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Billet d'humeur contre un certain monde
virtuel
Le
rejet du mariage et la montée du divorce à partir des années soixante sont
directement liés aux conséquences de la "libération sexuelle" :
refus de l'engagement, perte du sens des responsabilités et du respect de
l'autre, relativisation d'une
relation au caractère autrefois sacré, devenue simple démarche administrative
aujourd'hui, statut parmi d’autres, puisqu’aux côtés du mariage existent
aujourd’hui légalement le concubinage et le PACS.
Il n'aura fallu que deux générations pour reléguer aux oubliettes le
modèle traditionnel du couple marié. "Le divorce n'est plus une maladie
honteuse. (...) L'amour n'a plus rien de légitime ou de conjugal. Au mot
"bonheur" étaient liés les mots "mariage",
"mari", "femme", jamais les mots "amants",
"maîtresse", bien rarement le mot "plaisir". Ce n'est pas
sur la couverture des hebdomadaires mensuels d'avant-guerre -même les plus
libertins- que l'on aurait pu lire : "20 trucs pour doper vos
orgasmes", "L'ex- (femme) et la nouvelle parlent du même homme",
"Supplément sexualité : retrouvez l'animal qui est en vous"...[1].
Enfin, la presse hebdomadaire fourmille d’enquêtes sur le succès de l’adultère féminin, « qui bénéficie aujourd’hui d’une relative mansuétude », nouvelle conquête de l’égalité des sexes : « l’adultère féminin passe aujourd’hui pour une légitime figure de style, avatar coquin de la parité conquise…un impératif de bien-être, au même titre que les filtre anti-UV et la demi-heure d’exercice quotidien [2]». Que les candidates à la liberté se rassurent : voudraient-elles divorcer, « seul compte pour les magistrats le fait qu’elles aient été bonnes mères, ou non. Qu’elles soient fidèles ou pas les préoccupe peu », selon Michèle Cahen , avocate spécialisée.
De
la libération sexuelle à la pornographie banalisée
En matière de mœurs, banalisation et surenchère vont de pair. La
simple scène de lit dans un film est désormais synonyme de « ringardise ».
La famille recomposée, les parents homosexuels sont à l’ordre du jour. Les
stars sont appelées à la rescousse, comme Amélie Mauresmo
, joueuse
de tennis de 19 ans ayant décidé d’afficher ouvertement sa liaison avec une
autre femme. Qualifiée de « phénomène », celle que l’on disait
pratiquer un tennis « révolutionnaire » a depuis lors replongé
dans les profondeurs du classement.[3]
En
vingt ans, on est passé de la « Cage aux folles » des années 70,
caricaturale et drôle, au prosélytisme sordide le plus actif. Ainsi le supplément
télévision du journal Le Monde s’est-il fait un devoir de signaler à ses
lecteurs la diffusion sur Canal Plus d’une série britannique qualifiée selon
l’auteur du script « d’hymne à la liberté, à la quête du
plaisir…le réalisme dérange mais, n’en déplaise aux puritains, c’est
ainsi qu’on fait l’amour entre hommes ». Là où le bât blesse,
c’est qu’un adolescent de 15 ans fait partie des trois héros « homosexuels
qui s’éclatent sans retenue » de cette série oscillant entre
voyeurisme et racolage.[4]
Pas question pourtant de s’en offusquer : l’âge légal des relations
homosexuelles consentantes est justement fixé à 15 ans, en France depuis
le 4 août 1982 !
Le
même journal célèbre sous le titre « Une femme d’aujourd’hui
(!), au-delà des tabous et de la transgression », la sortie du film
de Catherine Breillat
, Romance,
avec une star masculine du porno et des scènes sado-masochistes en guise
d’arguments marketing et médiatique. Tant d’audace ne pouvait que plaire à
la critique, pour qui « l’interdit légal, la saleté commerciale du
porno deviennent les éléments légitimes d’une création ».[5]
La
création : les amateurs de films pornographiques se réfugient depuis des
années derrière ce vocable éreinté, pas le moins du monde génés par
l’incohérence de leur démarche. « A la moindre remise en question,
les troupes hurlent au retour à l’ordre moral, à l’atteinte intolérable
aux libertés du corps et de l’expression, alors que la violence de ces films
aliène l’une et muselle l’autre » [6].
Et
Catherine Breillat, encore elle, de prendre ainsi la tête des pétitionnaires
hurlant au retour à la censure, à l’occasion du classement « X »
du film de Virginie Despentes
, « Baise-moi »,
par le Conseil d’Etat, au motif que ce film est « composé pour
l’essentiel d’une succession de scènes de grande violence et de scènes de
sexe non simulées ».
Symbole
d’une génération perdue, la réalisatrice mise en cause répond par
l’amalgame : « Le Conseil d’Etat a pris cette décision suite
à un recours déposé par une association d’extrême-droite, en même temps
qu’il a annulé la circulaire sur la pilule du lendemain. Je trouve ces deux
actes spécialement violents »[7].
On peut s’interroger à juste titre sur la conception très personnelle
de la violence d’une apprentie cinéaste dont le mode de vie transparaît au détour
d’un interview dans les termes suivants :
-
Journaliste : « vous avez le plaisir d’écrire, de filmer… »
-
V. Despentes « Oui, mais ce ne sont pas des plaisirs immédiats comme
la drogue et la baise. J’aime bien la drogue aussi, la musique. Cà donne du
plaisir tout de suite »[8].
Les
défenseurs du film auront beau mettre en avant la question du dépôt du
recours par une association d’extrême-droite, les médias et la critique se
refuseront à reconnaître une quelconque valeur à une œuvre racoleuse et
ravageuse.
Peu
suspect de conservatisme, Le Nouvel Observateur qualifie le film de « répugnant »,
précisant que « le fait que le Conseil d’Etat ait été en
l’espèce saisi par une association mégrétiste, ce qu’on souligne en
roulant les yeux, ne change rien à l’affaire ». Laurent Joffrin éxécute
en quelques mots la réalisatrice elle-même : « Virginie
Despentes représente une sorte de fascisme à derrière humain », dénonçant
le problème posé a la démocratie par la prolifération des films
ultraviolents[9].
Cette
prise de conscience bien tardive est révélatrice de la paralysie de l’Etat
et des intellectuels, face à l’argument qui tue : reconnaître les excès
du cinéma et de la télévision, c’est ouvrir la voie à la censure [10].
La
pornographie ne manque pourtant pas de soutiens célèbres, comme le très médiatique
et populaire Jack Lang, aujourd’hui à nouveau ministre de l’Education
nationale. En tant qu'ex-ministre de l'éducation
Nationale (et de la culture),
Jack
Lang participait à l'émission "Mon oeil" sur Europe n°1
le 11 octobre 1999. Dressons l’oreille :
-
Europe n°1 : "Il parait que les gens du C.S.A. s'opposent à la
diffusion de films pornographiques, en tout cas sur une autre chaîne que Canal
Plus"
-
Jack Lang :
"C'est bizarre, ces personnes-là
ne s'intéressent jamais à de vrais sujets. Ils ont combattu la chaîne éducative,
ils ont combattu la chaîne musicale, ils se sont très peu battus pour que les
émissions culturelles à la télévision soient présentes. Ils veillent fort
peu au pluralisme à la télévision, mais ils s'intéressent à des petites
histoires comme ça qui n'ont pas beaucoup d'intérêt. Moi j'aimerais un érotisme
un peu plus vif, un peu plus ardent. Voila ce que le C.S.A. devrait dire. Ils ne
font pas leur boulot. Pourquoi est-ce qu'ils embêtent M6 avec ça ? Nous sommes
au pays de Rabelais, il faut que toutes les formes de vie soient présentes à
certaines heures."
-
Europe n°1 : "Vous êtes un spectateur de Canal Plus le premier
samedi du mois aux alentours de minuit ?"
-
Jack
Lang : "Généralement, il y a d'assez bons films
pornos. C'est un genre qu'on a tort de décrier et de mépriser. Moi, j'ai un
petit regret. J'aurais dû supprimer dans la législation française la catégorie
X qui pénalise fiscalement ce genre de films. Parce qu'il n'y a pas de raison
de les écraser, de les étouffer, au contraire il faudrait qu'il y ait une
production originale de films érotiques. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi
on est à ce point cul serré et pisse vinaigre."
En
France, la dépénalisation de certaines pratiques considérées jusque-là
comme déviantes, telle la zoophilie, a réduit les derniers interdits à
l’inceste et à la pédophilie, reléguant « Emmanuelle » et
« Histoire d’O » au rang de bluettes pour adolescentes.
Lorsque
la publicité s’en mêle
Et
les publicitaires de se féliciter de la fin des tabous : « aujourd’hui,
c’est politiquement correct de dire que toutes les sexualités sont
acceptables. Les marques peuvent faire la preuve de leur largesse d’esprit
auprès des jeunes », se réjouit une directrice d’Ipsos, tandis
qu’un chef de groupe chez BDDP se félicite : « la marque a pris
le risque de sortir le spot, parce qu’elle doit rajeunir son image ».[11]
Puisqu’on vous dit que les clients en redemandent !
L’intérêt
affiché de certaines marques vis-à-vis des milieux homosexuels se limite néanmoins
au marketing, pas à l’engagement. A l’heure du Pacs, comment ignorer une
communauté de 2,5 millions de personnes au moins[12],
au fort pouvoir d’achat et qui aime autant sortir et dépenser ? Les
« double income, no kids » (double revenu, pas d’enfants)
constituent depuis longtemps aux Etats-Unis une catégorie de population courtisée
par les marques. En France, les spots télé d’Ikéa, Philips, Edam ou Renault
reprennent le message « gay friendly », se défendant toutefois de
tout engagement, jusqu’à refuser de commenter leur choix, comme Minute Maid
ou Edam[13].
Plus ambigu encore, le slogan de la MAIF : « Couples hétéro
sexuels, la MAIF vous assure aussi » ( !). Si la banalisation du
phénomène gay par les marques paraît se limiter à la reconnaissance d’un
pouvoir d’achat, la télévision fait néanmoins la part belle à la communauté
homosexuelle. En 2000, plus de 550 émissions et 1500 diffusions ont évoqué de
près ou de loin l’univers homosexuel., Canal+ et Arte se détachant du lot
avec deux fois plus d’émissions sur ce thème, les homos y occupant des
postes de direction[14].
Mais
la provocation offre aussi une notoriété facile et c’est à ce titre que
Dior a choisi d’exploiter le vieux fantasme de l’homosexualité féminine,
les affiches de sa campagne 2000 dévoilant le spectacle de deux splendides créatures
tendrement enlacées. Pas question ce viser la communauté gay, mais uniquement
de faire parler de soi, dans une logique de surenchère commerciale très
« tendance ».
Les
publicités ouvertements sado-masochistes, zoophiles (Ungaro) ou bisexuelles se
multiplient. Selon le magazine Culture Pub, « aujourd’hui le corps nu
a perdu tout intérêt (…) il y a d’autres tabous à briser. Ces verrous,
qui sautent un à un, transgressent les derniers interdits, des produits de luxe
à la grande consommation, dans un contexte porteur »[15].
L’explosion
du porno-business
Mauvais
genre, le porno ? L’offre de X n’a jamais été aussi abondante et variée
qu’aujourd’hui. Avec 250 millions de francs de cassettes classées X vendues
en 1998, dont un tiers de films « amateurs », commercialisés depuis
1985, ce secteur explose, faisant le bonheur de Canal Plus ou de chaînes spécialisées.[16]
Il est vrai que selon le magazine Capital qui s’est penché sur la question,
en termes économiques, « le public raffole de ces nouveaux produits où
personne ne triche …chacun a l’impression de voir son voisin et trouve
cela excitant ( !)»…
D’après
l’enquête de Capital, alors qu’en 1985 Canal Plus était la seule chaîne
à oser le porno à raison d’un film mensuel, près de 90 films classés X
sont aujourd’hui diffusés chaque mois, grâce au câble et au satellite.
La
chaîne 100% érotique et pornographique XXL ( !) est devenue la locomotive
du bouquet satellite proposé par AB productions. Avec 320.000 abonnés, elle génère
plus de 200 millions de recettes par an.
Minitel
rose et messageries roses générent pour leur part un chiffre d’affaires de
3,5 milliards de francs par an, soit 40% des connections, et des profits de
plusieurs centaines de millions de francs pour les propriétaires de services
3615 aux noms évocateurs : Ulla (35 millions de profits par an), Cum,
Aline…[17]
Porno
et Internet : un mariage juteux
Rien
d’étonnant à ce que les majors du sexe en ligne se soient engouffrés dans
cet espace de liberté sans frontières qu’est l’internet. Avec un chiffre
d’affaires de 6 milliards de francs en 1998, les 40.000 sites pour adultes représentent
désormais plus de la moitié des demandes sur les moteurs de recherche[18].
L’internet
a en effet levé les plus gros obstacles à la vente de la pornographie et des
services à caractère sexuel : la honte et l’ignorance[19].
Sur Internet, le sexe est partout : en 1998, 69% des dépenses en ligne, soit 1 milliard de dollars, étaient liées aux sites pornographiques. Selon l’institut Datamonitor, les sites pour adultes généreront en 2003 la modique somme de 3 milliards de dollars rien que pour les Etats-Unis[20]. Sous l’effet de la dépénalisation de certaines déviances sexuelles, la « demande » dans ce domaine, et l’offre de sites « spécialisés » sur le réseau ont fait un bond, les mafias des pays de l’Est ayant par exemple massivement investi dans cette nouvelle poule aux œufs d’or, tout comme certains groupes scandinaves ou néerlandais.
Et
malgré la loi, rien n’empêche les mineurs d’accéder aux sites
pornographiques. En France,
la diffusion de documents pornographiques auprès de mineurs est pourtant
interdite (Code pénal, a. 227-24). Cette loi reste à ce jour inappliquée, car
d’application difficile s’agissant d’internet. Et aucune jurisprudence
relative à Internet n’existe quant au problème spécifique de l’accès des
mineurs aux sites pornographiques.
La
plupart des sites demandent au visiteur de certifier d’un simple « clic »
(invérifiable) qu’il est majeur, ou qu’il a pris connaissance d’un
message d’avertissement. D’autres, très nombreux, proposent sans précaution
aucune l’ensemble de leur « production » dès la page d’accueil.
Plus hypocrites, certains sites sado-masochistes ou zoophiles certifient que les
images ont bien été prises dans les pays où la législation le permet, ou que
les sujets sont mineurs (invérifiable)…
Tout
est bon pour attirer l’internaute, au besoin contre son gré. Il suffit pour
les éditeurs des sites de soigner leur référencement grâce à l’abus des
meta-names, ces mots-clés qui apparaissent dans le code-source de la page sans
être affichés et que les moteurs de recherche utilisent pour indexer les
pages. Il suffit que ce mot-clé soit très recherché, même s’il n’a
strictement rien à voir avec le contenu du site. Voilà comment un enfant qui
taperait « zoo » ou « animal » sur son moteur de recherche favori risque
fort d’accéder à une liste de sites zoophiles. Il est donc aujourd’hui
possible à un mineur, par le biais d’une recherche sur la base de mots-clés
anodins, de tomber sur l’un de ces millions de sites pornographiques… qui
n’hésitent pas pour attirer le client à afficher une sélection de leurs
« meilleures » photographies dès la page d’accueil !
Rien
d’étonnant à ce que les parents s’inquiètent et le fassent savoir. 62 %
d'entre eux se déclarent «préoccupés» par l'usage que leurs enfants font ou
pourraient faire du réseau. Et, logiquement, les parents se disent,
majoritairement (74 %), «attentifs» aux sites consultés par leur progéniture.
Interrogés par Ipsos pour Libération et Powow.net, les parents témoignent
d'un certain désarroi, une moitié d'entre eux (49 %) allant jusqu'à souhaiter
l'intervention de l'Etat dans le contrôle des sites pour enfants. Les parents
craignent surtout les sites pornographiques (à 77 %) et de propagande idéologique
(46 %). Il existe pourtant des écueils bien plus redoutables sur le réseau.
Par exemple, un enfant qui laisse ses coordonnées e-mail sur un forum de
discussion ou sur un « chat » et se retrouve embringué dans des
affaires douteuses [21]. »
Une
véritable « culture du viol »
La
multiplication des sites sado-masochistes ou échangistes sur Internet laisse
par ailleurs clairement entrevoir un danger nouveau, bien au-delà du caractère
déviant de pratiques en voie de banalisation, produit d’une surenchère
commerciale entre majors du sexe.
La
plupart des matériels pornographiques, vidéos X ou sites internet, présentent
désormais aux spectateurs l’image d’une femme considérée le plus souvent
comme un vulgaire objet sexuel toujours consentant,
affamée de plaisirs toujours plus extrêmes, entretenant chez les
consommateurs de pornographie virtuelle le sentiment d’une légitimité de la
violence sexuelle, facilitant ainsi le passage à l’acte. Selon un spécialiste
de ces questions « le plus dangereux, c’est que ces films nous
laissent comprendre que la femme trouve un réel plaisir à être soumise et
humiliée »[22].
L’assimilation du plaisir de l’homme à la souffrance de la femme est
porteuse d’une pathologie criminogène qui inquiète aujourd’hui
psychiatres, criminologues et médias.
La
presse commence timidement à aborder le sujet tabou du lien entre la
consommation de pornographie et la délinquance sexuelle, à la faveur
d’affaires au retentissement exceptionnel de par leur gravité et l’émoi
qu’elles ont suscité dans l’opinion, comme le meurtre de quatre jeunes
filles par les frères Jourdain en 1997.
Ségolaine
Royal, ministre déléguée à la Famille et à l’Enfance, se réjouit de « constater
qu’un tabou est enfin levé (…) Derrière l’industrie pornographique, il y
a en effet une forme d’esclavage, il y a parfois de la criminalité, il y a la
dégradation des femmes. Je pense que les jeunes qui sont confrontés à ces
images restent marqués »[23].
A
l’opposé, que penser des propos de Marie-Noëlle Lienemann
, maire
d’Athis-Mons et vice-présidente du Parlement européen, déclarant dans la
presse à propos du classement « X » du film de Virginie Despentes :
« cette censure tardive, je la trouve inacceptable. Le film était déjà
classé « moins de 16 ans ». C’était donc un film pour
adultes »[24] ?.
Nous
lui objecterons d’abord qu’en fait de censure, il ne s’agissait que de la
stricte application de la loi par le Conseil d’Etat, dont elle remet en cause
l’autorité en disqualifiant publiquement sa décision.
Et
qu’il est irresponsable de considérer qu’un adolescent de 16 ans et demi
est doté de l’expérience, du discernement et du libre-arbitre d’un adulte,
en mesure d’être confronté sans précautions à la violence la plus extrême,
s’agissant de pornographie et d’une apologie de la force à la limite du
fascisme. La même élue, quelques lignes plus haut, se déclarait en revanche
« terrifiée » par les pitbulls, « un vrai fléau »
réclamant la plus stricte application de la loi…
Lorsque
les plus jeunes imitent leurs aînés : des chiffres accablants
Les
effets ravageurs de la pornographie sur les jeunes sont connus. Selon le
journaliste Laurent Guyenot, auteur d’une remarquable enquête : "...on
doit s'inquiéter de ce que donnera, dans vingt ou trente ans, la génération
masculine qui traverse la puberté et l'adolescence dans l'environnement
culturel actuel, et qui fait son éducation sexuelle au contact de la
pornographie qui racole actuellement sous leurs yeux, avec la bénédiction
tacite de quasiment l'ensemble du monde adulte...il faut peut être s'attendre
à ce qu'une proportion importante de cette génération bascule plus tard dans
la déchéance morale, la psychose et le délit sexuel".[25]
La
consommation de produits X par un public de plus en plus jeune stimulé
au voyeurisme,
n’est
certainement pas étrangère à l’augmentation de la part des moins de 18 ans
dans les chiffres de la délinquance sexuelle. Les faits sont là : près
de 20 % des viols et agressions sexuelles ont été commis par des mineurs en
1998.[26]
Cette même année, 314 garçons de moins de 18 ans, dont 33 de moins de 13 ans,
ont été condamnés pour viols sur mineurs, soit quatre fois plus qu’en 1987.
Selon une enquête de l’Inserm, 1% des filles de 12-19 ans déclarent avoir été
violées, et 4% avoir été l’objet de violences sexuelles. Une autre étude réalisée
dans l’enseignement général en 1994 révèle que 13% des filles de 13-17 ans
non vierges ont subi un rapport sexuel forcé ; ce pourcentage s’élève
à 31% dans l’enseignement technique.[27]
L’amateur
de pornographie vit en solitaire une réalité virtuelle dangereuse, génératrice
de violences et de frustrations, qui peut dans certains cas conduire au crime.
L’accès à ce monde virtuel est aujourd’hui banalisé, exploré dès
l’enfance par un nombre croissant d’individus, grâce aux jeux vidéos réunissant
le meilleur et le pire. Or, selon le docteur Bouchard, psychologue et
criminologue au sein de l’Unité pour malades difficiles de Cadillac, « toutes
les études conduites sur les grandes prédateurs sexuels montrent que c’est
à l’adolescence qu’ils sont devenus dangereux, quand ils ont établi un
lien entre violence et jouissance sexuelle. »[28]
Selon
le chercheur Hughes Lagrange, « la violence masculine est une réponse
à une frustration et un ressentiment qui ne peuvent se dire » Les
filles des cités subissent sans cesse les injures machistes, et, pour
certaines, des agressions physiques. Des ados vont jusqu’à abuser, en bande,
de la copine de l’un d’entre eux, le plus souvent tombée dans un piège
sordide. Au-delà des banlieues, « cette violence des garçons sur les
filles existe partout, dans toutes les couches sociales, soutient le sociologue
Michel Fize ».[29]
Et le journaliste de s’interroger : « n’a-t-on pas créé
aussi les conditions de leur trouble : le déversement d’images érotiques
sur les murs et pornographiques sur les écrans de télévision, l’immersion
toujours plus précoce des enfants dans le monde adulte », sans
oublier l’influence d’une musique rap ultrasexiste qui distille
insidieusement l’image d’une femme objet, prête à consommer avant d’être
jetée.
Une
fois encore, le pire des visages de l’Amérique se retrouve dans
l’inconscient des jeunes de nos cités, imprégnés de la culture du gang et
de la violence gratuite, notamment à l’égard des femmes, concepts véhiculés
par une musique rap elle même souvent produite par des groupes liés au trafic
de drogue. Là-bas, le viol collectif appelé « le train » constitue
le rituel de passage à l’âge adulte ; Seul compte chez ces jeunes
l’acte sexuel : leur mépris des filles est total. « Dans leur
esprit », raconte un ancien, « ce n’était pas du viol. C’était
comme un phénomène social, entre copains, ni plus ni moins important que de
fumer un joint ensemble ».[30]
Un
monde virtuel
Il
est aujourd’hui facile pour un adolescent de se procurer sur Internet des
mangas (bandes dessinées japonaises) pornographiques, ou tout autre matériel
de même nature, développant la tentation du passage à l’acte. Plus grave
est l’accoutumance à celui-ci à travers les jeux vidéos, dès lors que bon
nombre d’entre eux s’affranchissent de tout code moral, encourageant au
contraire la violence la plus sordide, dans le cadre d’une surenchère
commerciale qui semble avoir atteint ses limites.
Longtemps
escamoté, le débat sur l’impact des jeux vidéos ultraviolents sur les
enfants a été ouvert avec succès par l’association Familles de France, à
la faveur d’une série d’affaires dramatiques, comme la tuerie de Littleton
aux Etats-Unis.
L’enquête
a permis d’établir que l’un des deux adolescents auteurs du massacre de 12
élèves au pistolet-mitrailleur préférait l’ordinateur, le jeu sanglant
Doom, une boucherie qu’il répétait des nuits durant, dans le sanctuaire de
sa chambre[31].
L’Amérique découvre à cette occasion l’influence néfaste d’Hollywood,
dans la ligne de mire pour son esthétique de la violence (Tueurs nés) mais
aussi pour les jeux vidéos ultra-violents (Doom, Quake, Duke Nukem…), dont
Harris et Klebold
(les
assassins de Littleton) étaient des fans avides[32].
Là
encore, la loi du marché est la plus forte. Le chiffre d’affaires de
l’industrie du jeu vidéo était estimé à 20 milliards de dollars en 1999,
hors consoles et périphériques. La même année, il s’est vendu 51,5
millions de consoles en Europe[33].
Que
dire lorsque les créatures virtuelles évoluent dans un monde parallèlent au nôtre,
où l’on peut s’affranchir des règles physiques et morales qui le caractérisent ?
Rappelons que certains jeux les méprisent déjà. On vous invite par exemple
dans « Carmaggedon » à écraser les vieilles dames qui traversent,
en ayant soin, précise la notice « d’attendre pour les écrabouiller,
qu’elles se retournent et puissent mesurer l’horreur du sort qui les attend ».[34]
Mieux
encore, les champions du web et les géants du jeu vidéo s’allient pour
lancer des portails ou l’internaute trouve aventures, communautés de
partenaires bien réels, mais aussi services et produits. Pourquoi sortir de
chez soi ? La pulpeuse Lara Croft, héroïne du jeu vedette « Tomb
raider », est tellement plus jolie que la voisine de palier !
Voilà
qui ne va pas faciliter la tâche des parents, dès lors qu’un rapport
parlementaire jugeait déjà excessive dès 1994 la part accordée à la
violence dans les programmes télévisés, situation d’autant plus inquiétante
que la télévision sert de « baby-sitter » en l’absence des
parents (40 % des enfants rentrent « la clé autour du cou » et se
retrouvent donc seuls à la maison après l’école[35].
Une fois encore se trouve posé le problème de la responsabilité des parents,
face à une situation qu’il est trop facile de qualifier d’inéluctable.
La
morale de cette histoire : les décisions du Conseil d’Etat concernant
tant le film « Baise-moi » que la pilule du lendemain ne font que
renvoyer les politiques à leurs (ir)responsabilités. Avec une nuance de taille :
s’il est fondamental que « des juges, nommés, renvoient au pouvoir
politique, élu, le soin d’adapter la législation aux évolutions de la société »[36]
encore faut-il que leur action repose sur un sens retrouvé de la responsabilité. (Extrait
de « Crise de la responsabilité et faillite sociale, notes de lecture
politiques » ( Christophe HUMANN, 2001) REPRODUCTION INTERDITE
[1] Pour en finir avec Vichy, Henri Amouroux , LAFFONT 1997 [2] Le Point du 30 avril 1999 [3] France-Soir du 29 janvier 1999 [4] Le Monde, 20 juin 1999 [5] Le Monde, 15 avril 1999 [6] « Quand le porno viole les femmes », l’Express du 25.01.2001 [7] Le Monde du 4 juillet 2000 [8] Interview paru dans Marie-France de juin 2000 [9] Le Nouvel Observateur du 13 juillet 2000
[10]
id, op. cit. [11] Stratégies, 20 juillet 1999 [12] Sur la base de 5% de la population adulte en France [13] Culture Pub, janvier 2001 [14] « Les gays à la mode télé », Le Point du 26 janvier 2001 [15] Culture Pub, novembre 2000 [16] Le Nouvel Economiste, 12 mars 1999 [17] Capital, août 99, « l’industrie du sexe » [18] Le Point du 24 septembre 1999
[19]
The Economist,
« The sex business »
14 février 1998 [20] Selon l’enquête de la revue Yahoo / Internet Life de juillet 2000 [21] Libération du 17 novembre 2000 [22] « Le scandale de la nouvelle pornographie », Le Point du 19.01.2001 [23] Le Point, op. cit. [24] Le Parisien du 2 juillet 2000 [25] "Le livre noir de l'industrie rose", Editions IMAGO, 2000 [26] Chiffres du Ministère de l’Intérieur, cités par Le Point du 19.01.2001 [27] Chiffres cités par le Nouvel Observateur du 25 janvier 2001 [28] Le Point du 19.01.2001, op.cit. [29] Le Nouvel Observateur du 25.01.2001, op.cit. [30] Edward Behr, « Une Amérique qui fait peur », PLON Pocket 1995. [31] L’Express du 29 avril 1999 [32] Libération du 10 mai 1999
[33]
L’Expansion,
« War Games », juillet 2000 [34] Le Figaro du 16.01.2001 « En attendant le monde parallèle » [35] « Enfant et télévision », rapport d’information de l’Assemblée nationale, déposé le 12 octobre 1994
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