L'enjeu actuel :
la négociation
globale visait à rapprocher l'Agirc de l'Arrco :
Depuis la rentrée de
septembre, Les partenaires sociaux négociaient l’adaptation des
régimes complémentaires ARRCO et AGIRC à la réforme du régime général
qui va entrer en vigueur le 1er juillet prochain. Par la même
occasion, ils voulaient franchir une étape supplémentaire du
rapprochement entre l’ARRCO (régime auquel adhèrent tous les salariés du
privé) et l’AGIRC (spécifique aux cadres) auquel ils travaillaient depuis
une quinzaine
d’années. Or la
différence la plus forte qui subsistait entre ces deux régimes est
relative aux majorations de pension attribuées aux adhérents ayant élevé
trois enfants ou plus. Les dispositions familiales en matière de
retraites complémentaires étaient donc sur la sellette.
A l’ARRCO, les pensions étaient majorées de 5 % quel que soit le nombre
des enfants supérieur ou égal à trois. Cette formule était imitée de celle en
vigueur dans le régime général, à ceci près que le taux était seulement la
moitié (5 % au lieu de 10 %). A l’AGIRC, par contre, il était tenu compte
du nombre des enfants : 8 % pour 3 enfants, et 4 % de plus pour chacun
des suivants, sans dépasser 24 % au total, ce dernier pourcentage étant
obtenu à partir du septième enfant.
L'état du dossier :
Le 18 mars 2011, un accord
a été conclu, complété par deux avenant signés en juin 2011. Il prévoit :
* pour l'ARRCO (non
cadres) et l'AGIRC (cadres) l'uniformisation des majorations pour
enfant à 10% à partir de 3 enfants et quelque soit le nombre d'enfants ;
* et le plafonnement du
"bénéfice" de ces majorations à 1000 € par an (83 € par mois.
L'accord a été signé par
le MEDEF, la CG-PME et 3
syndicats (la CFDT et FO et la CFTC)
* Deux
autres syndicats y sont hostiles et vont saisir, comme nous, la Justice.
Il s'agit de la CFE-CGC et de la CGT. Nous travaillons de concert.
Formellement, l'accord du
18 mars a été
suivie d'un "arrêté d'extension" signé par le ministre chargé des
affaires sociales, arrêté rend l'accord obligatoire pour toutes
les entreprises et tous les salariés, même non membres du MEDEF ou d'un
syndicat. L'arrêté d'élargissement des deux avenants est en cours de
signature.
Selon ces accords, la réforme entrera en
vigueur au 1er janvier 2012 et épargnera les cadres nés avant le 2 août
1951.
Pour les autres, la réforme s'applique non
seulement aux périodes cotisées ou enfants nés après le 1er janvier 2012
mais aussi à toutes les périodes cotisées ou enfants nés antérieurement.
Notre association a déjà déposé un recours pour
excès de pouvoir devant le COnseil d'Etat contre l'arrêté
d'élargissement de l'accord du18 mars.
Cette action judiciaire sera complétée de deux
nouveaux recours devant le Conseil d'Etat contre les arrêtés
d'élargissement des avenants lorsqu'ils seront signés et d'une demande
d'annulation de l'ensemble des textes devant le Tribunal de Grande
Instance de Paris.
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Majorations familiales de pension : une
partie mal engagée : par Jacques Bichot, professeur émérite
à l’université Lyon 3, président d'honneur de l'UFE avec l’aimable
autorisation de Décryptage
(...) La pénalisation des cadres engagés dans la grande aventure d’une
famille très nombreuse ne fait pas le poids en termes d’économies, ni par
rapport au déficit envisagé pour l’AGIRC à cette échéance, soit entre 1,1
et 3,5 milliards selon les scénarios, selon les projections publiées par
le COR dans son 8e rapport (avril 2010), ni par rapport aux 36
à 38 milliards d’euros des pensions que l’AGIRC devra verser annuellement
à cette échéance (même source). 12 ou 38 millions, c’est 0,3 ou 1 pour
mille des dépenses de l’AGIRC en 2040 : merci au syndicat des cadres
d’envisager pour une telle économie de sacrifier les intérêts légitimes de
tous les cadres pères ou mères de 5 enfants ou plus !
A titre de comparaison, la fusion des trois régimes (sécurité sociale,
ARRCO et AGIRC) économiserait à cet horizon environ 1,5 milliard de frais
de gestion. Entre la paille du coût des majorations pour parents de
familles très nombreuses, et la poutre des gaspillages qu’engendre le
refus de regrouper les trois pensions différentes qui constituent la
retraite des cadres, il n’y a pas photo.
Cette forme de reconnaissance de la contribution à l’avenir des retraites
que constitue la mise au monde et l’éducation des enfants est passablement
maladroite, et même inéquitable, nous allons voir pourquoi. Il y aurait
donc lieu de réformer ces dispositions, et cela en augmentant la part de
la pension liée aux enfants, qui est très inférieure à ce qu’elle devrait
être en bonne justice. Néanmoins, une telle réforme peut difficilement
être menée correctement dans le seul cadre des régimes complémentaires.
Notre avis est donc qu’il est urgent, non pas de mener une action
réformatrice à l’ARRCO/AGIRC, mais de pousser les pouvoirs publics à
engager rapidement le chantier de l’unification des régimes, chantier dans
le cadre duquel la contribution familiale à la préparation des futures
pensions devrait être reconnue à sa juste valeur.
Ces majorations présentent plusieurs défauts. Premièrement, et surtout à
l’ARRCO, elles restent très inférieures à ce qui serait nécessaire pour
rendre justice à ceux et à celles qui, en élevant des enfants, font qu’il
y aura vingt ou trente ans plus tard des travailleurs pour payer les
pensions. Dans son rapport de décembre 2008 sur les dispositions
familiales en matière de retraites, le Conseil d’orientation des retraites
(COR) a évalué à 1,6 % le poids des majorations familiales dans le total
des pensions ARRCO, et à 4,7 % leur poids à l’AGIRC. Or l’apport direct
des familles dans la préparation des retraites est supérieur à 50 % : on
est loin du compte.
Deuxièmement, ces majorations laissent de côté les personnes qui n’ont
élevé que un ou deux enfants, alors qu’elles apportent une contribution,
moindre certes que celle d’une famille nombreuse, mais nullement
négligeable pour autant. En bonne justice, tout enfant élevé par ses
parents devrait procurer à ceux-ci un droit à pension, qu’il ait ou non
des frères et sœurs.
Troisièmement, et surtout à l’ARRCO (comme dans le régime général), les
majorations ne sont pas équitables vis-à-vis des familles très
nombreuses : en élevant six enfants, on contribue deux fois plus à
l’avenir des retraites qu’en en élevant trois, alors pourquoi ne pas
récolter en proportion de ce que l’on a semé ?
Quatrièmement, les majorations en pourcentage de la pension basée sur les
cotisations versées avantagent injustement les gros salaires au détriment
des petits, et les hommes au détriment des femmes. Dans les discussions
récentes, la CFDT a montré du doigt cette injustice, et je ne risque pas
de lui donner tort, l’ayant fait depuis longtemps dans quantité de
publications. En bref, pourquoi l’éducation de trois enfants
rapporterait-elle deux fois plus si le salaire est double ? Et deux fois
moins parce que, étant une femme qui a limité son travail professionnel
pour s’occuper de ses enfants, on a récolté moitié moins de points que son
mari ?
Enfin, la différence entre les dispositions familiales bénéficiant aux
cadres et aux non cadres est injustifiable. Que ceux dont les enfants font
de longues études (ce qui est plus fréquent chez les cadres que chez les
non-cadres) perçoivent un peu plus se justifie ; mais que l’ouvrier ou
l’employé qui s’est saigné aux quatre veines pour que ses enfant
deviennent médecins ou ingénieurs n’en soit pas récompensé autant que s’il
était cadre, c’est inadmissible.
Bref, tout nous incite à souhaiter une réforme des droits familiaux à
pension. Si je conseille un statu quo provisoire à ceux qui
tiennent entre leurs mains les destinées des régimes complémentaires, ce
n’est certes pas par conservatisme ; c’est parce qu’une réforme effectuée
dans un cadre limité – les seuls régimes complémentaires, à l’exclusion du
régime de base, celui de la sécurité sociale – ne peut pas être une bonne
réforme.
Sachant qu’on ne peut pas s’amuser à changer trop souvent les règles du
jeu, il ne faut pas gaspiller cette ressource rare qu’est une occasion de
réforme. Mieux vaut militer pour que soit avancée (et menée très
sérieusement) la « réflexion nationale sur les objectifs et les
caractéristiques d’une réforme systémique de la prise en charge du risque
vieillesse » dont l’article 16 de la loi retraites du 9 novembre 2010
dispose qu’elle doit s’ouvrir « à compter du premier semestre 2013 » ; et
pour que cette réflexion porte particulièrement sur la fusion des trois
régimes des salariés du privé et l’introduction d’une vraie reconnaissance
de la contribution familiale à la préparation des retraites futures dans
les règles d’attribution des droits à pension par ce régime unifié.
Cette position est d’autant plus justifiée qu’il faut impérativement
clarifier la répartition des rôles entre l’Etat et les partenaires
sociaux. En matière de retraites, syndicalistes, patronat et autres
organisations professionnelles ou familiales ont vocation à gérer – ils le
font dans les régimes complémentaires moins mal que les pouvoirs publics
dans les régimes de base – mais pas à instaurer les règles du jeu. Les
conventions collectives conviennent bien pour poser des règles en matière
d’activité professionnelle – et on pourrait avec profit réduire de moitié
ou davantage le code du travail, qui empiète sans cesse sur le domaine de
la convention collective. En revanche, la retraite par répartition n’étant
pas un salaire différé, mais le résultat d’un échange entre générations
successives basé sur l’investissement dans les jeunes générations, il
n’existe aucune raison pour qu’elle soit organisée par le moyen de
conventions collectives, comme c’est le cas pour l’ARRCO et l’AGIRC.
Que le législateur fasse donc son travail, et que l’Etat laisse les corps
intermédiaires faire le leur, y compris la gestion des retraites par
répartition dans un cadre normatif établi par le législateur. Il est du
ressort du Parlement de décider comment sera reconnue la contribution des
parents à l’avenir des retraites, et donc comment seront attribués les
droits familiaux à pension, car il s’agit là d’un problème non pas
professionnel mais national.
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