un
parallèle peut être risqué avec les hôpitaux, où les infections
nosocomiales sont une véritable plaie. Ce terme désigne les maladies que
l’on contracte à l’hôpital : on était sain en entrant pour une
intervention chirurgicale banale, et on ressort avec un staphylocoque doré résistant
à tous les antibiotiques, qui va rendre nécessaire des soins astreignants
pendant des années. De même un adolescent incarcéré pour un délit peut-il
être converti à la criminalité par les contacts qu’il va avoir en prison.
Il peut par exemple être marqué de façon indélébile par un caïd qui
pratiquera sur lui des abus sexuels.
Ces
problèmes doivent impérativement être résolus. Pour une part importante, ils
sont liés à la surpopulation carcérale : la solution est alors simple,
il faut construire des prisons et embaucher le personnel requis, en
qualification et en nombre. Comme il a été dit plus haut, si l’on préfère
dépenser l’argent des impôts pour retirer des personnes du marché du
travail plutôt que pour donner de l’ouvrage à des entreprises du bâtiment
et embaucher des gardiens et des éducateurs, on fait fausse route à tous les
niveaux : on exprime une préférence à la fois pour le chômage et
pour la délinquance.
Bien
évidemment, l’incarcération n’est généralement pas la solution la plus
adaptée. Il faut des centres de rééducation suffisamment nombreux, et des
formules plus légères capables d’encadrer les jeunes à qui l’on fait
effectuer des travaux d’utilité publique en réparation des torts qu’ils
ont causé à la société. Au vu des milliers de mètres carrés de tags qui
maculent toutes sortes de murs et de bâtiments, le travail à réaliser ne
manque pas ! Comme le préconise Bruno Gilbert, que l’on fasse acheter
par les petits délinquants, avec leur propre argent, la peinture nécessaire,
et qu’on les mette au boulot ! La vertu éducative de la dépense
personnellement effectuée est grande, elle donne le sens de la responsabilité
personnelle : on a détérioré, on répare en prenant sur son temps de
loisir et sur son argent. La
toxicomanie
Une
cause très importante de délinquance est le financement des achats de drogue.
A tel point que certains proposent de mettre les produits en vente libre, de
manière à faire brutalement chuter les prix (dans une proportion de un à dix
ou davantage, car le caractère illégal de la production et de la vente
explique leur niveau très élevé) : pouvant s’approvisionner à bon
marché, les toxicomanes chercheraient beaucoup moins à se procurer de
l’argent par toutes sortes de moyens illégaux tels que le vol, la
prostitution et le racket.
·
La
consommation de drogue, comme celle de la plupart des produits, est sensible aux
prix. Si l’héroïne et la cocaïne sont en vente à des tarifs très légers,
le nombre des utilisateurs augmentera. Doit-on admettre de gaieté de cœur que
davantage de personnes, et particulièrement de jeunes, se mettent dans ce pétrin ?
Au surplus, la délinquance lucrative n’est pas la seule conséquence néfaste
de la toxicomanie : il y a également le vandalisme gratuit, les accidents
de la circulation, pour lesquels la drogue joue un rôle analogue à celui de
l’alcool, et les problèmes sanitaires (soins, sevrage), dont l’aspect
financier est in fine mis à la charge des personnes saines.
·
Supposons
un instant que la vente des stupéfiants doive être libérée en ce qui
concerne les adultes, jugés responsables d’eux-mêmes ; il est par
contre impensable de faire de même pour les mineurs ; or quelle efficacité
pourrait bien avoir une théorique interdiction aux moins de 18 ans ? Il
est clair que les revendeurs accueilleraient à bras ouverts leurs jeunes
clients, sans leur demander de pièce d’identité. Le fait que la drogue soit
défendue aux mineurs, et peu onéreuse, en ferait un formidable moyen de
transgression facile, d’accès symbolique au monde des adultes, à l’âge où
l’on est en quête de transgression et de symboles de maturité.
L'Union
des Familles refuse en conséquence la libéralisation de la drogue. Notre
mouvement étend ce refus aux drogues dites “ douces ”, comme le
cannabis, car il estime que trop d’experts pensent que les drogues en question
sont nocives, et surtout constituent l’antichambre de l’héroïne, de la
cocaïne et du crack, pour qu’il soit raisonnable de prendre ce risque. “ Dans
le doute abstiens-toi ” : pourquoi les règles de prudence en
vigueur dans d’autres domaines ne seraient-elles pas valables s’agissant des
drogues “ douces ” ?
Mais
le maintien de l’interdiction n’est pas suffisant : il faut en outre prévenir
et guérir.
·
Prévenir,
c’est évidemment informer, à commencer par les parents et les éducateurs,
de manière à ce qu’ils puissent repérer les premiers signes de consommation
ou de trafic, et intervenir à un stade précoce. C’est aussi exercer une répression
appropriée, que ce soit à l’encontre des gros bonnets de la drogue ou des
petits dealers de quartier ou de lycée.
·
Guérir,
c’est développer des méthodes de sevrage et des centres, des équipes,
capables de les mettre en œuvre. C’est également apporter aux familles des
toxicomanes le soutien dont elles ont souvent le plus grand besoin. Des parents
qui découvrent que leur fils ou leur fille est toxicomane sont souvent comme
des poules ayant couvé des œufs de canne : il faut leur apprendre comment
faire pour aider leur enfant à s’en sortir.
Une
question controversée relative aux traitements est l’usage de substituts tels
que la méthadone. Nous n’avons pas à prendre une position
dogmatique sur cette question qui est plutôt technique. Notre mouvement
souhaite simplement que l’on ne privilégie pas systématiquement les
solutions les moins pénibles, celles qui requièrent le moins d’effort de la
part de la personne en cure de désintoxication comme de son entourage et des thérapeutes,
si elles ne sont pas les plus efficaces. Si l’on trouve des méthodes peu
douloureuses qui produisent de bons résultats, chacun s’en réjouira. Mais il
ne faut pas diminuer sensiblement, pour le confort des soignants et des soignés,
la probabilité de sortir de la dépendance. L’alcoolisme
A
la différence des stupéfiants, beaucoup d’alcools sont des produits qui,
consommés avec modération, ont
une valeur diététique indéniable. Le but à atteindre n’est donc pas
l’abstention pure et simple, mais la mesure, le fait de rester dans certaines
limites. Ces limites doivent s’entendre de deux façons :
·
Dans
l’instant, pour ne pas, par exemple, faire courir des risques aux autres et à
soi-même en conduisant avec un taux trop élevé d’alcool dans le sang. A
fortiori s’agit-il d’éviter l’ivresse, susceptible de provoquer des négligences,
des fautes professionnelles, des violences et autres dérapages.
·
Dans
la durée : une consommation régulièrement trop forte peut provoquer la
cirrhose du foie, même si le sujet ne paraît jamais “ sous l’emprise
de l’alcool ”. On sait que ce type d’abus coûte cher à
l’assurance maladie. Par contre, il économise les deniers des régimes de
retraite.
Les
limites sont souvent dépassées, puisque chaque année 40 000 décès (sur 550
000) seraient dus à l’alcool. Comme les drogues, celui-ci provoque une dépendance.
“ C’est plus fort que moi ”, dit le buveur. Dans bien des cas,
il s’agit d’une maladie, dont la responsabilité initiale appartient certes
souvent à l’intéressé, mais qui possède ensuite sa dynamique propre.
L’alcoolisme
a cessé d’être un vice spécifiquement masculin : de plus en plus de
femmes s’y adonnent. De façon caractéristique, le baromètre santé-jeunes
indique : “ l’âge moyen à la première ivresse est de 15 ans et
demi, sans différence significative entre les sexes ”. Là encore, les
dissociations familiales jouent un rôle : “ les jeunes vivant avec
leurs parents de naissance ont moins souvent connu l’ivresse (25%, contre 41%
pour les autres familles) ”. Dans ce cas, l’abus d’alcool représente
une tentative pour échapper à une réalité difficile à laquelle
l’adolescent est confronté sans y pouvoir grand chose. D’autres cas
d’alcoolisme représentent également une fuite devant certaines difficultés :
chômage, situation stressante, mal-être, problèmes familiaux ou/et conjugaux.
Parfois le penchant vient d’une conception de la fête qui exige en quelque
sorte de s’enivrer : cela crée des occasions de rompre un tabou, et ensuite il
est plus facile de trouver dans une consommation abusive d’alcool un ersatz de
traitement pour toutes sortes de problèmes.
Les
drames familiaux liés à l’alcoolisme sont nombreux.
·
L’ivresse
du père conduit souvent à des violences, parfois à des abus sexuels. Que la
femme soit battue sous les yeux des enfants, ou que ceux-ci prennent leur part
des coups, le résultat est extrêmement traumatisant, et il inclut hélas dans
une proportion non négligeable de cas la tendance à reproduire plus tard ce
comportement parental : l’alcoolisme et les violences qui lui sont associées
font hélas partie de l’héritage qu’il n’est pas toujours facile de
refuser.
·
L’ivresse
répétitive de la mère n’est pas moins catastrophique pour les enfants.
Ceux-ci sont alors souvent sevrés des soins auxquels ils ont droit. Leur éducation
s’effectue “ à la diable ”, avec un spectacle de déchéance,
parfois d’inconduite, voire de prostitution, au domicile familial. Quant à la
violence sous l’empire de l’alcool, elle peut malheureusement aussi être le
fait des femmes.
Comme
pour la toxicomanie, les traitements sont délicats, et le succès n’est pas
garanti : les rechutes ne sont pas rares. Les proches ne savent souvent pas
quoi faire. Au point de départ le diagnostic d’alcoolisme n’est pas évident,
puisqu’il n’y a pas de frontière nette entre une consommation raisonnable
et l’abus, et que parfois l’intéressé et ses proches préfèrent ne pas
savoir. La première recommandation des spécialistes est donc de faire un
effort de lucidité. “ Lorsqu’une journée sans alcool est comme
une journée sans soleil, lorsque la détente devient synonyme d’alcool, le
voyant indiquant la zone de risque devrait s’allumer ”, écrit Louise
Nade dans Vivre avec l’alcool (Les éditions de l’homme, 1990). Mais la
lucidité est difficile, non seulement pour l’intéressé, mais aussi pour ses
proches : on se trouve, ou on leur trouve, trop facilement des excuses, des
raisons de minimiser les comportements observés, leur fréquence et leur gravité.
La consultation d’un médecin ou d’un psychologue spécialisé est souvent nécessaire.
Etant
donné la fréquence du phénomène, il paraît indispensable que nos
associations aient des adresses de spécialistes à indiquer aux personnes qui,
à l’occasion souvent d’un problème bien différent (consommation,
difficultés budgétaires, logement, etc.), montrent que la question se pose
pour elles ou pour un proche. Il en va de même pour les autres formes de
toxicomanie (les spécialistes sont d’ailleurs éventuellement les mêmes) et
pour les sectes : nous ne pouvons pas, sauf exception, posséder nous-mêmes
les compétences requises, mais nous devons savoir à qui adresser ceux qui
viennent à nous avec confiance.
Violences
familiales
Le
lieu de l’amour peut devenir celui de la haine : le sentiment amoureux,
la conjugalité et la filiation sont des relations fortes, qui
devraient normalement être vécues sur le mode de l’affection, de la
bienveillance (au sens de vouloir du bien), mais qui peuvent dégénérer en
luttes, en rivalités, en rancunes suscitées par des espoirs déçus. Ce
n’est pas sans raison que les romanciers imaginent des crimes passionnels, des
vengeances, des réductions en une sorte d’esclavage, et toutes sortes de
pathologies du lien familial.
La
pire de ces pathologies est probablement l’inceste. Moins fréquents que
certains ne le laissent entendre, les abus sexuels à l’égard de ses propres
enfants le sont néanmoins beaucoup trop. Ils sont favorisés par un climat de
permissivité morale : à force de dire que différentes normes et
interdictions sont des tabous archaïques, on en vient à affaiblir considérablement
les garde-fous qui aident usuellement à se comporter de manière décente.
Le
rôle de la pornocratie n’est pas négligeable, car aux spectacles d’actions
“ hard ” dont elle fait son fonds de commerce s’ajoute un
discours qui ridiculise comme “ pères la pudeur ” ceux qui ont de
la vie une conception plus structurée : pour développer son chiffre
d’affaires, elle mène un travail de sape à l’encontre des valeurs et des
normes éthiques. Le combat juridique mené par notre mouvement contre des
organisateurs de télématique “ rose ” il y a une dizaine d’années
a bien montré la capacité de nuisance du lobby porno à l’encontre de ceux
qui le gênent dans son commerce : des militants familiaux sont eux-mêmes
tombés dans le panneau, en accordant quelque crédit aux calomnies diffusées
par différents média à l’encontre d'associations familiales, présentées comme
soutien de “ l’ordre moral ” ! Or le lien est prouvé entre
la pornocratie et ce qui est probablement le pire de tous les comportements
parentaux : la prostitution de petites filles et de petits garçons par
leurs propres parents.
Ceci
étant, l’inceste est avant tout une maladie du lien familial, comme les
autres sévices infligés aux enfants ou au conjoint. Tragiquement, ceux qui ont
été blessés de la sorte ont une plus forte probabilité de se comporter à
leur tour de manière anormale dans la famille qu’ils ont eux-mêmes fondés :
on a naturellement tendance à reproduire le comportement que vos parents ont eu
avec vous. Cela rend encore plus nécessaire, s’il est possible, des soins
psychologiques appropriés pour les victimes.
Les
coupables, quant à eux, ont certes besoin également d’être soignés
psychiquement, mais cela ne doit pas signifier l’absence de sanction. Bien au
contraire, la punition des tortionnaires est utile pour leur faire retrouver les
marques qu’ils avaient perdu. En outre, leur incarcération peut être la
seule façon de mettre leurs victimes à l’abri de leurs agissements, et la
priorité doit être donnée, en la matière, au droit des victimes à retrouver
la sécurité. Violence
et insécurité en tous genres
De
manière plus générale, le souci d’assurer la sécurité des citoyens doit
être prédominant. Trop souvent, une sorte d’inversion se produit, le
bourreau devenant dans certains esprits une sorte de victime de la société
dont la réhabilitation justifie que l’on fasse courir des risques au reste de
la population. L’affaire du sang contaminé a fourni un triste exemple de
cette mentalité : au prétexte que donner son sang est un moyen de se réhabiliter
quand on a été condamné, les prélèvements dans les prisons ont été
intensifiés précisément au moment où le SIDA se répandait ; comme les
prisons renferment une forte proportion de toxicomanes, parmi lesquels la
contamination par les aiguilles avait multiplié les cas de séropositivité,
l’idéologie qui fait se préoccuper de la psychologie du coupable plus que de
la sécurité des innocents a accentué la transmission du SIDA aux transfusés.
De
même, combien de fois a-t-on vu des personnes coupables de crimes sexuels,
notamment sur des enfants, récidiver à l’occasion d’une permission ou
d’une libération anticipée ? Autant notre mouvement souhaite que l’on
puisse trouver des thérapies permettant de guérir les détraqués, autant il
refuse que des innocents soient exposés sciemment au danger que représente la
“ remise en circulation ” de personnes dangereuses.
Il
importe également de ne pas charger inconsidérément les personnes qui, ayant
eu à se défendre contre des agresseurs ou des voleurs, leur ont, dans le feu
de l’action, infligé des dommages matériels ou corporels. Certes, la légitime
défense ne donne pas le droit d’agir avec une violence hors de proportion
avec les risques encourus. Mais, inversement, il devrait être établi très
nettement que celui qui met autrui en danger par un comportement agressif et délictueux
n’a aucun droit à être lui-même en sécurité. Par exemple, le conducteur
d’une voiture volée qui fonce sur un policier pour forcer le passage ne
devrait avoir aucun droit à faire valoir si le policier, utilisant son arme de
service, le blesse, fut-ce mortellement, ou provoque un accident ayant ce résultat.
Les honnêtes citoyens sont scandalisés par le fait que la loi se montre
souvent plus dure pour eux que pour les malfaiteurs. Si l’on veut éviter le développement
d’une idéologie sécuritaire excessive, susceptible de déboucher sur des évolutions
peu démocratiques, mieux vaudrait
·
Au
niveau des textes, que le droit des victimes soit mieux assuré
·
En
ce qui concerne les consignes de tolérance données à la police, qu’elles bénéficient
à ceux qui ne font de mal à personne, mais qui peuvent avoir des difficultés
à garer leur voiture sans mordre légèrement sur un passage clouté, plutôt
qu’aux “ sauvageons ” que l’on se garde d’interrompre quand
ils brûlent des automobiles, cassent des vitrines ou pillent des magasins.
Les
familles ont un rôle essentiel à jouer pour que diminue la violence, la délinquance,
l’alcoolisme et la toxicomanie. Comme Bill Clinton et Tony Blair l’on rappelé
dans des occasions solennelles, de l’éducation donnée aux enfants dépend
largement l’amélioration à long terme de la situation. Familles de France a
une claire conscience de cette responsabilité, et elle invite ses familles adhérentes
à ne pas s’y dérober.
Mais
les parents ne sont pas tout puissants. On sait bien que, si les enseignants
prennent des positions opposées aux leurs, l’enfant sera tiraillé entre deux
autorités légitimes, deux modèles, deux références sur lesquelles il
s’appuie pour construire sa propre personnalité, et que le résultat ne sera
pas excellent. De même, si le droit positif (les lois et les règlements) et la
façon dont il est appliqué ne s’opposent pas clairement et efficacement aux
comportements violents et dangereux, l’action des parents sera beaucoup plus
difficile. C’est aux parents d’apprendre à leurs enfants à être honnêtes,
pacifiques, respectueux du bien d’autrui et plus encore de sa personne,
sobres, méfiants à l’égard des paradis artificiels. C’est aux pouvoirs
publics d’organiser efficacement le service public de la justice et celui de
la police, de telle manière que l’impunité des “ méchants ”
n’apporte pas un démenti permanent au message parental.
Notre
association a mission d’agir complémentairement sur ces deux tableaux :
·
Auprès
des parents pour leur apporter un soutien, une formation.
·
Auprès
des pouvoirs publics, pour les inciter à créer un cadre juridique et
judiciaire efficace et compatible avec le rôle éducatif des parents.
Et
pour finir empruntons quelques phrases aux réflexions qu’une militante familiale faisait au sortir d’une réunion avec des gendarmes chargés
de la prévention auprès des jeunes : “ Aucun enfant n’est une
graine de violence. Il attend de nous des barrières pour ne pas dériver. Il
attend de nous de la confiance en lui. Il attend de nous des actions positives". L'Union des Familles fait confiance aux jeunes et elle le dit. |