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A quoi sert la politique familiale ?

  Survol historique

 

  A/ Les sociétés préindustrielles n’avaient pas besoin de politique familiale

 

Dans les familles d’Ancien Régime, un échange entre générations se déroulait dans un cadre familial. Les adultes, une fois établis, mettaient au monde des enfants, puis pourvoyaient quelque temps - moins longtemps qu’aujourd’hui - à leur entretien et à leur éducation, sans rien en recevoir simultanément.  

 

Ensuite, les enfants participaient à la production de l’entreprise familiale, et en recevaient leur part.

Il avait d’ailleurs aussi la responsabilité d’accueillir ses frères et sœurs non établis, en même temps que le droit de les faire participer aux travaux domestiques et agricoles ou artisanaux.  

Enfin, venait le temps de la transmission du patrimoine : Un fils, en général, le recevait, devenant indissociablement maître de maison et chef d’entreprise, charge à lui de pourvoir à l’entretien de ses vieux parents (ou de celui des deux qui vivait encore).

 

 

Quand on analyse économiquement ces faits, on utilise la notion de « capital du pauvre ». Les économistes entendent par là que la famille traditionnelle investit dans la jeunesse et tire ultérieurement des revenus (généralement en nature) de cet investissement. On voit que dans ce schéma, aucune intervention de l’ Etat n’est requise. Chaque famille tire profit de l’investissement qu’elle réalise elle même.  

 

             Bien entendu, pour avoir une forte probabilité de n’être pas sans ressources dans sa vieillesse, mieux valait avoir mis au monde un assez grand nombre d’enfants. Cela contribue à expliquer la fécondité élevée de ces sociétés traditionnelles et de beaucoup de sociétés du Tiers Monde aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

                      

B/ L’échange entre générations est au cœur de la question sociale au XIX ième sciècle

          Qu’advint-il de cet échange intergénérationnel familial quand la révolution industrielle eut rendu caduque l’autonomie économique, pour ne pas dire l’autarcie, de la famille traditionnelle ?

            Comme unité de production, la famille fut supplantée par l’entreprise. Elle cessa de produire pour elle-même la plus grande part de ce dont elle avait besoin ; elle s’approvisionna de plus en plus sur les marchés ; ses membres partirent à l’extérieur, dans les entreprises et les administrations, gagner l’argent qui ouvre l’accès aux biens et services produits par d’autres. Dès lors, le cadre familial de l’échange intergénérationnel commença à devenir trop étroit. Des problèmes se posèrent au niveau de la « rentabilisation » de l’investissement dans la jeunesse réalisé par les parents. Les enfants partaient éventuellement au loin. La contrainte sociale qui leur faisait obligation de s’occuper de leurs parents âgés se relâcha.

            Dans ces conditions, pour un nombre croissant de couples, investir dans la jeunesse devient une démarche économiquement peu rentable. « Faites des épargnes, pas des enfants », fut la nouvelle maxime raisonnable au niveau individuel. La natalité française régressa rapidement et fortement.

             La « question sociale », qui fut si importante au XIXe siècle, résulte pour une large part de l’insuffisante organisation des échanges entre générations au sein des classes salariales:

*  Les enfants étaient envoyés très tôt à l’usine, parce qu’on reproduisait, faute de mieux, le modèle paysan dans lequel l’enfant se rend utile sitôt que possible ( mais le travail dans les mines ou les filatures était sans commune mesure avec la garde d’un troupeau !). Il s’agissait de rentabiliser rapidement l’investissement relativement minime réalisé dans l’enfant, faute de pouvoir en supporter plus longtemps la charge. La scolarisation, moment fort de l’investissement, était hors d’atteinte pour la plupart.  

 * Les personnes âgées dont les forces déclinaient, et qui devenaient plus sujettes à la maladie, ne trouvaient plus de travail à l’usine, et leurs enfants, à supposer qu’ils soient restés en relation avec elles, n’avaient pas les moyens de les entretenir dignement. La nouvelle civilisation industrielle urbaine n’offrait pas les mêmes facilités en la matière que l’ancienne vie rurale à dominante agricole. A un investissement initial faible répondait un retour sur investissement également faible, notoirement insuffisant pour sortir de la misère un grand nombre de personnes âgées.  

 

            En fait, personne ne fut capable de traiter rapidement ces problèmes de manière satisfaisante. On réclama des retraites : des discussions parlementaires extrêmement longues eurent lieu sur le sujet. On réclama la gratuité de l’enseignement, c’est-à-dire la prise en charge par l’Etat d’une partie de l’investissement dans la jeunesse : dans ce domaine, en France, les progrès furent importants dès le XIXe siècle. Enfin, surtout après la formidable saignée de 1914-1918, on réclama des prestations familiales. Mais on s’attaqua à ces problèmes en ordre dispersé, sans voir, si ce n’est confusément, qu’ils faisaient partie d’une question unique : comment remplacer l’ancienne forme de l’échange intergénérationnel, essentiellement familial, par une nouvelle, à l’échelle de beaucoup plus grandes sociétés?  

 

 

C/ L’intervention de l’Etat a mis fin à la misère sociale.  

 

            Ce furent finalement les pouvoirs publics qui apportèrent à ces revendications les réponses les plus adéquates en mettant en place la politique familiale dont la fonction est de servir d’intermédiaire entre les générations.

L’investissement dans la jeunesse a été pour partie pris en charge par la collectivité au travers de l’enseignement public, de l’assurance maladie gratuite des enfants et des prestations familiales.  Cette prise en charge représente une dépense annuelle d’environ  158 Md€2005  

soit

100 Md€ pour l’éducation nationale, 18 Md€ pour l’assurance maternité et l’assurance maladie des enfants ainsi que 40 Md€ pour les prestations familiales.  

          

  Toutefois une large part de cet investissement dans la jeunesse (environ 61 % soit 248 Md€2005) reste encore à la charge du budget privé des familles (se décomposant en 156 Md€ au titre des dépenses d’entretien des enfants et 92 Md€ au titre des travaux domestiques nécessités par leur présence)

            Parallèlement à cette socialisation d’une partie des coûts d’éducation des enfants, s’est effectuée la création des régimes de retraite par répartition.

            Leur mise en place a signifié le remplacement des anciennes obligations alimentaires directes des enfants envers leurs parents, par une sorte d’obligation alimentaire collective de l’ensemble des adultes envers la génération de leurs parents. Cette socialisation a, quant à elle, été quasi totale puisque les personnes âgées tirent 80 % de leur revenu du système de retraite et que la participation de leurs propres enfants est devenue négligeable (actuellement, les apports financiers au sein des familles sont plus importants en sens inverse, les retraités aidant leurs enfants et petits enfants, notamment lorsqu’ils sont au chômage)  

 

      L’Etat est dorénavant en charge de l’échange entre les générations. Il doit veiller à son bon déroulement c’est-à-dire à l’équité des échanges et à la pérennité du système. Tel est l’objet de la politique familiale et de son corollaire : la politique des retraites

 

© Jacques Bichot

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