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Bons livres sur la famille

 

 "Violences urbaines ; Des vérités qui dérangent"  par Lucienne Bui Trong

"Oser être mère au foyer" par Marie-P. Delplancq-Nobécourt

"La vie avant la vie" du Docteur Fernand DAFFOS

"Pères séparés, pères tout de même" par Bruno Décoret  

"Nos enfants ne sont pas des grandes personnes" par Béatrice Copper-Royer

"La population mondiale" par Jacques Dupâquier

"Le temps des derniers hommes" par Roland Hureaux

Doit-on contrôler l'immigration ?

 G-F Dumont / H Le Bras

 

Atout famille

par Jacques BICHOT et Denis LANSEL

Pilule, sexe, ADN – 3 révolutions qui ont bouleversé la famille par Evelyne Sullerot

 

Le choc de 2006 par Michel Godet

Tartuffe aux affaires : génération morale et horreur politique 1980-2000 par Pierre-Patrick Kaltenbach

Sale prof par Nicolas Revol

"Le grand remue-ménage - la crise de la famille" par Evelyne Sullerot

"La première épouse" par Françoise CHANDERNAGOR

"le choc des générations"  par Bernard PREEL

La famille à venir. Une réalité menacée mais nécessaire par Denis Lensel et Jacques Lafond

 

Doit-on contrôler l’immigration ?

 

Un dialogue à main armée entre Gérard-François Dumont et Hervé Le Bras (Editions Prométhée, 2009, 128 p.)

 

Deux ténors de la démographie raisonnent et s’affrontent sur le thème de l’immigration et de son contrôle. Tous deux ont été membres de la commission Mazeaud, chargée en Février 2008 d’un rapport sur le thème « Immigration et constitution ». Sur ce sujet comme sur d’autres questions démographiques, leurs positions divergent. Le débat ne pouvait être qu’animé. Il a été réalisé, conformément à la trame de tous les ouvrages de cette collection « Pour ou contre », en trois temps : un exposé de chaque auteur ; une réfutation par chacun de ce qu’il désapprouve dans l’exposé de l’autre ; et une conclusion pour chacun, où la critique de la critique tient une place importante.

 

Hervé Le Bras est un partisan de la libre circulation des hommes sur toute la surface du globe. Constatant la libre circulation des marchandises, il s’exclame d’emblée : « Il semblerait pourtant logique que les humains puissent se déplacer aussi librement que leurs productions. » Logique, peut-être, mais possible et souhaitable ? Sur le second point, Le Bras fait remarquer qu’un travailleur arrivant adulte d’un pays étranger où des personnes ont financé l’investissement que représente son entretien et sa formation durant son enfance et sa jeunesse constitue une aubaine pour le pays d’arrivée, et il en déduit : « Le pays ou la famille qui a élevé l’immigré devrait demander un remboursement ou bien se voir attribuer une partie des cotisations sociales versées par le travailleur immigré. » C’est une position que je soutiens, mais de manière plus nuancée : encore faut-il que l’immigré trouve à s’employer productivement dans le pays d’accueil. Il existe hélas des cadeaux dont on ne sait que faire, et qui, pour parler franc, vous embarrassent.

 

Hervé le Bras reproche assez violement à Gérard-François Dumont de ne pas adopter un point de vue économique cohérent ; mais il a lui-même tendance à faire abstraction des réalités qui ne cadrent pas avec ses a priori idéologiques : c’est dommage, car son intelligence déliée soulève bien des questions intéressantes, comme celle du « couplet sur le développement des pays de départ », qui revient trop souvent dans la bouche des « bien pensants » lorsqu’ils veulent trouver une alternative à l’immigration du Sud vers le Nord : ce développement est hélas souvent rendu bien difficile, pour ne pas dire impossible, par toutes sortes de facteurs, au premier rang desquels l’égoïsme et l’incompétence des dirigeants.

 

Un point d’accord entre les deux experts : l’immigration n’apporte pas une solution simple au problème du vieillissement de la population européenne. Si le taux d’activité s’élevait partout au niveau atteint en Suède, si l’on comprenait que la prolongation de l’espérance de vie s’accompagne d’une capacité, pour la plupart, à travailler jusqu’à des âges plus avancés, une partie importante du problème serait résolue.

 

G. F. Dumont montre que les obstacles aux migrations proviennent non seulement des restrictions à l’entrée, mais aussi des interdictions d’émigrer. Les pays communistes, jusqu’à la chute du mur de Berlin, furent des spécialistes de cette entrave à la libre circulation des hommes ; il en reste encore quelques-uns (Corée du Nord, Cuba). Il montre aussi que le contrôle de l’immigration ne doit pas être confondu avec son interdiction : en fait, les pays les plus ouverts statistiquement, comme le Canada et l’Australie, ont une politique de contrôle très élaborée. Cela est nécessaire pour une intégration réussie : comment pourvoir aux besoins des immigrés en vue de leur intégration si on ne les connaît pas ? Contrôle n’est pas synonyme de renvoi des tous ceux qui se trouvent en situation illégale, mais plutôt d’enregistrement et de suivi des immigrants : on ne perd pas leur trace, on s’occupe d’eux. Ainsi « en Espagne, l’immigré illégal au regard de la réglementation nationale se trouve très fréquemment inscrit sur les registres de population de la commune où il réside. Cette inscription lui permet d’inscrire ses enfants à l’école et de bénéficier des services de santé. »

 

Nos deux auteurs sont d’accord sur l’utilité – quasiment la nécessité – de ces registres de population, que la France n’a pas mis en place. Et c’est H. Le Bras qui écrit ici ce que G. F. Dumont a expliqué dans maints écrits : à savoir qu’en France la réforme (ou disparition) du recensement, sans mise en place de registres locaux de population, a été une erreur monumentale, qui nous prive d’informations indispensables.

 

Déconstruisant le « sophisme compassionnel », Dumont cite un complément très instructif apporté par Michel Rocard, quelques mois plus tard, à sa fameuse déclaration du 7 janvier 1990 : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde ». Il faut connaître ces quelques lignes : « Nous ne pouvons plus recevoir un flux massif et incontrôlé sans que cela n’hypothèque gravement d’abord l’équilibre social de la nation, ensuite les chances d’intégration des étrangers installés, enfin l’avenir même de nouvelles vagues d’arrivants (…) Nous sommes à la veille d’une nouvelle vague massive, venant d’un Sud plus lointain, d’un Est plus incertain. Et je le dis clairement, cette vague doit être endiguée. » Les chiffres du chômage, fournis par l’INSEE, que rappelle Dumont (9 % de chômage pour les Français de naissance, 26 % à 29 % pour les Maghrébins), donnent un contenu concret au constat rocardien.

 

In fine, Le Bras s’énerve et critique sans trop de discernement. Dumont, lui, décortique un exemple important, celui de l’espace Schengen, montrant que la libre circulation à l’intérieur n’aurait jamais été possible sans la mise en place d’un contrôle coordonné, entre les pays participants, de leurs frontières extérieures. Comme quoi les règles ne sont pas toujours les ennemies de la liberté ; si elles sont bonnes, elles en sont au contraire les garantes !

 

Terminons sur un regret : la question de la « seconde génération » n’est guère abordée dans ce petit livre. Or on sait que beaucoup de problèmes rencontrés par la première génération de migrants se retrouvent hélas chez leurs enfants et petits-enfants. Après avoir lu ce petit livre facile d’accès et instructif, écrivez donc à Gérard-François Dumont et à Hervé Le Bras pour leur suggérer de consacrer un de leurs prochains ouvrages aux descendants d’immigrés !

 Commentaires par Jacques Bichot

 

 

Atout Famille

 

Par Jacques BICHOT et Denis LANSEL

(presses de la renaissance - 2007)

 

 

 

 

Les familles ne sont pas parfaites, les séparations sont nombreuses, et pourtant la famille est au hit-parade des sondages. Nos contemporains comptent sur elle plus que sur toute autre institution. Ils voient en elle la formule qui conduit à l’épanouissement des personnes et au bonheur. Elle est leur idéal, la plus importante de leurs raisons de vivre. Se leurreraient-ils ? Non. Examiner le rôle joué par la famille, d’abord vis-à-vis de ses membres, puis au sein de la société globale, montre que nos contemporains ont raison.

 La famille joue un rôle très positif pour les personnes, que ce soit au niveau matériel, pour leur vie affective et sexuelle, pour leur entrée dans l’univers de la confiance partagée et de la bienveillance réciproque, pour le développement des enfants, pour le sens à donner à la vie en général et au travail en particulier. Les disfonctionnements familiaux eux-mêmes, par la gravité de leurs conséquences, montrent quel atout la vie de famille est pour ceux qui la vivent. Ayant manifesté sa capacité d’adaptation aux changements, la famille est en quelque sorte toujours prête à servir à l’épanouissement des personnes.

Ce faisant, elle tient une place essentielle dans la société. La République, la religion, l’école, la presse, ont perdu beaucoup de leur pouvoir intégrateur ; le tissu social a désormais la famille et l’entreprise pour fils de trame. La structure en réseau que la famille a su construire convient bien à un monde où la hiérarchie ne fait plus recette. Si elle a pu jadis être oppressive, la famille est aujourd’hui un merveilleux instrument de liberté ; associant ouverture au changement et respect de ce qui est bon dans la tradition, la famille crée des conditions favorables à l’innovation ; elle détient une position centrale dans le fonctionnement de l’économie, comme unité de consommation, mais plus encore comme productrice du facteur de production le plus important, l’homme ; en assurant le renouvellement des générations, elle est la base même de nos retraites dites « par répartition » ; elle et les organismes de protection sociale se répartissent les rôles pour rendre notre société solidaire.

 Certes, les familles ne répondent pas toujours à l’espoir que les hommes mettent en elles. Leurs faiblesses sont bien réelles. Mais, si on la compare aux autres institutions, la famille ne se débrouille pas mal du tout ! On comprend que nos contemporains lui soient tellement attachés : elle est de fait la plus belle et la plus utile invention de l’espèce humaine. Un formidable atout au service des personnes et de la société.

 

 

 

Pilule, sexe, ADN – 3 révolutions qui ont bouleversé la famille

 

par Evelyne Sullerot (Fayard, avril 2006)

 

Neuf ans après « Le grand remue-ménage, la crise de la famille » et quatorze après « Quels pères ? quels fils ? », Madame Evelyne Sullerot parachève ses analyses sur la famille en proposant de considérer trois « révolutions »  jalonnant ses évolutions.

 

La maîtrise féminine sur la procréation initiée dans les années 60 se trouve durablement adoptée. C’est plus tard qu’une sorte d’impératif érotique s’est propagé (révolution dite « sexuelle ») mais l’auteur soutient que la pilule n’engendre pas obligatoirement vagabondages sexuels et instabilités du couple, contrexemples à l’appui. Si le premier volet relève pour l’auteur de la rétrospective, en revanche ce climat excessif de tout-sexuel (voire de « tyrannie du plaisir », J.-C. Guillebaud) pourrait bien lasser les nouvelles générations puisqu’il n’a rien d’inéluctable.

 

Générations voilà le mot : en prospective Evelyne Sullerot prévoit l’importance à venir de la vérité génésique qui s’imposera avec les progrès de la  connaissance scientifique du Vivant. Or (pour l’instant) l’échec conjugal est fréquent, notamment parce que la « barre » des exigences trop élevées sur le couple ne pouvait que produire insatisfactions et ressentiments. Heureusement, pour Mme Sullerot, la parenté révélée par l’ADN va s’imposer comme la fibre familiale durable. Tissu fragilisé en ses trames conjugales qui rompent, la famille survivra toujours par ses chaînes d’ascendants à descendants.

 

Evelyne Sullerot cite (page 142) notre valeur « parité père-mère » en référence, tout en observant que certaines mentalités et intérêts s’accrochent à des litanies devenues obscurantistes, comme celle du « père-toujours-incertain ». Cette étude va déranger là où des parasitismes se sont créé des filons (« thérapeutes » improbables, professions du divorce et dysfonctionnements, …).

 

En critiquant le climat d’érotisation outrancièrement porté par marchés et média, E. Sullerot heurte le « sexuellement-correct ». Or l’union conjugale est fragilisée par des individualismes dont l’aventurisme sexuel n’est qu’un aspect. On peut penser que le trop gros mot SEXE du titre n’était pas aussi pertinent que ¨MOI¨ avec des guillemets. Certes la dite révolution sexuelle excite beaucoup de marginaux et contamine largement, mais elle n’est qu’une des modalités de la fièvre individualiste dite de « Soi » (F. de Singly).

 

La faillite du couple ne provient que parfois de la trahison amoureuse. Sous l’empire du Moi on voit se répandre des caractères « à risque » pour les liens familiaux (narcissisme immature, hédonisme pas seulement érotique, romantisme conditionné pour le conflit et l’auto-victimologie, …). Une part importante des ruptures vise à assurer au parent instigateur d’ « avoir » les enfants pour triomphe de son Moi sans qu’il y ait eu déclenchement par une histoire de « sexe », c’est souvent le cas quand une insatisfaction socio-professionnelle cherche à assouvir de la vengeance contre la carrière plus prestigieuse de l’autre parent, ou encore pour arborer l’enfant en attribut-butin exclusif de Soi …

 

Raison de plus pour faire imposer cette belle parité pour l’enfant, entre sa mère et son père. Que le couple soit heureusement uni ou hélas défait, cette Parité doit garantir à l’enfant son statut de Sujet en inter-disant qu’il soit en-jeu.

 

pour la Parité mère-père : Henri GIBAUD (avec consultants)

 

 

L’appréciation d’un jeune père impliqué, Bertrand JACOLIN :

Pour un jeune père particulièrement investi dans l'éducation de ses enfants et dans l'aventure conjugale y compris dans ses aspects pratiques et quotidiens, le livre d'Evelyne Sullerot apporte une lueur d'espoir pour la prise en compte de cette nouvelle réalité. En effet, elle dénonce avec un courage certain le manque de discernement de la magistrature en cas de séparation des parents, et l'ostracisme envers les pères qui en résulte. Evelyne Sullerot lance un cri d'alerte sur le désastre des millions d'enfants privés d'une relation équilibrée avec l'un des deux parents, et elle préconise de développer la coparentalité dans l'intérêt des enfants.  Pour modérées qu'elles soient, ses propositions ont le grand mérite de jeter un "pavé dans la mare" de la pensée unique des médias, plus prompts à défendre l'homoparentalité que la famille et la parentalité génétiques.

 

 

  "Le Choc de 2006"

par Michel GODET, chez Odile Jacob , janvier 2003

Michel  Godet né en 1948 est  professeur au Conservatoire national des Arts et métiers, titulaire de la Chaire de Prospective industrielle. Depuis trente ans il parcourt le monde, les entreprises et  les territoires pour aider les dirigeants à "éclairer leur action à la lumière des futurs possibles". 

Cette fois il nous propose de balayer les mirages qui encombrent l'actualité  pour nous   interpeller sur le choc démographique annoncé pour 2006

La France fonce droit sur l'iceberg, la vigie sur le Titanic doit être entendue, il est encore temps de changer de cap pour éviter la collision frontale avec l'hiver démographique . Après le tournant de 2006-2010, plus rien ne sera comme avant : temps de travail, statuts, retraites, modes de vie, il faudra tout remettre à plat.

 Tout cela on le sait, comme pour la vieillesse et la mort, elles sont inéluctables mais généralement on vit comme si elles ne devaient jamais arriver. Ce qui se comprend pour les individus n'est pas acceptable pour les Etats et les sociétés qui sont en principe en charge de l'avenir  et comptables devant les générations futures que l'on a pas le droit de sacrifier : notre héritage , nous le devons  à nos descendants. 

 Le plus souvent le facteur humain dans ses aspects démographiques, sociologiques, familiaux et comportementaux est oublié dans les grands débats qui font la Une de l'actualité concernant la technologie, l'éducation, le développement durable, la mondialisation…Tel est l'objet de la première partie

 Dans une deuxième partie : la population est retrouvée et l'homme retrouve sa place au cœur de la différence entre les territoires et les entreprises. Le vieillissement de l'Europe et l'implosion démographique de certains grands pays conduit à une perspective de cheveux gris et de croissance molle. Il va en résulter une haute tension sur l'emploi et les retraites. La tension sera d'autant plus forte qu'en raison des illusions collectives sur les emplois de demain, il faut s'attendre à une pénurie de jeunes professionnels dans les métiers manuels et de service. Il y aura aussi de nouvelles fractures territoriales accentuées par les mouvements de population et le développement inégal des infrastructures.. Chemin faisant nous redécouvrirons aussi les familles dont les plus nombreuses se paupérisent. Il  y a les blessés de la route familiale, ces enfants qui ne cicatrisent jamais vraiment de la séparation de leurs parents et sont plus souvent marqués par l'échec scolaire et  tentés par toutes les  déviances. Sans familles heureuses, il n'y a pas de société vertueuse

 Dans un chapitre conclusif nous terminons par des propositions concrètes pour une cité plus vertueuse. Nous évoquerons ainsi les conditions d' une   meilleure gouvernance,  les limites de la démocratie participative avec la saga  du troisième aéroport  pour l' Ile de France. Enfin, la croissance n'est pas une fin en soi et la question du sens de l'accumulation  des richesses nous amènera à redécouvrir l'evergétisme de l'antiquité  et pourquoi nos actions sont d'abord motivées par la création de liens et pas seulement de biens.

 

 

"La vie avant la vie" 

par le Docteur Fernand DAFFOS  (Calman-Levy 1995)

 Lorsque dans les années 60, le Docteur Fernand Daffos, père de la médecine foetale, fait ses débuts comme gynécologue-obstétricien, la situation de l’enfant à naître n’était pas si brillante.

Voici la description qu’il en fait dans un livre passionnant qu’on lit d’un trait sans pouvoir s’arrêter : « La vie avant la vie ». Les connaissances de l’époque étaient, explique-t-il, très limitées. Le problème n’était pas que l’enfant souffre ou non, mais que l’accouchement se passe bien. Lorsqu’il criait tout de suite, tout allait pour le mieux. En revanche, s’il naissait en état de mort apparente, sans aucune réaction, il était impossible de savoir si cette souffrance avait débuté quelque minutes ou plusieurs heures avant la naissance. Seules les capacités de récupération du nouveau-né permettaient a posteriori de s’apercevoir que, par chance, la souffrance en cours de travail avait peu duré ou qu’au contraire il avait considérablement souffert lorsque, au bout de dix minutes on n’arrivait toujours pas à lui faire pousser un cri. On considérait alors que l’accouchement s’était bien passé mais que l’enfant n’avait pas pu être réanimé.

L’enregistrement continu du rythme cardiaque du foetus pendant l’accouchement ne date que du début des années 70. En outre, il n’était pas utilisé en permanence, mais seulement quand la sage-femme ne parvenait pas à capter correctement le coeur de l’enfant au stéthoscope ou quand elle avait l’impression qu’il battait anormalement lentement. En fait, il n’était mis en place que lorsque la souffrance foetale était déjà patente.

Sur l’anatomie de l’enfant, le mystère était encore plus total. Le sexe bien sûr relevait à 100 % des prédictions de Madame Soleil ou de belle-maman et seules les difficultés clinique à palper la tête foetale conduisaient parfois à réaliser un examen radiologique du contenu utérin pour découvrir un anencéphale, sans boîte crânienne, ou un hydrocéphale dont le diamètre de la tête monstrueux poserait des problèmes d’accouchement complexe et dangereux pour la mère (l’enfant étant de toute façon condamné). La découverte des autres malformations avait lieu à la naissance.

Alexandre Minkowski raconte dans son livre « Le Mandarin aux pieds nus» publié en 1975 : « Les nouveau-né étaient des êtres qui ne parlaient pas, ne pouvaient pas se manifester, ils existait mais il n’y avait rien de nouveau à faire pour eux. »

Il fut un des premiers pédiatres, en tous cas un des plus bruyants et des dérangeants, à mettre l’accent sur le nouveau-né, sa réalité et son potentiel.

Auparavant, les enfants nés en mauvais état dans les maternités étaient transférés dans des services de pédiatrie et les accoucheurs n’en entendaient plus jamais parler. La situation changea progressivement. Les pédiatres commencèrent à poser des questions. Comment s’est déroulé l’accouchement, quel était le terme de la grossesse ?

En fait, ils se mirent petit à petit à apprendre la pédiatrie périnatale.

 

 "Pères séparés, pères tout de même"

de Bruno Décoret

Bruno Décoret a publié en 1997 "Père séparés, pères tout de même" (Ed. Anthropos - 1997 - 135 F). Il avant antérieurement écrit Les pères dépossédés (Desclées de Brouwer - 1988).

 Une série de portraits, de tranches de vie, nous montre des pères qui parviennent, après bien des difficultés (incompréhension des juges, du milieu), à maintenir ou accroître leur rôle paternel après un divorce. Elle permet de réfléchir en profondeur à la question « Qu’est-ce que la paternité ? ». Fort justement, Bruno Décoret évite d’en donner une définition : « surtout pas ». Il se réfère d’ailleurs volontiers à la paternité, exercée différemment par l’homme et par la femme, mais moins différemment qu’on ne le croit souvent.

 La mère est « la partenaire privilégiée de l’éducation, partenaire féminine donc différente et complémentaire. Si elle est aussi compagne, épouse amante aimée et estimée, tout va bien et la triade familiale apportera bonheur à tous. Elle peut, hélas, devenir adversaire. Mais si elle n’est plus amante, elle reste mère et il faudra composer avec elle, tout en ne se laissant pas exclure ».

 Ces cas où la mère n’est plus la compagne du père, et où elle cherche à l’exclure de l’éducation des enfants, est au centre du livre de Bruno Décoret. Il a vécu cette situation. Mathématicien, il a soutenu un doctorat de psychologie pour mieux la comprendre. Il en parle avec le coeur et compétence. Sa douleur est perceptible, mais il la domine pour transmettre ce qu’on pourrait appeler sa foi en la paternité, et sa conviction que cette foi peut soulever des montagnes.

 Jacques Bichot.

 

"Le grand remue-ménage - la crise de la famille"

par Evelyne Sullerot

Le récent ouvrage d’Evelyne Sullerot est un événement, non qu’il apporte des révélations sur les divers aspects de la crise de la famille, mais parce qu’il la replace dans son double contexte, historique et idéologique, et qu’il éclaire, avec courage et lucidité, le sens caché des débats d’aujourd’hui.

 Que de chemin, écrit-elle, entre le « familialisme consensuel » de la Libération, et le « démaillage familial » de cette fin de siècle !

La grande cassure serait celle des années 165-1975, avec la révolte égalitaire et l’explosion individualiste : « De ces années-là date l’habitude de considérer la famille comme une notion de droite, et les libertés sexuelles comme une conquête de gauche. Il fut dès lors très difficile de faire entendre à qui se voulait progressiste que du moment où un homme et une femme avaient ensemble un enfant ils constituaient une famille, fait naturel qui n’était ni de droite ni de gauche ». Peu à peu, de l’immense bavardage de 68 a ainsi émergé une sorte de mouvance libertaire en matière de vie sexuelle, d’amour et de procréation. (...)

 (...) Elle définit la décennie suivante (1975-1985) comme celle du « narcissisme » : la mouvance néoprogressiste se perd alors dans la recherche fébrile des possibilités d’épanouissement du « moi » de chacun, des sexualités au pluriel et des « nouvelles formes de famille » ; tandis que les gouvernements successifs s’interrogent sur le devenir de la population française et la politique démographique qu’il conviendrait d’élaborer. (...)

 (...) Or l’évolution de la répartition des tâches et de l’activité professionnelle joue aussi contre la famille : les mères montent à l’assaut du monde du travail, en comprimant au maximum leur rôle traditionnel. Elles divorcent fréquemment et se font alors attribuer presque toujours la garde des enfants, réduisant les pères aux rôles de payeur et de parent secondaire : désormais il n’est plus question d’eux qu’à la forme négative. On évoque l’intérêt de l’enfant, mais en oubliant qu’un de ses droits est d’avoir un père. Sans même parler des nouvelles techniques de procréation, qui dissociant le social et le biologique, ébranlent tout le système de parenté.

 Il faudra attendre 1993 pour que la société française se décide à écouter ses juges, ses policiers, ses médecins, ses éducateurs, ses enseignants surtout, parler de l’effondrement des structures familiales : « Les jeunes plus les adolescents, maintenant les enfants, n’ont plus de repères ». (...) 

(...) Evelyne Sullerot insiste sur les problèmes juridiques que pose le progrès de l’union libre, plus de moitié des premiers-nés naissant désormais hors mariage. Doit-on admettre la dérive vers le matriarcat ? « Il sera un jour nécessaire (écrit-elle) que tout père reconnaisse son enfant, et que toute mère donne l’identité du père qui n’aurait pas reconnu l’enfant, en sorte qu’il n’y ait plus d’enfant sans père, ni de mère abandonnée, ni de mère qui s’arroge le droit d’être mère et père à la fois ».

 Jacques Dupâquier (« Population et Avenir » - n° 633 mai/juin 1997)

"La première épouse"

de Françoise CHANDERNAGOR   ed.de Fallois 1998  + livre de poche

Le divorce, c'est la guerre, écrit Françoise Chandernagor dans La première épouse, pas une guerre de "pros" ou de mercenaires, nette et sans bavure, mais une guerre d'amateurs, de "civils", la pire qui soit. Les images employées par Françoise Chandernagor sont saisissantes et mettent à mal les théories à la mode du divorce en douceur et sans douleur.

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 Le divorce est fait pour détruire, arracher, broyer

C'est une épreuve terrible sur le plan personnel, il ne faut pas s'étonner si les compagnies d'assurances le placent plus haut que le déménagement, le deuil ou l'incendie sur l'échelle des traumatismes. C'est qu'avec le divorce, on a tous les malheurs en un : le deuil (on perd son mari), le déménagement (on perd sa maison),  l'incendie (on perd ses meubles).

Le ton est donné dès les premières pages et l'héroïne de F. chandernagor décrit une souffrance presque physique :

"Je suis en deuil de mon mari et, parce que ce mort vit, je suis en deuil de sa famille, de ses amis. (...) c'est moi qu'on a coupée en deux. Me voilà diminuée de cette mémoire qu'en m'épousant, il m'apportait.

Aujourd'hui, c'est ce passé qui me renie, sa lignée qui me répudie : ses parents, frères, soeurs, cousins voient "la nouvelle", quoi de plus naturel ? (...) Mon mari m'a détachée de lui, je dois me détacher d'eux. Vingt-cinq ans à partager le même nom, les mêmes tables, les mêmes morts et, du jour au lendemain, plus rien de commun : "belle-soeur", "beau-père", "belle-mère" ; des mots auxquels je n'ai plus droit, des mots qu'une autre emploiera."

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 Il n'y a pas de divorce sans souffrance

... surtout pour celui qui est abandonné.

On farde le divorce comme on farde la mort, on vous sert à l'envi le poncif de la nouvelle vie ou, pire, on vous assène l'argument statistique : un ménage sur deux explosant en vol à Paris, il n'y a pas lieu de faire une tragédie de quelque chose qui n'est qu'un banal accroc de l'existence ! Raisonnement imparable que l'héroïne de F. Chandernagor réduit à néant :

"Pardonnez-moi : il meurt chaque année cent millions d'hommes, mais quand je mourrai, pour moi ce sera la première fois. J'entre dans la statistique, mais la statistique n'entre pas en moi."

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 Quand une famille chavire, c'est le sauve-qui-peut des passagers

L'héroïne de La première épouse a quatre grands fils au moment de son divorce. Elle note avec amertume que le divorce les a non seulement fait partir plus tôt que ne le font les enfants de leur génération, mais aussi qu'ils se sont éloignés séparément. "L'anneau s'est brisé, les enfants "se cassent" ", constat féroce, mais ô combien réel.

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 Reconstruire sur un champ de ruines

Après une telle tempête, une telle remise en cause personnelle, rien d'étonnant à ce que l'épouse délaissée mette deux ou trois ans avant de reprendre timidement goût à l'existence et d'envisager à nouveau un semblant d'avenir.

Le divorce est un cataclysme dont on ressort profondément transformé. Nier ou - à tout le moins - minimiser les traumatismes qu'il génère n'est pas un service à rendre aux personnes concernées.

Si l'on veut vraiment aider quelqu'un qui est pris dans la spirale du divorce et de la dévalorisation de soi, il faut avant tout savoir être aimant et patient... et laisser du temps au temps. Merci à F. Chandernagor d'avoir su montrer tout cela dans un roman poignant et attachant !  

La population mondiale au XXe siècle

par Jacques Dupaquier, Que sais-je ? n°3509

 Le grand spécialiste français de la démographie historique brosse en 128 pages une fresque saisissante de l'évolution de la population de la planète depuis un siècle. De 1,6 milliards en 1900 à 6 milliards en l'an 2000, que de chemin parcouru ! Une révolution démographique, marquée par la diminution des taux de mortalité, l'allongement de la durée de la vie, puis, récemment en ce qui concerne le Tiers Monde, la chute de la fécondité. Un siècle durant lequel la population européenne a perdu beaucoup de son importance relative.

Vos enfants ne sont pas des grandes personnes

par Béatrice Copper-Royer, éd. Albin Michel

 Les occasions sont aujourd'hui nombreuses de prendre les enfants pour de grandes personnes. Une conjoncture économique difficile, l'éclatement de la cellule familiale, le quotidien citadin, la société de consommation, la peur de l'échec, les accidents de la vie..., amènent beaucoup de parents à voir leurs enfants plus grands qu'ils ne le sont réellement.

L'enfant est une personne, mais un être humain en développement, en devenir, qu'il faut aider à devenir adulte, comme nous le rappelle judicieusement Béatrice Copper-Royer, psychologue et psychothérapeute dans son ouvrage "Vos enfants ne sont pas des grandes personnes", paru chez Albin Michel (préface du Dr Alain Braconnier).

Ce livre est clair, intelligible, bien structuré, particulièrement documenté, illustré de nombreux exemples tirés d'une expérience clinique. Il a également le mérite de rappeler ce que certains pourraient peut-être considérer comme des évidences.

En effet, il est important de "marteler" avec l'auteur que la différence des générations existe, que les parents ne sont pas des copains, que la mère et le père n'ont pas des rôles interchangeables mais complémentaires, qu'il est indispensable de rétablir la place de l'autorité au quotidien, en nuances, et que demander son avis à l'enfant n'est pas la même chose que de le mettre en position de choisir.

Cet ouvrage est utile pour tous car il analyse et ne juge pas. Il n'y a pas de parents parfaits et il n'y a pas d'éducation sans étapes et sans heurts.

Certes, tous les parents ont peur de mal faire. Cependant, éduquer n'a pas pour but d'éviter de faire de la peine, mais de permettre à l'enfant de grandir pour devenir responsable et autonome; simplement, se structurer prend du temps. 

Le choc des générations

par Bernard Préel  ed. La découverte  

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 une génération libération, née dans l'entre deux guerres, qui vécut adolescente les difficultés de l'Occupation, et qui s'engagea dans la reconstruction du pays en 1945 ;

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une génération Algérie, dont les éléments masculins eurent 20 ans dans les Aurès ;

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une génération mai 68, qui aujourd'hui "arrive au tournant critique des 50 ans en refusant de vieillir. Elle occupe une position dominante dans le monde des affaires et accède aux plus hauts postes politiques" ;

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une génération crise, dont les membres furent les premiers à galérer pour entrer sur le marché du travail ;

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une génération gorby, marquée par la chute du mur de Berlin et la décomposition des régimes communistes ;

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une génération internet, née autour de 1980, dont Préel suppose qu'elle sera marquée à vie par le fait d'avoir été adolescente au moment de l'essor fantastique du réseau des réseaux.  

L il y a effet de génération quand nous pensons ou agissons de telle façon parce que nous sommes nés à telle époque, parce que nous appartenons à une classe d'âge qui a vécu une certaine histoire et partage certaines caractéristiques.

L il y a effet d'âge quand nos opinions et nos actes correspondent à la phase du cycle de vie à laquelle nous sommes arrivés : il y a des manières d'être quand on a 15 ans, d'autres quand on en a 40, d'autres encore à 75 ans. 

L'analyse des effets de génération amène in fine Préel à envisager un futur à moyen terme (2005) marqué par deux évènements majeurs : "la suppression de toute référence à un âge légal de la retraite", sous la pression des jeunes générations qui ne se voient pas "payant la facture de tous les inactifs" ; et une reprise de la natalité, liée à un moindre engouement féminin pour le travail professionnel et l'imitation des hommes : "Maintenant que les femmes ont fait leurs preuves et pris confiance en elles, elles pourront prendre le temps de se consacrer à ce qui compte le plus à leurs yeux. Elles n'interdiront plus à leurs filles de jouer à la poupée ! Elles laisseront à leurs "mecs" le   bonheur un peu triste de gagner plus d'argent qu'elles". 

La famille à venir. Une réalité menacée mais nécessaire

par Denis Lensel et Jacques Lafond, Economica, 2000, 241 p, 98 F

 L'éditeur ne doit pas faire peur : le livre de D. Lensel et  J. Lafond n'a rien à voir avec un ouvrage d'économie, il se lit très facilement.

Il constitue un panorama complet des problèmes relatifs à la famille en France au début du troisième millénaire. La famille a résisté à des idéologies anti-familiales, aux offensives du communisme ; son cadre juridique a été profondément bouleversé ; la politique familiale à été largement transformée en politique sociale ; les naissances sont insuffisantes : et pourtant, la famille est de plus en plus source de dynamisme économique, vecteur de solidarité et facteur de protection pour les faibles, espace d'apprentissage et d'exercice d'une liberté responsable.

 Cette utilité ou nécessité de la famille justifie des propositions pour la traiter mieux, pour encourager davantage la fécondité, prendre mieux en compte le fait familial aussi bien dans nos municipalités que dans nos systèmes de retraites. Sans pour autant donner dans les idées à la  mode : la garde collective des enfants, par exemple, n'a pas à être privilégiée par rapport aux solutions plus "familiales".

 Le lecteur retrouvera dans cet ouvrage bien des analyses et des propositions de Familles de France et de son président, tous deux souvent cités, mais aussi des Associations Familiales Catholiques et de l'Association Pour la Promotion de la Famille. Une lecture utile, et agréable pour tous ceux auxquels une tournure d'esprit un peu conservatrice ne donne pas de boutons. 

 Le temps des derniers hommes 

par Roland HUREAUX *

Hachette-Littérature, novembre 2000, 298 pages, 140 F.

 Même si le nombre des hommes  vient d’atteindre le chiffre respectable de 6 milliards,     l’humanité a   changé de cap   : après une phase  d’“ explosion démographique ” , elle se dirige désormais    vers une  réduction  du nombre des  naissances  dont nul n’aperçoit pas à ce jour la fin.

Le terme d’explosion, dont on a usé et abusé, risque ainsi  de s’avérer exact dans sa littéralité : après la dilatation brutale , l’effondrement, voire la disparition . L’humanité pourrait , selon ce schéma, connaître le destin  de ces étoiles en fin de course qui , avant de disparaître , jettent une dernière lueur , plus fulgurante que jamais , sous la forme de ce que les astronomes appellent une supernova.

C’est dans la vieille Europe que le mouvement a commencé : depuis environ 25 ans la population a cessé de s’y renouveler  . Le déficit est d’environ un tiers de l’effectif à chaque génération. Même si la situation est un peu moins mauvaise en France , notre pays est également déficitaire .

Le fait nouveau est que , les uns après les autres , mais de manière inexorable : aujourd’hui l’Asie et l’Amérique latine , demain le Monde arabe , après-demain l’Afrique noire, les autres continents prennent le même chemin que l’Europe .

Que faire ? Là se situe l’enjeu  des politiques dites  familiales , qu’on pourrait aussi bien appeler politiques de l’enfance ou des naissances. .

La question importante  n’est  pas de déterminer  si “ les familles ” doivent recevoir plus ou moins d’allocations , si l’on doit construire un peu plus ou un peu moins de crèches ,  si prêcher en faveur d’une politique familiale , c’est être de droite ou de gauche , la question  essentielle  n’est rien moins que de savoir si,   à l’échelle historique , la modernité est compatible avec la vie .

Face  à cette question, qui intéresse toute l’humanité , l’Europe qui a montré la voie de l’attrition démographique est le laboratoire naturel  où les expériences en cours permettront de donner la réponse . Et parmi les pays européens, la France, qui , après être entrée dans la  transition  démographique un siècle avant les autres , a montré l’exemple il y a un peu plus de soixante  ans de  la politique familiale la plus achevée,   a   un rôle particulier à jouer .

La modernité est-elle compatible avec la vie ? La réponse  que propose l’auteur est claire : ou bien les politiques dites familiales ont un sens , c’est à dire qu’elles sont reconnues à la fois comme légitimes et efficaces , ou bien la réponse est non.

 * Roland Hureaux , ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud et de l’Ecole nationale d’administration , agrégé d’histoire ,  membre du comité de rédaction de Commentaire , a écrit P"our en finir avec la droite" (Gallimard , 1998)  et "Les Hauteurs béantes de l’Europe" (François-Xavier de Guibert,  1999) 

Oser être mère au foyer

par Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt

Albin Michel – Janvier 2001   89 F 

Politiquement incorrecte aujourd’hui, la femme au foyer se fait reprocher d’être idéologiquement : « non-libérée »,  économiquement : "une charge pour la société" (avec un seul salaire, la famille consomme moins), psychologiquement : "une mère abusive" puisque centrée sur son enfant. L’auteure, journaliste, ayant elle-même fait le choix de suspendre provisoirement son activité professionnelle, s’est penchée sur la situation controversée de ces femmes à contre-courant. Et ça fait du bien ! Penchez-vous sur ce sujet, Marie-Pascale, continuez, ce que vous dites fait un bien fou, car en analysant tout ce qui s’oppose au métier de parent à plein temps, vous en arrivez à la conclusion que le sujet réel est la politique de la famille dans sa globalité. L’enfant, considéré comme une chose à faire garder, n’est pas l’objet de la moindre attention dans le regard des « décideurs ». Quand des parents (des femmes essentiellement) décident, eux, de faire passer les enfants en premier, loin d’être ringards, ils posent une question essentielle à la société : celle de la vie quotidienne de l’enfant, de la naissance à l’adolescence et du temps et de la présence que leurs parents sont autorisés à leur donner.

L’image fausse véhiculée par les médias se voit tordre le cou : ces dames au foyer ne sont plus : indolentes, entretenues, courant mollement d’un rendez-vous chez le coiffeur à un rendez-vous chez l’esthéticienne en passant par une vente de charité, (image de la bobonne-type,  modèle Pétain à la vichyssoise), ce sont des femmes d’aujourd’hui, qui ont été élevées pour être des professionnelles à l’égal des hommes, qui ont exercé leur métier et comptent bien l’exercer encore, et qui, en attendant, gèrent en professionnelles des associations (de parents d’élèves par exemple) avec toute la compétence et l’extraordinaire vivacité que ces fonctions exigent désormais.

Un chapitre très révélateur se fait le miroir de toutes les horreurs, sous-entendus, et venimeuses insinuations qui sont faites pourtant sur leur compte dans toutes sortes de publications : journaux, revues, livres, enquêtes et autres examens sociologiques qui vont jusqu’à les traiter de « légumes » ou de « parasites » entre autres amabilités.

En face, il faudrait découvrir tous les services bénévoles que rendent ces femmes (et ces trop rares hommes) disponibles pour tous et sans qui, la vie serait en enfer pour les autres. Le regard porté sur leurs activités est intelligent, qui replace même les fort décriées tâches ménagères dans une perspective juste.

Il convient d’ajouter que l’un des mérites de ce livre, et non des moindres, est de vouloir attirer le regard des féministes, dont le combat est salué et même encouragé pour qu’elles aillent plus loin encore, afin que les femmes n’aient plus cette seule perspective, exclusivement réservée à leur sexe : se sacrifier ou sacrifier les enfants.

 Note de lecture – Béatrice Stella

Tartuffe aux affaires : génération morale et horreur politique : 1980 - 2000

par Pierre-Patrick KALTHENBACH

Partant du constat que le fossé entre les citoyens et les politiques ne cesse de se creuser, que les deux tiers des Français estiment que les élus et les dirigeants actuels manquent à la morale publique, et qu’en conséquence l’abstention massive aux élections est tout à fait logique, l’auteur décortique sous nos yeux atterrés les mécanismes et la poursuite des intérêts personnels qui ont présidé à l’horreur politique dans laquelle la France baigne depuis plus de vingt ans.

 La génération gâtée qui fit mai 68 s’est installée au pouvoir comme on s’installe dans un nouveau bureau, en regardant d’abord la qualité de la machine à café et en comptant le nombre de jours de congés supplémentaires que l’on pourra gratter. En guise de programme politique, elle a prétendue être la « génération morale », ce qui ne manque pas de sel, quand on constate le nombre d’affaires de plus en plus louches dans lesquelles ces messieurs-dames et leurs amis ont trempé, remplissant souvent leurs poches au passage.

 Une des grandes armes utilisées pour faire illusion et parvenir à faire passer cette pilule indigeste aura été la maîtrise du monde médiatique. Dans ce secteur, les entrées sont filtrées pour rester entre soi et pouvoir dire au spectateur béat l’alpha et l’oméga dans tous les domaines. Et cela s’est fait sans difficulté, car si la télé nous protège de l’enfermement, elle rend inapte au recul du temps et cela peut produire des individus sympathiques, émotifs, gentils, attentifs à la singularité des situations et des êtres, mais finalement passifs, chacun vivant intensément des sincérités successives qui ne portent pas à la préparation du lendemain. Les médias se souciant davantage de plaire que de produire des valeurs dérangeantes, quand bien même on affectionne la pose du provocateur en mal de choquer le bourgeois, les gens finissent par gober une morale indicative, qui ne souffre pas la contradiction et ils se mettent à penser et à parler comme les médias.

 La célébration du centenaire de la fameuse Loi de 1901 qui régit les associations, est l’occasion pour l’auteur de soulever, avec une impudeur qui tranche dans le discours actuel, le voile à peine opacifié des magouilles et arrangements en tous genres qui ont conduit aux scandale de la Mnef  par exemple. Et toutes les personnes citées ne sont pas des noms qui appartiennent déjà au passé et qu’on voudrait oublier, ce sont les mêmes qui aujourd’hui encore continuent de pontifier à la télé, en distribuant les bons et les mauvais points ! Génération morale, quand tu nous tiens !!!

 Que faire dans une conjoncture aussi sombre ? Pierre-Patrick Kaltenbach ne voit qu’une seule méthode : la transparence. Commençons par réclamer des comptes à nos élus, à nos responsables associatifs, en partant du cœur (la démocratie dans nos villes) pour exiger la même chose dans les sphères éloignées qui paraissent inaccessibles à notre action individuelle. Pour cela, il faudra avoir le courage d’exiger la transparence en tout et l’absence de liens et d’intérêts personnels entre les décideurs et leurs décisions. Et pour pouvoir coordonner ces actions individuelles, pourquoi ne pas profiter de l’extraordinaire liberté de dialogue que nous offre Internet, qui nous permettra de contourner « l’information unique »…

 Il faut dire que la démonstration est convaincante, d’autant qu’elle est étayée par de nombreux extraits d’articles, de livres, qui prouvent que l’auteur n’est pas le seul dans sa barque. Il donne envie d’aller regarder de plus près ce qui se trouve derrière ces multiples et intéressantes citations…

 Note de lecture – Béatrice Stella

 Violences urbaines ; des vérités que dérangent

par Lucienne Bui Trong - Ed. Bayard, 2000, 181 p. , 98 F.

 Que faire quand on s’est arrêté de travailler pendant 17 ans pour élever ses trois enfants ? Lucienne Bui Trong, ancienne élève de Normale Sup, philosophe, fait un choix qui décoiffe : à 43 ans, elle présente et réussit le concours d’inspecteur de police, puis de commissaire. Pourquoi ? « J’étais très curieuse de découvrir, de l’intérieur, une institution qui me semblait injustement décriée ».

 Quelques années après, début 1991, la voici nommée aux renseignements généraux (les RG) pour y monter une (toute petite) cellule consacrée aux violences urbaines. Son livre raconte les neuf années passées à monter ce service, à accumuler des données sur les quartiers sensibles, à les analyser, et à essayer de faire comprendre à ses supérieurs, aux autres branches de la police, aux cabinets ministériels et aux Ministres les leçons pratiques que l’on peut tirer de ses investigations. Madame Bui Trong a remporté plus de succès dans la première partie de sa mission que dans la seconde : ses rapports ont été régulièrement soit occultés, soit modifiés pour être rendus « politiquement corrects ». Chevènement fut le Ministre le plus ouvert à ses informations et analyses.

 Quelles sont ses découvertes ? D’abord, que le noyau dur de la violence urbaine est constitué d’un nombre d’individus assez restreint, généralement bien connus de la police. Ensuite, qu’il y a passage par étapes de la petite délinquance à l’attaque des représentants de l’autorité et de la société (conducteurs de transports en commun, médecins, pompiers, etc.) puis à l’émeute : une présence suffisante de la police et un fonctionnement correct des tribunaux dans les quartiers où le processus est encore peu avancé permettrait d’éviter la majorité des passages aux stades ultérieurs. Enfin, que de 1991 à 1999, le phénomène s’est fortement accentué.

 Vous voulez en savoir plus ? Lisez Lucienne Bui Trong (4 h environ), vous ne perdrez pas votre temps.

Note de lecture - Jacques BICHOT  

"sale prof !"    par Nicolas REVOL

Fixot  1999 - 225 p., 109 F

 Témoignage sur certains lycées de banlieue. Ce document poignant de vérité montre Nicolas Revol, enseignant qui croit à son métier, aux prises avec des élèves de LEP atteints de la maladie des banlieues : manque de bases, dissipation, insolence, mensonges et affabulation, violence, parents défaillants ou "largués", bandes, etc... Pour finir, il sera agressé par un de ses élèves et terminera l'année en arrêt médical.

L'analyse des responsabilités de l'administration, et notamment du proviseur n'est pas moins intéressante. Lors du procès de son agresseur, N. Revol a dit au tribunal : "j'ai porté plainte contre lui, mais j'aurais peut-être dû porter plainte contre l'administration et donc contre l'Etat. Ce n'est pas la première fois que j'ai des problèmes avec Mario. Le 10 octobre dernier, il m'a menacé physiquement et verbalement. J'ai fait un rapport à la direction de l'établissement. Mais il n'a pas été véritablement sanctionné. (...) [Dans ce LEP] un gamin peut traiter un prof de "con", de "connard" ou d' "enculé" en toute impunité." Le laxisme est, pour les établissements scolaires des banlieues chaudes, une véritable catastrophe.

Pour vous procurer ces livres par correspondance :commandez sur Amazon.com en passant par le site du Population & Avenir : une partie de la marge du libraire va à la fondation (www.population-demographie.org)

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