Eloge de
la tolérance, par Jacques BICHOT, président d'honneur de l'UFE
Notre époque pratique assez mal la vertu
de tolérance. Tantôt prévaut la licence : tout est admissible, tout est
égal, il n'y a ni bien ni mal, rien ne doit être condamné, tout est
affaire de point de vue. Puis, sans transition, les mêmes qui prônaient le
relativisme le plus large imposent leur jugement, condamnent, traitent de
nazis ceux qui ne pensent pas exactement comme eux, et font régner par la
terreur l'ordre moral le plus pesant qui soit.
Mais
l'homme tolérant ne combat pas comme le fanatique. Non pas
qu'il ait moins foi en la cause pour laquelle il donne beaucoup : de son
temps, et parfois jusqu'à sa vie. Simplement, son attachement à un idéal
ne l'empêche pas de respecter, voire d'aimer, ceux qui ne le partagent pas.
Le fanatique hait ses adversaires, et tous ceux qui ne pensent pas comme lui
sont ipso facto ses adversaires. Le tolérant lutte sans haine; il s'oppose
à la réalisation d'un plan mauvais, sans pour autant considérer ses
promoteurs comme des démons.
Pour le fanatique, la fin justifie les
moyens. La traîtrise, le mensonge, l'amalgame, l'outrance, la violence,
sont admis, dès lors qu'ils ont pour but de terrasser l'adversaire. L'homme
tolérant ne s'accorde pas ces facilités. Employer certains moyens serait
à ses yeux perdre le combat d'avance, se convertir aux méthodes que l'on
condamne, renier le sens même de son engagement.
Nous avons le droit de dire, si nous
le pensons, que l'homosexualité est un malheur, une façon de vivre moins
épanouissante pour les personnes, et moins constructive pour la société,
que l'amour conjugal. Ce faisant, nous ne faisons aucun tort aux
homosexuels, nous ne les agressons pas, nous ne les marginalisons pas. Ou
alors il faudrait interdire de parler de diététique pour ne pas agresser
ceux dont le régime est trop riche en graisses ou en alcool, interdire de
vanter les bienfaits du sport pour ne pas faire de tort à ceux qui se
contentent de regarder les matchs à la TV, etc...