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Europe, démographie et retraites les ados d'aujourd'hui par ceux qui les connaissent Les natalistes et l'immigration

le voile de la République

les blessés de la route familiale

La baleine et l'enfant

Entreprise et maternité    

 

 

Les adolescents d'aujourd'hui, par ceux qui les connaissent

par Béatrice Stella

novembre 2005

 En dehors des adultes qui professionnellement sont en contact avec les ados d'aujourd'hui, et des parents d'ados, la société ignore parfaitement la nouvelle donne et raisonne sur des schémas dépassés. Les adolescents d'aujourd'hui sont très différents de la génération qui les précède (celle de leurs parents), et aussi très différents de celle de leurs "grands-frères" qu'on a appelé la bof-génération et qui a aujourd'hui près de trente ans.

 C'est une génération très sociable : la communication avec les copains n'a jamais été aussi facile. Il y a bien sûr les téléphones portables, les messageries instantanées sur Internet mais aussi tout le temps passé entre eux. Combien de temps passent les adolescents avec leur famille ? de moins en moins. Ils vont et viennent très librement, que les parents le veuillent ou non. Essayez de retenir chez lui contre son gré un enfant de 15 ans, c'est presque mission impossible, à moins d'en venir aux mains – solution dont le parent n'est pas sûr de sortir gagnant ! La légitimité invoquée, c'est que si les copains se retrouvent à tel ou tel rendez-vous, il n'est pas question que je n'en sois pas ! Ils sont passionnés par leurs copains, par leur génération, leurs systèmes de valeurs, leurs codes de conduite, leurs codes vestimentaires, les objets emblématiques qu'il faut posséder d'une manière ou d'une autre etc… Cette façon d'être n'était qu'en surface pour les générations précédentes, aujourd'hui elle prend toute son ampleur et son importance grâce aux moyens de communications faciles et au temps passé ensemble. L'enfant isolé n'existe plus, il doit faire un effort surhumain, mais il lui faut s'intégrer coûte que coûte. On l'a bien vu avec l'ostracisme constaté dans les cours de récréation des collèges vis-à-vis de ceux qui ne portent pas la panoplie obligatoire eastpak + nike.

 Cette façon de fonctionner n'est pas l'apanage des cités. Elle existe partout, même dans les collèges huppés. Les cités offrent simplement une particularité qui donne une ampleur supplémentaire au phénomène : tous les copains habitent dans un rayon de quelques centaines de mètres. Encore plus facile donc, de se voir en permanence… et qu'est-ce qu'on pourrait bien faire ce soir ensemble ?

 C'est là que réside la grande nouveauté de l'adolescence d'aujourd'hui, mais elle se combine avec un autre facteur qui existe déjà depuis une  bonne quinzaine d'années : l'affaiblissement de l'autorité et des hiérarchies.  Le rapprochement opéré entre les générations par les suites du séisme soixante-huitard atteint un paroxysme. Les parents n'ont plus la possibilité d'imposer une distance avec leurs enfants, distance nécessaire pourtant à l'acceptation de l'autorité. D’après l’ensemble de la société, le bon parent se doit de communiquer avec son enfant, et l'enfant comprend : le bon parent doit accepter la contradiction, la négociation et la voix au chapitre qu'il revendique en permanence, pour tout ce qui se passe à la maison, que ça le concerne directement ou non d'ailleurs ! Tout parent, même le plus appliqué, le plus impliqué dans sa mission parentale, est démuni en face de cela. Il est disqualifié systématiquement lorsqu'il n'est pas politiquement correct ; une sorte d'éducation-modèle est promue par la société : est bon parent celui qui n'impose pas à ses enfants trop de choses, tout en offrant un cadre rassurant pour son épanouissement, qui s'intéresse aux résultats scolaires, mais sans leur donner trop d'importance etc… Ainsi, il est vu comme admissible qu'un parent interdise les sorties la veille des contrôles scolaires, mais un parent qui prive son adolescent d'une fête pour mauvais résultats scolaires ou pour insolence caractérisée est considéré comme une version moderne de Folcoche. En clair, les parents n'ont plus la possibilité d'imposer leur vision personnelle de l'éducation. Tout leur mode de vie, toutes leurs décisions, sont scannés par le politiquement correct. On lui demande de "se remettre en cause"… Lorsque le parent insiste malgré tout, la conséquence se voit au niveau de l'enfant qui se transforme en écorché vif, victime d'une injustice insupportable et là, la réaction de colère prend toutes les formes, même les plus extrêmes. Bien sûr, puisque la société le conforte et l'encourage dans ses révoltes…*

Après avoir recherché dans les problèmes de chômage, d'urbanisation pathogène, on pointe maintenant du doigt, une fois de plus les parents. Ça devient fatigant, car cette société qui n'éduque pas des adolescents d'aujourd'hui parle de quelque-chose qu'elle ne connaît pas. Les adolescents ont changé, la société a transformé les conditions de l'autorité : que celui qui critique les parents vienne prendre leur place une semaine, qu'on le voit à l'œuvre !

 Comment être parent sereinement aujourd'hui ? Tout vous disqualifie, jusqu'à la menace de suppression des allocations familiales ! ainsi les parents sont tellement bien considérés qu'on estime que leur supprimer une centaine d'euros par mois va leur donner une douche froide qui va les pousser à faire des gros yeux  efficaces à leurs enfants. Quelle considération on leur porte ! Le montant pathétiquement ridicule de ces allocations familiales en est d'ailleurs la preuve. Et les menaces de les supprimer raisonnent comme une marque de mépris particulièrement insultante. 

L'adolescence est un période très dure à vivre, aujourd'hui, pour les parents ; ils ont besoin de soutien pour donner à leurs enfants les éléments nécessaires à leur future vie d'adulte. L'adolescence est une période très dure aussi pour l'enfant. Beaucoup de souffrances se vivent au sein des familles, il est temps que la société s'en aperçoive et propose son aide au lieu d'accuser sans savoir.

 * rouler à contre-sens ou brûler les feux-rouges en deux-roues, même pépé le fait ! Le cannabis ? oh c'est pas bien grave…

 

"Les natalistes et l'immigration"

par Béatrice Stella

 

article paru dans les Dernières nouvelles d'Alsace

 

La récente publication des prévisions démographiques de l'INSEE a inspiré à Béatrice Stella, présidente de l'Union des Familles en Europe (association familiale dirigée par de jeunes parents), ce point de vue ayant pour thème le néocolonialisme de nos sociétés modernes et vieillissantes.

Lorsque l'on s'intéresse à la démographie d'un pays riche comme la France, il y a un petit ensemble de mots qui devient odieux à de nombreuses oreilles : le déficit des naissances.
 Quand y a-t-il déficit des naissances ? Lorsque la fécondité est inférieure à 2,1 enfants par femme. C'est la moyenne nécessaire pour que, entre ceux qui ont un peu, beaucoup et pas d'enfant, on finisse par obtenir une stabilité du nombre d'habitants dans un pays, au fil des générations (en faisant abstraction des guerres, des épidémies ou autres événements qui déciment la population, et des étrangers qui migrent vers ce pays).
 Mais pourquoi donc veut-on obtenir une stabilité du nombre d'habitants dans un pays ? En réalité, beaucoup croient que si des courants d'opinion soutiennent cette vue qualifiée de nataliste, c'est par une sorte de nationalisme venu de ce constat : plus nous serons nombreux, plus nous aurons de poids politique dans le monde, ce qui est un but à atteindre car nous sommes les meilleurs !

L'accueil des jeunes des pays pauvres

 Ces idées ont peut-être été en vogue dans l'ère préindustrielle. Mais aujourd'hui, s'il y a des « natalistes raisonnables » - c'est-à-dire ceux qui se fixent cet objectif de 2,1 enfants par femme, sans chercher absolument à atteindre beaucoup plus, c'est qu'il y a un constat très naturel qui est fait : une génération naît, elle grandit, elle travaille, elle vieillit et ne peut plus travailler mais elle vit encore et a besoin de soins médicaux, d'un toit, d'aide pour les gestes quotidiens, et de quoi manger dans son assiette.
 Si ce chiffre moyen de 2,1 enfants par femme n'est pas atteint, que va-t-il se passer ? Il y aura beaucoup de personnes âgées à faire vivre et les générations plus jeunes seront trop peu nombreuses pour le faire. Au lieu d'avoir un jeune qui fait vivre un vieux, il faudra qu'un jeune fasse vivre deux vieux.
 Et non seulement il faut que les plus jeunes donnent de l'argent sur leurs salaires pour payer une retraite à ces vieilles personnes, mais en plus, il faut qu'ils soient médecins, maçons ou électriciens, cuisiniers ou agriculteurs pour fournir à ces vieilles personnes ce dont elles auront besoin pour vivre.
 Alors, il y a des gens qui disent : tout ça c'est vrai, mais ça n'a pas d'importance, car nous avons une solution très simple. Comme nous sommes un pays riche et qu'il y a des pays très pauvres qui ne demandent que ça : ouvrons-leur grandes les portes de notre pays et accueillons toute cette jeunesse pauvre qui ne sera que trop contente d'avoir un travail tellement mieux payé chez nous ! Ainsi, nous aurons résolu notre problème, et en plus nous aurons fait une bonne action !

Le colonialisme n'est pas mort

 Si mon ton est un peu simpliste, pardonnez-moi, c'est parce que ça me rappelle l'époque où nos pays riches pillaient parfois - pas toujours -, les pays pauvres, qui en fait étaient riches de matières premières parfois intéressantes, en disant que c'était par pure bonté d'âme. Après, on a fustigé ce discours (parfois excessivement) en disant : « Pouah ! Le colonialisme ».
 Eh bien ! Le colonialisme n'est pas mort, comme on peut le voir.
 Car ceux qui promeuvent la solution de l'immigration, pour résoudre notre problème de pays-sans-suffisamment-d'enfants, proposent en réalité ce scénario : le pays pauvre, qui se saigne aux quatre veines pour amener jusqu'à l'âge adulte ses enfants dans un état de santé et d'éducation aussi haut que possible, en comptant sur ces enfants pour remonter le niveau du pays, va voir les meilleurs de ses enfants happés par un appel d'air considérable venu des pays riches vieillissants, qui vont leur proposer monts et merveilles : un travail bien mieux rémunéré que dans leur pays.
 Comment y résisteraient-ils ? Vont-ils dire la main sur le coeur : non, je suis désolé, j'ai un pays à faire vivre et progresser, j'ai à faire vivre la génération de mes parents et de mes grands-parents qui sont trop âgés pour travailler, même si je reste plus pauvre que vous, je préfère remplir mon devoir et répondre aux espérances que ce pays a mis en moi en faisant de nombreux sacrifices ?
 Bien sûr ! C'est d'ailleurs ce que disent par exemple nos brillants chercheurs éduqués à coups de crédits de l'Education nationale lorsque les Etats-Unis leur proposent des postes rémunérés plus du double de ce que nous pouvons leur offrir ici en France !

Se sentir charitable...

 Et que va faire ce pays pauvre privé de sa jeunesse ? Il va s'enrichir et vivre dans la prospérité, améliorer son sort grâce aux incantations qu'il fera aux divinités locales. C'est formidable, on est content pour eux !
 L'important pour nous, c'est qu'on se sente charitable... et qu'on puisse accuser les méchants : ceux qui veulent 2,1 enfants par femme, parce que sûrement ces gens n'aiment pas les étrangers... alors que nous, on les aime tellement qu'on veut leur faire faire le boulot à notre place !

© Dernières Nouvelles D'alsace, Lundi 01 Mars 2004.
Tous droits de reproduction réservés

Le Voile de la République

Quand la république proclame qu’elle n’a pas besoin du voile islamique pour soumettre la femme

par Béatrice STELLA

A entendre les déclarations des uns et des autres, on pourrait croire que la paix civile est la fille de la laïcité. Que chacun professe sa foi, du moment qu’il le fasse dans le secret de son foyer…

Le problème, c’est que le voile islamique est le signe peu discret de la place que certains hommes assignent à la femme, sous couvert de dogme religieux : la femme est un être qui porte en soi la tentation de la chair et  qu’on voile pour être sûr de ne pas lui sauter dessus comme une bête sauvage à laquelle on ne voudrait pas être assimilé. La femme, cette pauvre créature, elle, ne peut s’empêcher d’aguicher tous les hommes par le seul fait qu’elle existe. Elle est incapable de maîtriser cela ! Et ce n’est pas la frénésie avec laquelle les jeunes filles d’aujourd’hui exposent à la vue de tous leur nombril, jusque dans les supermarchés, qui va les contredire…

En résumé, l’homme pour se maîtriser voile la femme, qui, elle, ne sait pas se maîtriser. Elle pourrait imaginer de voiler l’homme si elle n’était pas si bête… ce serait drôle… sauf que les hommes savent bien que ce n’est pas le physique de l’homme qui attirent les femmes, c’est la fascination qu’elles ressentent pour sa flamboyante intelligence (il n’y a qu’à voir la monotonie de l’uniforme vestimentaire qu’ils arborent tous… enfin presque tous, car dans les magazines on voit parfois des hommes qui pensent que miser sur son apparence veut dire se déguiser quasiment en femme).

Les féministes l’ont bien compris : il s’agit en réalité de définir qui est le maître de l’autre. Et elles ont décidé qu’à partir de maintenant, ce serait les femmes, pour changer.

 

Toutes ces élucubrations sont là pour nous égarer et nous ressentons tous ce qu’il y a de vain et d’antiproductif  dans ces discussions sans fin basées sur la jalousie, la petitesse, la convoitise.

 

Le réel problème, très concret, c’est que les femmes sont des êtres différents des hommes, point. Elles portent les bébés dans leur ventre et ont de la poitrine pour les nourrir. Mais pour le reste, elles sont comme les autres : elles réfléchissent, elles travaillent.

 

Pourtant l’organisation de nos républiques si bien-pensantes leur refuse cette reconnaissance. Elles n’ont pas besoin de voile islamique pour imposer la soumission de la femme : elles votent des lois iniques contre elles et se servent des arguments féministes pour dire qu’elle ne fait pas de différence entre les hommes et les femmes.

 

Ces lois, elles sont aussi parfaites pour les hommes que pour les femmes, à condition que les femmes aient la même vie que les hommes, c’est-à-dire ne portent pas d’enfants et ne les nourrissent pas. L’égalité de dignité que réclament les femmes passent par la nécessaire renonciation à ce qui fait leur différence.

 

Pour les autres, ce sera le voile républicain :

- si tu t’occupes des enfants comme mère à plein temps, tu travailleras gratis et tu  n’auras pas de retraite, même pas celle que tes enfants vont verser aux autres.

- si tu t’occupes des enfants comme mère à temps partiel, ta retraite ne sera même pas prorata temporis, mais elle sera amputée encore d’un bon morceau pour te punir.[1]

 

Travailler gratis, ça s’appelle de l’esclavage et les femmes baignent dans cette réalité depuis si longtemps qu’elles n’osent même pas se rebeller. Toutes les serpillères passées, toutes les tables mises, tous les ravitaillements, toutes les prescriptions médicales surveillées, toutes les réunions de parents d’élèves, tous les coups d’éponge, tous les coups d’aspirateurs, tous les devoirs surveillés, tout ça se fait toujours gratis. Ce n’est pas du travail pour la république. Ce sont des distractions alors ?

 

Légiférer contre le voile islamique, pourquoi pas ? mais commençons par légiférer contre le voile républicain !

[1] Ce système (la décote), le gouvernement, pour plus « d’équité », veut l’étendre aux mères fonctionnaires.

Les blessés de la route familiale

quand les parents sont des chauffards

par Michel GODET, professeur au CNAM

 La société  devrait intervenir au moins autant sur  la conduite des familles qu'elle  le fait pour la conduite automobile, car les blessés de la route familiale ne comptent pas moins que ceux de la route classique, ils supposent les mêmes politiques de prévention et de sanction que pour les chauffards : songeons que 80 à 90 % des personnes ayant subies des violences sexuelles ou le sentiment d'être mal aimés ou abandonnés dans leur enfance  déclarent ne jamais s'en être remis !

Les problèmes d'éducation, de santé, de sécurité renvoient tous à des solutions où les moyens matériels et financiers pour corriger les inégalités sont peu appropriés pour réparer ce que l'on pourrait prévenir autrement et de façon plus efficace en redécouvrant le rôle structurant des conditions familiales. Les blessés de la route sociale sont d'abord des blessés de la route familiale.  La cicatrice de la famille mal vécue se ferme d'autant moins qu'elle n'est pas reconnue. Ainsi se créé le handicap de ceux qui partent dans la vie avec un bagage affectif, comportemental et scolaire déficient.

Rappelons la principale  conclusion de Paul Archambault[2] dans sa thèse sur le devenir des enfants des familles dissociées : au delà des  différences liées aux inégalités sociales , le divorce ou la séparation des parents divise par deux ou trois les chances de réussite scolaire. Il n'y a pas que l'école, il y a aussi la santé et les comportements. On sait aussi depuis l'enquête "Santé-jeunes" de 1998 que la variable environnement familial est  encore plus déterminante que l'origine sociale : les comportements de mal-être et de déviances (drogues, alcool, tabac, violence, dépressions, suicides..) sont deux fois plus importants dans les familles dissociées que dans les familles stables.

La recomposition des familles est souvent heureuse, mais ce n'est pas une raison pour refuser de voir le traumatisme des enfants lorsque leur père et leur mère se séparent. Avant d'être recomposée, la famille a d'abord été décomposée et certains enfants s'en remettent d'autant moins que la question a été collectivement niée et individuellement refoulée. La perte du père c'est aussi la perte du repère d'autorité, quelqu'un qui va permettre de se poser en s'opposant. Dans près de neuf cas sur dix, en cas de séparation, les enfants sont confiés à la mère.  D'après les enquêtes de l'Ined on estime que 40% d'entre eux , soit plus d'un million d'enfants, ne voient plus du tout ou rarement  leur père - cette proportion étant beaucoup plus forte (60%) pour les enfants de parents non mariés-.  Pourtant, comme l'a rappelé Alain Bruel, le Président du tribunal pour enfants de Paris : " La paternité est le lieu stratégique des prévention de très nombreux risques sociaux".

Si l'on va jusqu'au bout du chemin qui conduit à l'exclusion et à la prison, toutes les enquêtes le confirment : on trouve d'abord des ruptures affectives et familiales. Deux enquêtes récentes confirment ces résultats[3].  La première révèle que les souffrances subies dès le plus jeune âge jouent un rôle primordial dans les parcours qui conduisent à la rue. Les difficultés de jeunesse arrivent en tête : graves disputes des parents, divorces, alcoolisme des parents, problème de santé des parents, problèmes d'argent, mauvais traitements. Les difficultés vécues à l'âge adulte viennent souvent s'y rajouter : décès d'un proche, souffrance par un tiers, violence subie.  Au final,  les 3/4 des personnes en détresse sont elles-mêmes séparées divorcées, célibataires ou veuves et déclarent avoir eu une enfance familiale perturbée. La seconde, montre : " La précocité et l'instabilité familiale des détenus". En effet la proportion de détenus ayant connu une rupture au cours de leur vie conjugale antérieure ( 40%) est deux fois plus élevée que la moyenne. Cette enquête pose ainsi  la question de la causalité : "il est possible que l'instabilité familiale augmente la propension à commettre des actes délictueux ou criminels". C’est  donc  bien  la question de la  crise de la famille et du lien social qu’il faut poser.

 Il ne faudrait cependant pas en conclure, et heureusement, que tous les enfants de familles dissociées sont malheureux et vivront mal leur vie. Il y a aussi de nombreux enfants qui vivent mal avec leurs deux parents soit qu'ils se déchirent, s'ignorent ou ne prêtent pas assez attention. Notre propos est simplement de faire prendre conscience aux couples qui se séparent que l'on ne change pas de parents comme l'on changerait de voiture ! Il n'y a pas de père de prothèse, il n'y a que des amputations affectives.

 Les blessés et les chauffards

 La famille n'est pas seulement une affaire privée qui ne regarde que les parents. Il y a pour les parents des responsabilités à assumer, des règles éducatives  à respecter et des obligations à remplir. Si elles ne le sont pas, c'est la société tout entière qui est en danger et  doit réagir de manière répressive faute de l'avoir fait de manière préventive. 

Comment se fait-il qu'il y ait un code de conduite pour la route avec des sanctions graves pour les infractions et qu'en matière éducative on puisse prôner le laisser-faire laisser-aller ?  Quand on voit les dégâts affectifs et scolaires provoqués par la mauvaise conduite éducative de certains parents qui ont démissionné de leur responsabilité, ou sont tout simplement incapables de les assumer, on se dit que décidément la société doit intervenir, informer, prévenir.

 Lorsque  les parents sont  pour diverses raisons incapables de conduire leur vie familiale en assumant leurs responsabilités vis-à-vis des enfants la société devrait intervenir, car le laisser -aller  conduit trop souvent au cumul des handicaps et à l'exclusion de ceux qui n'ont tout simplement pas eu la chance de naître dans une famille unie. Si en plus la famille qui éclate est socialement modeste, nombreuse et marquée par le chômage ou un problème de santé (alcoolisme, accident) alors les chances de réussite personnelle et professionnelle des enfants sont minimes  et tiennent parfois du miracle de la volonté.

 Il est contradictoire d'être contre le laisser-faire économique et pour le laisser-faire familial. Dans les deux cas, la liberté des individus ne peut s'exercer que dans le cadre de règles fixées par l'intérêt général. Un contexte  familial de parents attentifs à l'épanouissement de la personnalité  et à la formation du citoyen, tel est l'avantage comparatif décisif pour la réussite dans la vie personnelle et professionnelle. En revanche les parents tyrans ou absents portent une lourde responsabilité dans les handicaps que certains cumulent tout au long de leur vie.

 Les blessés de la route familiale sont les victimes de leurs parents qui se comportent comme des chauffards et devraient subir le même traitement : sanctions et rééducation . Il ne s'agit pas d'instaurer un permis de conduire éducatif des parents, mais de s'interroger sur le paradoxe d'une société qui impose un code et des règles pour la conduite des véhicules et prône un  laisser-faire inégal  et dangereux en matière éducative et familiale . La société doit intervenir quand l'intérêt général l'exige, c'est-à-dire quand elle est menacée dans son développement durable: les enfants ce n'est pas moins important pour l'avenir que l'environnement ! Sans familles heureuses, il ne peut y avoir de société vertueuse !

 

 

Michel GODET, professeur au CNAM [1]

La baleine et l'enfant

Que diraient les écologistes si depuis vingt ans le taux de fécondité des baleines s’était effondré pour se situer à moins de la moitié du seuil de renouvellement ?

Le réchauffement actuel de la planète est-il  lié aux activités humaines ? on peut en douter. Cela reste à prouver ! Remarquons, tout d'abord, que les dinosaures n'ont pas eu besoin des hommes pour disparaître. En l’an mil, la planète était plus chaude qu’aujourd’hui, et le Groenland, était cette “green-land”, terre verte, dépourvue de glaces sur ses côtes et colonisée par les Vikings. La terre est beaucoup plus froide aujourd’hui et le réchauffement, perceptible depuis le milieu du siècle dernier, ne constitue pas forcément une mauvaise nouvelle : celui de la période 800-1200 a permis l'expansion du Moyen-âge. D'ailleurs, il pourrait bien n’être qu’une simple fluctuation mineure à l’intérieur de cycles séculaires qui ont connu plusieurs fortes amplitudes au cours des précédents millénaires[2]. N'oublions pas pour autant de nous poser de manière responsable la question du développement durable sans pour autant considérer l'homme comme une espèce nuisible aux autres et à la nature, ainsi que sont tentés de le faire certains “ Khmers verts ”.Le concept né en 1987 du rapport Brundtland est d'ailleurs au service de l'homme et de son avenir : "Le développement durable est celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs".  Deux conceptions s’affrontent : celle des “écolo-rétros”, pour qui la croissance est néfaste dès lors qu’elle affecte les stocks et celle des “écolo-réalos”, qui savent bien qu’il ne peut y avoir de création sans destruction. La première conception est prête à imposer une dictature verte au nom de la protection de la nature et du retour à un idéal passé, d’autant plus mythique que la terre n’a jamais été figée. Le monde change, la terre aussi et ses soubresauts climatiques et volcaniques ont des origines plus naturelles qu’humaines. La barbarie de la nature n’autorise en rien les hommes à jouer aux apprentis sorciers. Nous souscrivons donc à la vision “ écolo-réalo ” du développement durable, mais nous y ajoutons un volet humain et social.

 

Ainsi, le développement des mégalopoles ne sera pas durable si la montée des tensions sociales, des stress et de divers déséquilibres devait persister et s’accroître. En zone de concentration urbaine, la première espèce menacée est l’homme, dans sa dignité, son autonomie, son lien social et le sens qu’il peut donner à sa vie. L’espace pour vivre et jouer, la qualité de l’air, de l’architecture et des relations sociales font, aussi, partie du développement durable. Comme le dit joliment Lester Brown : “ La terre n’est pas un héritage de nos ancêtres, mais un emprunt à nos descendants". Le développement durable est celui qui laisse l'avenir ouvert aux générations futures et il n'a de sens que pour assurer le développement de l'homme.

 Que diraient les écologistes, si depuis vingt ans le taux de fécondité des baleines s’était effondré pour se situer à moins de la moitié du seuil de renouvellement ? Ils alerteraient certainement l’opinion publique sur cette catastrophe écologique planétaire ! C’est pourtant ce qui se passe en Italie du Nord et en Catalogne où le taux de fécondité est de moins d'un enfant par femme depuis plus de vingt ans .

Le développement durable est celui qui garde l’avenir ouvert pour les générations futures ! Il ne peut se faire en oubliant les hommes.

  Le principe de précaution  devrait s’appliquer aussi à l’économie et à la société notamment en ce qui concerne la troublante corrélation entre croissance (récession) économique et dynamique (régression) démographique. Le lien de causalité n’est pas prouvé, mais dans le doute on devrait, comme en matière écologique, stimuler les recherches et en attendant faire comme si la vitalité démographique était la première condition de la croissance durable. Il faudra bien qu’un jour le “politiquement correct” n’interdise plus de défendre les enfants et les hommes aussi bien que les baleines.

[1] Professeur au conservatoire national des arts et métiers. Auteur de  Le Choc de 2006 , Editions Odile Jacob

[2] Cf. Emmanuel Le Roy Ladurie (1983) : Histoire des Climats depuis l'an mil,  Editions Champs Flammarion. 

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