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Le coût de l'indiscipline à l'école

une analyse corrosive de Jacques BICHOT

et le commentaire du livre de Thierry Desjardin

Entre 1975 et 1999, la dépense d'éducation par élève, en francs constants, est passée dans le premier degré de 14 200 F à 26 500 F, et dans le second degré de 28 900 F à 48 600 F (1), sans qu'il en résulte une progression sensible des résultats.

  Le nombre d'élèves par classe dans le primaire public a diminué de 30 en 1960 à 22 en 1984, et reste constante depuis, sans aucune amélioration sensible pour l'apprentissage de la lecture, de l'écriture (ne parlons pas de l'orthographe !) et du calcul. Dans le privé, on est passé de 32 élèves par classe en 1960 à 24 en 1999, avec la même absence de résultat. Les élèves de CP à CM2 sont revenus de 4 915 000 à la rentrée 1960 à 3 885 000 à la rentrée 1999 (2), sans diminution des moyens, et il n'en est résulté aucune progression observable du niveau à l'entrée en sixième, non plus qu'une diminution sensible de la pénibilité du travail des instituteurs devenus entre temps professeurs des écoles.

 Quelles sont les causes d'une baisse aussi consternante de la productivité de nos enseignements primaires et secondaires ? Il y en a sans doute plusieurs, mais la principale est fort probablement la diminution de la discipline. Nos enfants ou petits enfants gaspillent allègrement les ressources rares que nous consacrons à leur enseignement. Au lieu d'apprendre, ils papotent, chahutent, rêvassent. Certains font pire, agressant verbalement ou physiquement leurs enseignants, mais il n'est pas besoin d'aller dans les établissements des banlieues chaudes pour constater un laisser-aller qui, au total, coûte plus de cent milliards par an aux finances publiques.

 L'argent du contribuable, disent certains, est jeté par les fenêtres par suite de la mauvaise gestion gouvernementale. Il y a certes un peu de ça. Mais le gaspillage qui résulte de l'indiscipline ordinaire, pas méchante, de gamins qui n'ont tout simplement aucun sens de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, surpasse celui que provoque l'incurie administrative. Quand on cherche des moyens d'économiser les deniers publics et de diminuer le taux des prélèvements obligatoires sans retrancher quoi que ce soit au service public, on devrait en priorité regarder comment fonctionnait une classe de quarante élèves des années 1950.

(1) : Tous les chiffres cités proviennent de l'état de l'école, très intéressante publication annuelle du Ministère de l'éducation nationale, dont l'édition 2000 peut être commandée dans toute bonne librairie, au prix de 95 F.

(2) : Bien entendu, la dénatalité est un mythe…

Thierry Desjardins - Le scandale de l'Education Nationale

Robert Laffont, 1999, 255 p., 109 F

 Ce pamphlet ne fait pas dans la nuance, mais sa documentation est solide. Par exemple : entre 1975 et 1998, le nombre des élèves a été multiplié par 1,1, celui des enseignants par 1,63 et les dépenses (en francs constants) par 1,88 : ce n'est donc pas par manque de moyens que les résultats laissent à désirer.

A l'entrée en sixième, selon le Ministère lui-même, 24,5 % "cumulent des déficits graves en français ou en mathématiques, n'ayant pas les connaissances exigées en CE2 (1) ; 11 % sont en grave difficulté, c'est-à-dire incapables de saisir le sens des mots usuels dans notre langue et d'effectuer une addition à 2 chiffres".

Parmi les tests effectués pour parvenir à ce résultat, citons-en un.   Question : "Combien de morceaux de ficelle mesurant chacun 4 mètres de long peuvent être coupés dans une ficelle de 39,2 mètres de long ?". Les réponses ont été fausses à 57,4 %. Et la question "Quelle longueur de ficelle restera-t-il ?" a obtenu 72,8 % de réponses fausses. Telle est la défaillance de notre enseignement primaire.

L'OCDE (qui trouve 40 % d'illettrés en France contre 7 % en Suède,    14,4 % en Allemagne et 20 % aux Etats-Unis) et les tests effectués sur les appelés du contingent vont dans le même sens : l'état de l'enseignement en France est grave.

Desjardins estime que cela vient de choix pédagogiques désastreux, comme la lecture globale et l'apprentissage trop précoce des mathématiques modernes ; et aussi d'un laxisme généralisé : en proscrivant les redoublements, le Ministère a conduit les enseignants à accepter le passage d'élèves n'ayant absolument pas le niveau. Pour ne pas avoir d'histoires, les professeurs diminuent leurs exigences ; hormis dans les établissements d'excellence, les élèves ne sont plus tenus.

Cette analyse rejoint l'expérience de N. Revol. Le livre de T. Desjardins, malgré quelques outrances, fournit le cadre général qui permet de comprendre comment on en est arrivé aux horreurs vécues par N. Revol.

 (1)     : Vous avez bien lu CE2, classe après laquelle les connaissances doivent s'accroître et s'approfondir en CM1 et CM2.

 

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